Tracy McGrady : Tribute to a lost legend

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Une jeunesse délicate

Tracy McGrady est né le 24 mai 1979 pas loin d’Orlando, en Floride et passe sa jeunesse à faire du sport avec ses amis : baseball, football et un peu plus tard du basket. Il va connaître la jeunesse typique d’un jeune afro-américain, entre problèmes scolaires, proximité de la drogue et violence, mais le jeune Tracy s’accroche au sport pour ne pas sombrer, contrairement à tous les jeunes de son quartier, quartier où moins d’un tiers des jeunes vont à l’université. La vie du floridien va basculer un jour, lorsqu’il fait la rencontre de Joel Hopkins, ancien basketteur universitaire, qui coache l’équipe de basket de la Mount Zion Christian Academy, une sorte de camp religieux au fin fond de la Caroline. Hopkins propose à la mère de Tracy que son fils effectue sa dernière année de lycée là-bas, ce qui le fera progresser en basket, mais ce qui lui garantira également une vie normale, hors de la délinquance et des violences des quartiers. Le changement d’école s’effectue non sans mal : Tracy alors agé de 17ans va devoir se séparer de toutes ses habitudes, de tous les codes de la rue. Fini les walkmans, les boucles d’oreilles chères au jeune lycéen, fini également les téléphones portables et les relations amoureuses. Bonjour les heures d’éducation religieuse, les levées à l’aube, les footings d’une dizaine de kilomètres dans le froid, la colocation forcée avec ses camarades de classes : c’est ça la nouvelle vie de T-Mac, une vie rude, et cela va lui réussir.

« Quand je suis allé la première fois chez lui, je lui ai fait enlever ses boucles d’oreilles. Je lui ai dit que j’étais prêt à repartir aussitôt s’il ne les enlevait pas. Les boucles d’oreilles, c’est pour les gonzesses. »

Un talent hors norme

McGrady sous les couleurs de son lycée, Mount Zion Christian Academy

C’est bien entendu plus simple d’avoir le talent quand son physique est déjà exceptionnel, et celui du jeune McGrady est hors norme. Il n’est qu’à dix-sept ans le prototype parfait du joueur moderne : plus de 2m pour 95kg, une détente sèche qui avoisine les 1 mètre  et des bras de pieuvres, des tentacules. Mais le jeune Tracy le travaille son physique, il le performe, l’améliore au cours de séances de musculation d’une rare intensité où il soulève des kilos de fonte, au cours de joggings interminables, de séances de sprint. Joel Hopkins fait également progresser la technique de son jeune poulain, grâce à des séances de shoots d’une rare violence, où T-Mac enchaine des centaines et des centaines de shoot, de tous les spots du terrain, avec des défenseurs. Hopkins lui fait également faire de nombreux « drills », des exercices de dribbles, de moves dos au panier, de conservation du ballon, et bien entendu des séances interminables de lancers francs. Tout cela amène le jeune ailier à dominer, à écraser la concurrence. Il mène son lycée à un bilan de 26 victoires pour 2 défaites et fait lever les salles avec des actions incroyables, des dunks surpuissants. Il joue tous les postes, défend sur les intérieurs adverses et a le sang glacé dans les moments importants. Ses statistiques parlent pour lui : il tourne à 27pts, 9rbs, 8ast, 3 interceptions et plus de 2 contres sur la saison.

« Il y a eu tellement de moments où je restais assis sur le banc, complètement ébahi par son talent. J’achèterais ma place pour voir ce gosse jouer un pickup game. » raconte Hopkins

