Trey Burke: Quand la taille compte

National Player of the Year (que ce soit par l’AP (Associated Press), NABC, Naismith, Oscar Robertson, SI, Wooden), Big TEN player of the year, NCAA Tournament South Regional Most Outstanding Player, NCAA All-Tournament Team, Bob Cousy Award. Non, il ne s’agit pas ici de réviser la liste de certains titres qui sont décernés aux joueurs NCAA mais tout simplement de certains prix glanés en cette saison 2012-2013 par un jeune homme : Trey Burke. C’est simple, il aura remporté tous les trophées majeurs qu’un joueur à son poste peut espérer remporter. Certains diront tous, sauf… le titre de champion universitaire. Mais nul doute que cet échec servira de motivation à ce joueur qui se lance vers un autre défi qui n’est tout à fait nouveau pour lui : s’imposer dans un monde de géant.

Celui dont le vrai nom est Alfonso Clark Burke III ( d’où le surnom « Trey » donné par sa mère et aussi son numéro de maillot) et qui était à peine considéré parmi les 100 meilleurs lycéens de 2011 était pourtant lorsqu’il était plus jeune, une star à ne pas manquer surtout dans son état de l’Ohio. Celui qui fut désigné en 2011 Ohio Mr. Basketball a dès ses 5 ans obligé sa « league » locale à établir une règle spéciale pour lui (il n’avait pas le droit d’être dans la moitié de terrain des adversaires lorsque ceux-ci avaient la possession car il interceptait et marquait dans la foulée trop rapidement). Et lorsque durant sa première année au lycée de Northland, le garçon trop maigrichon ne joue quasiment pas, son père qui l’avait déjà forcé plus jeune à utiliser sa main gauche pour manger, ou encore pour faire des lay-ups (afin qu’il acquiert une ambidextrie) le confia a un coach sportif (Anthony Rhodman) pour le début d’une histoire qui dure encore jusqu’à présent.

Ainsi, lors de sa deuxième année de lycée, c’est un Trey Burke plus affûté qui mène le jeu pour une équipe de Northland qui remportera en cette année 2009 le premier titre de champion d’état de son histoire. Mais voilà, en ces années là il ne fallait pas se mentir, malgré des performances intéressantes, les yeux des recruteurs universitaires sont surtout braqués sur ses coéquipiers, notamment un certain intérieur dominant prénommé Jared Sullinger et qui est le meilleur ami de Burke depuis l’âge de 8 ans. Et lorsque à la fin de l’année suivante, Jared (plus âgé d’un an) part pour la prestigieuse fac d’Ohio State , Trey sait qu’il doit saisir sa chance et être le leader de l’équipe et la maintenir à un haut niveau. C’est ce qu’il fera donc en les menant à un bilan de 26V-2D (26V-1D l’année précédente). Le titre ne fut pas au bout mais c’est sur une saison à 23,6 points (58.7% FG ; 46,6% à 3 points), 6,8 passes décisives ; 3,1 rebonds et 2,6 « steals » qu’il quitte le lycée.

Direction…Michigan. Oui c’est en tant qu’adversaire de conférence que Trey Burke retrouvera son ami de toujours puisque Jared a décidé de faire l’impasse sur la draft 2011 (année du dernier lockout) et d’effectuer donc une 2e année à Ohio State qui a déjà ce qu’il lui faut en meneur de jeu et n’a donc pas fait d’offre à Trey Burke. Au niveau des offres justement, l’on peut dire que Trey n’a pas été gâté. Comme indiqué plus haut, à la sortie du lycée et malgré son titre de « Mr Basketball », il n’est pas vraiment bien côté chez les recruteurs. Après tout, nous sommes aux Etats-unis et le basket est une véritable jungle où les talents fourmillent à tous les niveaux et Trey Burke sera visiblement resté trop longtemps dans l’ombre de Jared pour espérer plus d’attention. D’ailleurs, Trey a failli jouer pour la modeste fac de Penn State avec laquelle il s’était engagé verbalement dès sa première année de lycée. Avant sa dernière année (voyant notamment que les coachs qui l’avait recruter allait quitter Penn state), il fera jouer sa clause de désistement, mais les offres les plus prestigieuses qu’il recevra ne seront que de Cincinnati et Michigan.

