Victor Oladipo: De l’ombre à la lumière

Ces deux dernières années, en tant que supporter d’une franchise NBA qui a une position régulière en fin de premier tour de draft et grand amateur des matchs de la fac d’Indiana, j’ai longtemps chéri le doux rêve de voir tomber dans l’escarcelle de « ma » franchise un joueur qui était décrit par beaucoup de sites et scouts comme étant juste un bon défenseur mais rien d’autre de bien intéressant. Hélas, aujourd’hui je sais que ce rêve est à ranger aux oubliettes puisque sauf tremblement de terre ou je ne sais quelle autre catastrophe, Victor Oladipo sera appelé dans moins d’une semaine parmi les 5 premier choix de la draft.

     En effet, dans cette draft où tout semble encore indécis et qui vit au rythme des retours  concernant les « workouts » moyens de Ben McLemore, les « éclopés-mystère » (Nerlens Noel ; Alex Len ; Anthony Bennett) dont les « workouts » se résument essentiellement à une visite de tous les médecins des  États-Unis et des entretiens d’embauche « classiques » (on y parle de millions de dollars de salaire annuel quand même…) et les joueurs qui ne semblent pas répondre aux fantasmes athlétiques de la NBA (Otto Porter, Trey Burke, Cody Zeller, etc.), Victor Oladipo semble être la chose la plus sûre au jour d’aujourd’hui. Écrire cette phrase maintenant peut sembler tellement irréaliste quand on replonge en arrière…

      Oui c’est vrai que l’on a l’habitude que la draft nous réserve de belles histoires. Mais celle d’Oladipo n’obéit pas vraiment à la règle « classique ». En effet, on a l’habitude du joueur peu côté au lycée qui finit par être un haut choix de draft. Mais dans le cas d’exemples récents comme Damian Lillard ou encore Stephen Curry ou autre… Jimmer Fredette, on a droit à l’histoire « classique » du joueur étant dans une petite fac, peu diffusé à la télé, faisant face à une faible compétition et qui est obligé de planter des points encore et encore à chacune de ses années à la fac car il est le seul joueur de valeur dans son équipe et espérer pouvoir réaliser ce même exploit lors de la « march madness » tout en se devant d’éblouir lors de ses « workouts ». C’est ce genre d’histoire que vivra par exemple un joueur comme CJ McCollum cette année. Mais l’histoire d’Oladipo est celle d’un joueur qui n’a jamais eu à être ce genre de leader-scoreur qui fait pleuvoir les points et les shoots dont les médias ont l’habitude.

     Avec Oladipo, on a plutôt l’histoire d’un garçon qui aura toujours été le coéquipier modèle dont le travail incessant aura fini par être exposé à la lumière au bon moment. En effet, unique garçon (entouré de 3 sœurs dont une jumelle) né de l’union d’un discret père Sierra-Leonais et d’une mère Nigériane, il a toujours eu le sens du sacrifice.  Alors qu’il ne joue déjà pas beaucoup dans son lycée catholique de Dematha (dans le Maryland), il se porte volontaire pour jouer en sortie de banc, soulageant ainsi son coach qui était embarrassé pour définir son cinq majeur. Ainsi, ce n’est que l’année suivante qui sera sa dernière année de lycée qu’Oladipo intègre le cinq majeur (11,9 points et 10,3 rebonds). Les facs huppés ne se bousculent pas vraiment pour ce jeune lycéen peu coté et c’est avec une fac d’Indiana en pleine reconstruction qu’il s’engage en 2010.

     Et si le coach d’Indiana (Tom Crean qui avait eu sous ses ordres Dwyane Wade à la fac de Marquette) s’intéresse à Victor Oladipo, on ne peut pas dire que ce soit vraiment pour ses qualités techniques et offensives. Car Oladipo est vraiment « brut ». Aujourd’hui encore, Mike Jones, son coach au lycée n’arrive pas à y croire lorsqu’on lui dit qu’Oladipo sera un « lottery pick » dans la draft et que ce dernier aurait pu être désigné joueur de l’année en NCAA si le parcours d’Indiana avait été meilleur que celui du Michigan de Trey Burke. Mais attention, comme Mike Jones aime à le rappeler, Oladipo n’était pas mauvais comme on a parfois l’impression de lire ici et là. D’ailleurs, Jones aime bien souligner le fait qu’Oladipo faisait partie de la liste « all-met » du journal « Washington post » (qui est une sorte de « all-star » des lycéens des états du Maryland, Virginie et du District de Columbia), au même titre cette année là qu’un Kendall Marshall. Ce même Mike Jones est aussi très fier de rappeler que pendant l’été 2010, il avait posté sur un célèbre réseau social,  une vidéo des « highlights » d’Oladipo accompagnée de ce message : « Ce jeune homme va changer l’équipe de basket d’Indiana et aider à la ramener dans l’élite du basket universitaire ».

