Zach Hodskins, si près, si loin

Florida v Michigan State

 

Devenir joueur de basket professionnel constitue souvent un rêve inaccessible. Né avec un bras en moins, Zach Hodskins, bientôt 20 ans, poursuit néanmoins ce rêve, qu’il est en passe de réussir. Itinéraire d’un joueur pas comme les autres.

23/12/2015. NCAA, division 1. Florida affronte Jacksonville. Zach Hodskins part en dribble, élimine son défenseur d’un élégant spin move et conclut par un lay up parfait. And one. La salle exulte. Exulte, oui, car les spectateurs ont bien conscience qu’ils assistent peut être là à l’émergence d’un phénomène.

Portrait d’un joueur unique

 « At first we thought, ‘Well, there’s going to be struggles and are there going to be things he can’t do? » But in a short period of time we realized that there was nothing he couldn’t do. » Stephanie Hodskins

« The thing about Zach is Zach loves basketball, he’s a competitor, and it’s amazing the things he can do on the court. » Coach Van Keys

Ces deux témoignages montrent bien la personne qu’est Zach Hodskins. Limité au niveau physique, sa passion du basket sa motivation à réussir et sa bouille d’ange font de lui un joueur attachant qui semble pouvoir repousser ses prétendues limites. Il déclarait ainsi au micro d’ESPN après son entrée à Florida que le plus dur n’avait pas été d’acquérir la technique, ce qui s’est fait grâce à une détermination sans faille et à un travail acharné, mais plutôt de supporter le regard des autres. Une véritable belle histoire.

La phrase qui ressort le plus dans l’entourage de Zach Hodskins pour le décrire est justement  » il n’y a rien qu’il ne puisse faire « . C’est ce dont ses parents, bien que surpris à sa naissance, se sont aperçus avec le temps.

Pour son ancien coach au lycée de Milton,en Géorgie, c’est sur les terrains que cela prévaut, où plus rien ne le différencie des autres jeunes :

« Once you get him on the court he’s no different than any other kid. We don’t change anything for him. » Coach Van Keys

Le natif du Kentucky suit pour l’instant les pas de Kevin Laue, pivot ayant lui aussi un bras en moins et réussi à évoluer en NCAA ( 2009-2012 ). Malheureusement, le poste 5 n’a pas réussi à atteindre la Grande Ligue.  Mais Zach Hodskins peut-il, lui, gravir la haute marche qui le sépare de la NBA ?

Quelles qualités ?

L’arrivée de Zach Hodskins en NCAA a été conditionné par deux facteurs essentiels. Le premier, faire partie de l’un des tops programmes de l’Etat de Géorgie au lycée de Milton, dépend du second. En effet, le meneur est surtout réputé pour sa qualité de shoot exceptionnelle que ce soit en catch and shoot ou après un dribble. Cela se traduit dans les chiffres, puisqu’il tournait à 60% de réussite derrière l’arc au lycée, et se confirme dans les propos de son ancien entraîneur :

« Zach is really a high level shooter at this point; one of the better shooters I’ve ever had the opportunity to coach—this will be my 30th year of coaching—and this is one of the best shooters I’ve ever had. » Coach Van Keys

Pour son âge, l’ancienne star de son lycée possède ainsi un relâchement et une pureté dans le geste qui peuvent paraître étonnants compte tenu de son bras gauche qui s’arrête au niveau du coude. C’est d’ailleurs une différence majeure avec Kevin Laue au sens où le pivot s’appuyait lui sur la taille de sa main pour attraper le ballon ( par exemple pour recevoir les passes ) et son jeu était, à cause de cette adaptation, limité en attaque. Au contraire, comme le faisait remarquer son coach au lycée, presque rien ne différencie Zach Hodskins des autres joueurs sur le terrain.