Voilà que Michigan retient son souffle (j’exagère à peine) se demandant s’ils vont encore perdre leur général, leur meneur sur le terrain. Après tout, pourquoi reviendrait-il alors que sur la base des critères de la pensée dominante du monde de la « draft moderne », il a plus à y perdre qu’à gagner. Il ne deviendra pas comme par magie nettement plus grand. De plus, qu’est ce qui se passera s’il fait une mauvaise saison? Il voit comment la côte de son ami Jared a baissé au cours de la saison qui vient de s’écouler. Alors son sort à lui qui est considéré comme un fin de 1er tour (avec de la chance) ne sera-t-il pas pire? La pression sur les épaules du jeune homme venait de partout (même de dirigeants de la fac rivale de Michigan State, c’est dire!). Décision : il rempile.

Mais Trey Burke est conscient des risques et des enjeux tant au niveau personnel que collectif. En effet, au niveau collectif, il sait que Michigan aura recruté de manière intéressante pour l’année à venir. Ainsi à Burke et Tim Hardaway Jr viennent s’ajouter un autre « fils de » en la personne de Glenn Robinson III (considéré dans le top 30 des lycéens), un « beau bébé » se prénommant Mitch McGary (lui aussi dans le top 30) et un canadien « shooter fou » à 3 points, Nik Stauskas (top 80). Bref, de son côté aussi Trey Burke ne chômera pas, écumant les prestigieux camps d’été, passant des heures à regarder les vidéos de meneurs NBA mais aussi de ses matchs à lui car il se sait attendu au tournant. Et c’est donc entouré d’un casting certes peu expérimenté mais fougueux qu’un Trey Burke plus musclé aborde la saison NCAA 2012-2013.

Si vous cherchez un domaine dans lequel Trey Burke n’a pas progressé au niveau statistique cette saison, c’est simple vous n’en trouverez pas (amateurs de stats c’est le moment!). Celui qui n’était pas considéré assez passeur a augmenté sa moyenne de 40% dans ce domaine tout en demeurant le meilleur scoreur de la meilleur attaque de NCAA. Sa moyenne de points a elle aussi augmenté tout comme son adresse (2 pts comme 3 pts). Ah mais si, il y a bien un domaine dans lequel il a régressé, puisqu’il a réduit de 35% ses pertes de balle (ironie) étant ainsi le seul meneur (NCAA seulement) de cette classe 2013 à avoir un rapport passes déc./pertes de balle supérieur à 3. Et Michigan dans tout ça? Et bien dans le sillage de leur leader, les Wolverines s’inclineront lors de la finale du tournoi NCAA face au favori Louisville (82-76). Cette fois, la décision est prise, Trey décide de s’inscrire à la draft 2013, là où l’attend ce défi qui le poursuit depuis le lycée, ses deux années d’université et le poursuivra pendant toute sa carrière : sa taille.

Car oui ne nous mentons pas, nous le savons tous (joueurs amateurs, pros ou simple spectateurs), le basket reste un sport de grands, ou du moins un sport où il fait bien d’être grand et d’avoir des mensurations imposantes. Vous connaissez certainement le dicton souvent employé par la plupart des scouts dans le domaine du recrutement au basket : « You can’t teach size » (La taille ne s’enseigne pas). C’est une des raisons majeures qui fait qu’un jeune joueur (le terme « jeune » est important ici) grand de taille et athlétique fera toujours plus saliver même s’il a des mains carrées. Bien que je fasse partie de ceux qui pensent que pour le poste de meneur, la taille n’est pas le plus important (ça c’est un autre débat), les meneurs de 6 pieds sont rarement draftés haut et doivent toujours faire plus pour s’imposer dans la ligue. En plus, il faut rajouter à leur malheur que l’un des plus grands solistes qui a foulé les parquets du basket moderne a leur gabarit (un numéro 3 lui aussi). Et je ne parlerai même pas d’un autre numéro 3 qui réfléchit en ce moment à son avenir .