     Aujourd’hui, l’on est bien obligé de reconnaître qu’il avait raison. Car s’il est vrai que le retour de la fac d’Indiana sur le devant de la scène doit énormément à l’arrivée de Cody Zeller en 2011, il y a un truc qu’on ne pourra pas contester, c’est la « patte Oladipo »  qui a pris encore plus d’ampleur en cette saison où les lumières médiatiques étaient braquées sur les Indiana Hoosiers. Car la prédiction de son coach ne se fondait par sur les qualités techniques d’Oladipo qui n’avaient rien d’exceptionnelles à ce moment là, ni sur son talent pour interpréter le tube « U got it bad » d’Usher devant les fans d’Indiana,  mais sur ce qui avait toujours fait sa force : ses qualités athlétiques, sa combativité et son envie constante de progresser.

      Il m’est personnellement difficile d’écrire sur Victor Oladipo car je trouve que c’est le genre de joueurs qui ne se décrit pas mais qu’il faut voir. Comme indiqué en début d’article, la défense était la seule qualité que les « médias spécialisés » voulaient bien accorder à Oladipo en début de saison. Et au jour d’aujourd’hui, même ceux qui ne sont pas emballés à l’idée de le voir sélectionner si haut dans la draft 2013, lui reconnaissent au moins ça. Car, c’est vrai que de ce côté là, l’on se demande parfois si le qualificatif « agressif » n’a pas été inventé pour les joueurs comme lui. Si pour moi, Aaron Craft demeure (dans son style à lui) le meilleur défenseur sur l’homme en NCAA au poste d’arrière, Oladipo n’est vraiment pas loin dans un style plus spectaculaire. Pour ça, il peut notamment compter sur son mélange taille, envergure et stature qui combiné à son extrême mobilité en font une perpétuelle menace pour les manieurs de ballon peu prudents.

     Mais voilà, si en ce début de saison universitaire je pouvais me permettre de nourrir ce rêve de voir Oladipo être disponible en fin de premier tour, c’est parce que mis à part pour sa défense, il ne suscitait pas vraiment d’emballement dans les débats autour de la draft. En effet c’est toujours embêtant lorsque vous jouez arrière shooteur et que les stats concernant votre adresse extérieur sont contre vous après 2 années de fac. C’est encore plus embêtant si on ajoute à cela que vous avez une conduite de balle moyenne qui vous pénalise si vous voulez être un « slasher ». Ainsi, pour les médias, Oladipo était destiné à être un coéquipier de plus pour Cody Zeller, un coéquipier qui œuvrera dans l’ombre au succès tant attendu.  Mais à la suite de cette saison qui vient de s’écouler, il faut bien reconnaître que Victor Oladipo aura su chambouler tous les pronostics, sur le fond mais surtout sur la forme. Car si le miroir déformant aura coûté cher à la cote de Zeller, on peut dire que pour Victor Oladipo, cette saison aura été celle d’une envolée médiatique inattendue.

Certes, ce que certains journalistes ont appelé la « Give it to Zeller » est toujours un axe important chez Indiana et reste toujours d’actualité, notamment lorsque ça coince dans la construction. Mais au fur et à mesure que la saison avance, les projecteurs médiatiques ont décidé de changer eux aussi peu à peu de cible. Car comme je vous l’ai déjà dit, Victor Oladipo est un joueur qui ne se décrit pas mais qu’il faut voir. L’énergie et les qualités athlétiques qui l’ont poussé depuis le lycée et qui faisaient sa force défensive ont décidé maintenant d’exploser du côté offensif. Et il faut dire qu’Oladipo sait régaler le (télé)spectateur pour qui il est vraiment difficile de ne pas tomber sous le charme, surtout si on aime les actions athlétiques. Ses dunks spectaculaires à la suite d’alley-oop ou encore sur contre-attaque se marient parfaitement avec le jeu rapide souvent prisé par Indiana. Ses pénétrations agressives sont souvent gagnantes et ses charges depuis l’extérieur pour capter et convertir des rebonds offensifs font souvent le spectacle. Bref, dans l’ambiance déjà surchauffée de la NCAA, il sait mettre encore plus le feu et créer la folie dans les médias et la « twittosphère » comme ce jour où face à Michigan, celui dont on critique la qualité de conduite de balle efface Tim Hardaway Jr pour aller planter un dunk qui fait exploser la salle et fait s’écrier au célèbre commentateur Dick Vitale, le fameux : « That’s a Michael move!» qui aura fait tant de bruit ce jour là et même encore aujourd’hui (même si encore une fois comme l’expliquera plusieurs fois Dick Vitale, il faisait allusion à la gestuelle et n’essayait en aucun cas de dire qu’Oladipo était Jordan). En somme, Oladipo frappe juste, au bon moment en laissant une marque indélébile notamment dans l’esprit de ceux déçu par la relative passivité de Zeller.