De plus, le meneur n’est pas seulement un shooteur. En effet, son handle est très développé et il peut créer du jeu en pénétration. Son panier inscrit en NCAA illustre bien l’adaptation au niveau des dribbles que sa spécificité lui oblige à faire. Au départ, il tente de déséquilibrer son vis-à-vis avec un in and out puis porte l’estocade grâce à un spin move qui est devenu sa marque de fabrique. Zach Hodskins maîtrise donc très bien le ballon et peut faire des différences avec ses dribbles, ce qui est un très bon point pour un meneur.

Ainsi, cette qualité de pénétration associée à une bonne vision du jeu fait de lui un meneur certes axé sur le tir longue distance mais qui ne néglige pas les fondamentaux de son poste. En outre, ses aptitudes défensives semblent assez bonnes étant donné sa mobilité mais des interrogations subsistent quant à sa capacité de défendre sur des joueurs de très haut niveau. En fin de compte, Zach Hodskins se révèlent être un joueur plutôt polyvalent.

Un avenir en NBA ?

A première vue, voir Zach Hodskins jouer un jour en NBA relève d’un doux fantasme. En effet, son passage en NCAA n’est, pour l’instant, pas une franche réussite. Premièrement, bien que recruté par les Florida Gators en 2014, aucune bourse ne lui a été accordé, ce qui montre que la confiance en son potentiel manque. Deuxièmement, le meneur joue peu. Pourtant, le natif du Kentucky avait justement refusé la grande université de Kentucky pensant glaner plus de temps de jeu à Florida. Malheureusement, le meneur n’est apparu qu’à deux reprises en deux, marquant ses premiers points durant la dernière en date, dans un match déjà plié.

Malgré cela, Zach Hodskins est tellement attachant qu’on a envie de croire à sa réussite. En effet, au vue de ses caractéristiques, pourquoi ne pas envisager un replacement au poste d’arrière avec à la clé un profil à la JJ Redick, un modèle pour lui qu’il a par ailleurs eu la chance de rencontrer. Faut-il il voir là un signe du destin ?

Ensuite, rien ne semble impossible pour Zach Hodskins, habitué à surprendre. Il a surmonté tous les obstacles pour en arriver là. Pourquoi pas encore ? Ses qualités sont en plus adaptées à l’évolution de la NBA qui privilégie de plus en plus le tir à 3 points. Ainsi, beaucoup d’équipes ont besoin d’une gâchette et pourraient être tentées de le drafter quand il aura suffisamment progressé.

Ces mêmes équipes peuvent aussi être tentées par le coup de communication parfait, il faut le reconnaître, que sa draft constituerait. Cela ne serait pas une nouveauté, les Kings ont bien fait venir l’année dernière le premier indien en NBA, Sim Bhullar, plus pour la publicité que cela représentait que pour le joueur en lui-même. En tout cas, une hype conséquente l’entoure depuis qu’il est devenu une star au lycée et sa présence dans une équipe accroîtrait sans aucun doute l’intérêt porté à cette franchise. Qui ne s’intéresserait en effet pas au premier joueur handicapé de toute l’histoire de la NBA ?

On peut penser par exemple à San Antonio, une franchise ayant souvent été en avance à beaucoup de niveaux ( femme et européen dans le staff, joueurs européens… ), qui pourrait, si l’intérêt sportif est au rendez-vous, être sur les rangs pour l’accueillir. Ou pourquoi pas Memphis pour apporter de l’adresse et de la popularité.

Zach Hodskins vit donc pour l’instant un conte de fée que l’on a envie de partager le plus longtemps possible. Accéder à la NBA serait l’aboutissement d’un parcours hors-norme mais magnifique. Alors espérons que la NBA, toujours friande de belles histoires, ne passe pas à côté de cette opportunité…

3 Comments

  • jejevert01

    Article très intéressant!

    Il y a peu d'espoir, mais c'est vrai que la chance qu'il arrive un jour en NBA existe, m^me si elle est minime, pour les raisons que tu as citées.

  • Be Beer - CeltSully

    La NBA relève du fantasme pour lui, mais ce serait deja très beau de le voir en Summer League et pourquoi pas en D-League!

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