Cela peut paraître idiot ou surprenant mais au jour d’aujourd’hui, Trey Burke ne rentre pas dans le débat pour l’éventuel premier choix de la draft. Il doit même se sentir heureux d’être dans le débat du top 5/10. Car voyez-vous, dans une ligue de plus en plus dominé par les meneurs « grands » et surtout super-athlétiques, les places se font rares et surtout le physique est plus que jamais pris en considération. Ainsi, même si Ty Lawson (18ème choix en 2009) donne un peu d’espoir aux meneurs aux « petits », les gens retiennent surtout l’expérience récente et pour le moment en demi-teinte d’un Kemba Walker à Charlotte (9ème choix en 2011) ou encore si l’on remonte un peu plus loin, DJ Augustin (9ème choix en 2008 par…Charlotte) qui était une terreur à la fac et qui maintenant galère en « backup » à Indiana. Et un joueur auquel Trey Burke n’aura cessé d’être comparé au cours de la saison NCAA et qui illustre bien ce « problème » de taille est Michael Carter-Williams (MCW). Une tige d’1m96, découvrant le poste de meneur cette année à Syracuse et qui en début de saison (ce qui signifie souvent faible compétition en NCAA) alignait les passes décisives par dizaine. Et lorsque au moment où les matchs deviennent plus durs, et que Trey continue à mener à la baguette son équipe de Michigan, pendant que MCW commence à régulièrement peiner aussi bien dans ses pertes de balle comme dans ses shoots, il suffit à ce dernier de faire un seul bon match (au shoot par exemple comme face à Indiana en tournoi NCAA) et tout le monde le reconsidère comme le meilleur meneur.

Mais au jour d’aujourd’hui, Trey Burke (au prix quand même d’un gros tournoi NCAA, c’est dire) a enfin réussi à se détacher de son « rival ». De plus, Marcus Smart, un autre grand mais surtout « spécial » joueur qui découvrait aussi le poste de meneur a décidé de rester à la fac (d’ailleurs, Trey Burke y est pour quelque chose). Ainsi, même si pour certains c’est par défaut, Trey Burke est actuellement considéré comme le meneur numéro 1 sur le papier. Alors bien sûr, outre sa taille Trey Burke a d’autres défauts. Ainsi bien qu’il soit vif, très bon en pénétration et très bon manieur de ballons, il n’a pas ce premier pas et surtout cette vitesse d’un Ty Lawson. De par son assez bonne adresse au shoot, il a tendance à s’emballer et à vendanger des situations. En plus, il ne maîtrise pas le « floater », arme précieuse pour les meneurs de nos jours, notamment ceux de sa taille. Quant à sa défense qui était très critiqué l’an dernier, elle a progressé sans être exceptionnelle mais il peut compter sur une envergure peu commune (196 cm) pour quelqu’un de sa taille. Mais, il a un mental de leader, sait se montrer décisif (demandez aux fans de Michigan State ou de Kansas) et faire ressortir les qualités de ses coéquipiers (Mitch McGary?) et a toujours progressé.

C’est donc en espérant laisser d’autres souvenirs qu’un 3 pts assassin dont Kansas ne veut plus entendre parler, ou encore cette image du jeune homme marchant tête basse, tournant le dos à la belle joie d’une équipe de Louisville en mission, que Trey Burke change d’arène pour relever un défi dont il a maintenant l’habitude…

(ARTICLE ECRIT PAR Blueprinty) 

Auteur : Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

5 réflexions sur « Trey Burke: Quand la taille compte »

  1. très bon article de Blueprinty (pourquoi je ne suis pas surpris ? ^^)

    et je confirme, en tant que fan de Kansas, je me souviendrais toujours de sa deuxième mi temps …

  2. Blueprinty encore ! Il est notre spécialiste NCAA sur dunkhebdo ! Très bon article, j'ai découvert Burke pendant le tournoi NCAA, et là j'en apprend encore un peu plus concernant ses forces et ses faiblesses…La rédaction est toujours top et on voit qu'il y a des recherches derrière !

    Continue !

  3. «il n’avait pas le droit d’être dans la moitié de terrain des adversaires lorsque ceux-ci avaient la possession car il interceptait et marquait dans la foulée trop rapidement»

    Cette anecdote est quand même magique

  4. Merci pour les comms! Je dois avouer que j'ai été quand même MDR quand je me suis rendu compte que Kemba et Augustin avait été choisi à la même position. Je me suis dit, bon allez on tient l'explication…

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