     Vous devez vous dire que cela ne peut pas être suffisant pour qu’il ait fait un tel bond dans la draft. Et bien à tout cela, il faut aussi rajouter le fait que l’entraînement acharné de celui qui est pleinement conscient depuis le lycée de sa faiblesse au shoot semble porter ses fruits. En effet, sa mécanique et sa gestuelle sont nettement meilleurs et sa zone de confort semble s’être élargie. Son adresse à 3-points semble elle aussi nettement meilleure (les chiffres parlent pour lui en tout cas) et surtout sait faire mouche aux moments où il faut enfiler le costume du héros. Comme par exemple lors de leur 2e tour de  la « march madness » où à quelque secondes de la fin, il plante à quelques secondes de la fin et de la possession, le panier à 3-points qui permet à Indiana de définitivement se sortir d’une possible défaite surprise face la fac de Temple. D’une manière un peu ironique, on pourra souligner que ce shoot vient à la suite d’une passe décisive de… Zeller.

     Alors bien sûr, des questions et des doutes demeurent toujours quand à la valeur réelle à accorder à cette saison dantesque surtout sur la forme pour Victor Oladipo. Déjà sur sa subite adresse extérieure, certains se demandent si c’était juste une « bonne saison » ou s’il pourra confirmer plus tard. Il a aussi certains défauts de ses qualités comme le fait que son agressivité en pénétration fait que mise en association avec sa conduite de balle moyenne (bien qu’elle ait progressé) le pousse parfois dans des situations compliquées et il pourrait être une bonne cible pour les charges (ou « flops »). Il y a aussi surtout le débat de savoir si considérer comme un top 5 un joueur qui a eu une ascension médiatique aussi subite est vraiment raisonnable. D’ailleurs il est souvent utilisé pour justifier le fameux « draft faible ». Mais bon, encore une fois, tout dépend de l’importance accordée à la position dans la draft. En effet, dans l’ère de la recherche de la superstar, le mâle alpha « franchise player », on pourrait penser que c’est trop attendre de Victor Oladipo et là dessus je pourrais comprendre l’argumentation. Mais encore une fois, c’est au staff de savoir intégrer le joueur dans un plan défini afin que celui ci puisse pleinement s’améliorer et exploiter ses capacités.

     Ce que j’apprécie avec Victor Oladipo, c’est que je trouve qu’il illustre parfaitement le fait qu’il n’y a pas de honte à être un « role player », un coéquipier dont on sait que quoi qu’il arrive, il saura contribuer dans un compartiment clé, s’inscrire dans un collectif, aboyer, réveiller la foule, chercher à progresser. Et qui sait, peut être qu’il aura la même trajectoire qu’un numéro zéro d’Oklahoma qui avait lui aussi débuté titulaire en tant que senior dans son lycée, passé sous le radar des facs, été au départ surtout utiliser pour son énergie et sa défense à UCLA, a été choisi haut dans une draft dite faible et qui brille aujourd’hui sous les lumières de la NBA. Il est trop tôt pour le savoir mais une chose est sûre, Victor Oladipo a quitté l’ombre pour les lumières de la draft et se tient près à aller chercher plus, toujours animé par son souci de se battre et se sacrifier au nom du collectif…

(Article écrit par Blueprinty)

Auteur : Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

20 réflexions sur « Victor Oladipo: De l’ombre à la lumière »

  1. Superbe article blueprinty. Comme les autres que tu fait sur la NCAA, j'adore. Je vais me mettre a la suivre la NCAA l'année pro

  2. En tout cas tu auras choisi ta bonne année car 2014 promet d'être en feu même si je regrette que beaucoup des joueurs aient choisi Kentucky…

    Mais bon Wiggins avec Kansas, ça va faire des dégâts à coup sûr surtout que l'on oublie souvent mais ils devront faire face à Oklahoma State avec le retour de tous leurs joueurs notamment Marcus Smart qui aurait été top 3 sans problème cette année et qui à mon avis n'a franchement rien à envier à ces joueurs.

    Aaron Gordon et Arizona qui dans leur conférence feront face aux 2e année de UCLA revanchards et un nouveau coach. Indiana et Noah Vonley qui aura la lourde tâche de devoir faire oublier Oladipo/Zeller.

    Jabari Parker et son QI basket énorme coaché par Coach K et Florida et son virevoltant meneur Kasey Hill. Si en plus on rajoute à ça les joueurs surprises comme il y en a toujours (le fameux joueur peu côté au lycée qui se révèle être un monstre revanchard), bref il y avoir du sang…

  3. Dommage, je ne pourrais pas voir beaucoup de matchs a cause de mes études. Mais je suivrais sur les sites et les résultats au moins, je regarderais quand je pourrais.

    Oui comme tu le dit ça devrais être une bonne saison! J'ai commencé en faite avec la march madness 13, j'ai direct acroché. Sinon tu connais des sites français qui parlent beaucoup de NCAA?

  4. Magnifique article.

    Petite question, tu nous parle de "ton" équipe sans jamais la nommer … de qui parle t-on exactement ? ^^

  5. Thanks! Si je n'en parle pas, c'est que c'est fait exprès… Non plus sérieusement les Bulls évidemment. Oladipo à la sauce Thibodeau a été mon fantasme depuis 2 ans…

  6. Il y avait un blog qui c'était lancé et dont j'ai oublié le nom. Mais je crois bien qu'ils se sont en mis en pause ou en tout cas diffusait leurs derniers articles au compte goutte…

  7. ok tout s'explique ^^

    Sinon tu as prévu d'écrire une mock draft pour dunkhebdo, j'avais commencé à en écrire une mais mon ordi a fait des siennes donc j'ai du tout reprendre à zéro ou presque …

  8. Logiquement oui, si j'ai l'inspiration car je suis mal à l'aise avec les mock drafts. En tout cas si j'en fait une, celle sur les choix dans la lottery sera rédigé d'une manière très déroutante sur la forme…

  9. College Blog ou WordPress un truc comme ça je crois .. Sinon ta aussi débat sports qui en parle pas mal ou un mec sur Twitter Julien Foinon qui a un site pas mal .

  10. Ah oui. En fait comme je le disais dans un autre article (Draft faible ou GM faible), ce n'est pas tant qu'elle était considéré faible. C'est que comme d'habitude les gens rêvent de la superstar immédiate et en fait donc pour la plupart des gens, après Derrick Rose et Beasley, c'est bon les autres franchises pouvaient plier bagage.

    Et c'est surtout que le choix de Westbrook n'était vraiment attendu par personne car le mec n'avait pas beaucoup jouer au poste de meneur et tout les "experts" le voyaient comme un choix autour de la 10ème place mais absolument pas en 4e position quoi. Sinon la draft 2008 ne s'est pas faite autant allumer que la 2009.

    La 2009 c'était vraiment la draft de la honte pour plein de personne. Tu sais tu peux même recherche un article de Fabrice sur son blog "extra time" où lui même disait que cette draft était bof, que Stephen Curry avait été drafté par Golden State juste pour emmerder New-York etc…

  11. Très bel article c'est le genre de joueur que j'adore ! Collectif et défenseur. Je vais essayer de suivre la NCAA l'an prochain car il y a du très bon apparemment.

  12. Et ces deux drafts ont prouvé qu'elle était plus qu'excellentes ! Sinon je suis allé fouillé dans les mocks et SR de l'époque et le choix de Russell était vraiment un projet … Merci pour ta réponse .

  13. Très plaisant à lire comme article. Bravo. J'en ai appris plus sur ce joueur le "futur Westbrook" n'est ce pas 😉

  14. Franchement il y'a des similitudes après a voir si il restera dans ce profil de défenseur/gars athlétique ( A la Shawn Marion/Crash Wallace ) ou s'orientera dans un profil offensif ( je pense qu'il va droit dans le mur si il commence a aller vers la ) .

  15. Y'a rien pour collège blood. Et wordpress c'est pas un site, enfin c'est le truc avec lesquels tu écrit les articles je crois

Les commentaires sont fermés.