Le camp ABCD Adidas et le début du buzz autours du phénomène

Malgré des statistiques excellentes et des actions spectaculaires, on ne parle pas trop du jeune Tracy McGrady. On parle du jeune intérieur de Wake Forest, un certain Tim Duncan qui débarque des Iles Vierges. On parle de Keith Van Horn, qu’on décrit comme le nouveau Larry Bird. Enfin, le lycéen le plus en vue est un certain Lamar Odom, qui domine le championnat lycéen du pays avec son lycée new-yorkais. Hopkins fait joue ses relations et parvient à inscrire son protégé au Camp Adidas, camp où sont réunis tous les espoirs du pays, dont Lamar Odom. Hopkins prépare son joueur pendant plus d’un mois, le faisant shooter, attaquer le panier, défendre… Et cela paye, le jeune Tracy est nommé MVP du match et apparait pour la première fois dans le classement des meilleurs lycéens du pays : il est classé deuxième, alors qu’un mois avant il ne figurait même pas dans ce classement. Le buzz est là et McGrady va en profiter. Pour la première fois, des scouts NCAA et NBA assiste aux entraînements d’une équipe de lycée, afin d’observer le jeune prodige floridien. On en parle à Kentucky ou encore à Syracuse mais T-Mac a d’autres projets en tête : il sent bien que le niveau ne lui conviendra pas, il veut se mesurer au gratin du basket mondial, défendre et attaquer sur les meilleurs, les Michael Jordan, les Grant Hill et autre Penne Hardaway, son idole. McGrady se dit donc éligible à la Draft NBA 1997.

«Si tu peux être un des 15 premiers choix de la draft, alors pourquoi aller à l’université ? C’est une chance que la plupart des jeunes n’auront jamais. »

« Au fur et à mesure de la saison, ça devenait parfois ennuyeux. Je pense que j’ai le potentiel pour aller en NBA, et je le ferai si je suis dans les 15 premiers choix. Je veux gagner de l’argent pour mon jeu et aider ma mère et ma grand-mère. »

Des débuts encourageants à Toronto et la naissance de son duo avec Vince Carter

Vince Carter et Tracy McGrady sous le maillot des Raptors

Très attendu lors de cette Draft 1997, Tracy McGrady est sélectionné en 9ème position par la seule franchise canadienne de la Ligue, celle des Raptors de Toronto. La jeune franchise de l’Ontario cherche de jeunes talents pour un projet à long terme, et c’est en partie pour cela qu’il sélectionne T-Mac lors de cette Draft. Les deux premières saisons sont plutôt encourageantes : McGrady ne joue pas beaucoup, apprend le métier autour de vétérans comme Dee Brown ou Charles Oakley. McGrady est vite rejoint par un autre jeune talent, le champion NCAA Vince Carter, qui débarque au Canada et vient renforcer les espoirs de la franchise. La complicité naissante entre Carter et McGrady peut s’expliquer tout simplement car ils sont cousins éloignés. Les deux voltigeurs des Raptors éblouissent la NBA avec des actions spectaculaires, des dunks surpuissants. Le point d’orgue de leur complicité, c’est lors du Slam Dunk Contest du All Star Game en 2000, à Oakland, où les deux jeunes électrisent la salle, se rendant coup pour coup, s’aidant même pour certains dunks. Finalement c’est Carter qui l’emportera, devant T-Mac et Steve Francis. La troisième saison est bien meilleure pour McGrady, qui tourne à plus de 15pts par match et qui fait office de lieutenant d’un Vince Carter All Star et leader des Raptors. Mais au fond, l’ailier floridien ne veut pas être le lieutenant d’un autre, le Scottie Pippen de Michael Jordan. Agent libre à l’issu de sa troisième saison à Toronto, l’ailier est approché par certaines franchises, comme les Bulls ou le Magic, voyant en lui un futur « franchise player ».

Les années Magic : entre cartons individuels et déceptions collectives

T-Mac et Grant Hill sous les couleurs du Magic

Tracy McGrady choisit donc de s’engager pour le Magic d’Orlando, et retrouve donc sa Floride natale. Son choix s’explique pour différentes raisons : il veut devenir le « go to guy » d’une franchise et le Magic lui offre cette possibilité. Souhaitant se rapprocher de sa famille, il préfère donc le challenge offert par Orlando plutôt que celui des Bulls de Chicago par exemple. De plus, l’arrivée de Grant Hill en Floride amène à penser que l’équipe sera bien plus compétitive. La première saison de T-Mac est très satisfaisante, et se ponctue d’un titre de MIP bien mérité : ses statistiques passent de 15pts à 26pts. Mais Grant Hill se blesse dès le début de saison et Orlando ne gagne que 43 rencontres lors de la saison. La saison suivante est celle de la confirmation pour McGrady, qui termine meilleur marqueur de toute la NBA. Ses statistiques sont exceptionnelles (plus de 32pts, 6rbs et 5ast avec un excellent pourcentage) et cela lui vaut de finir deuxième au classement du MVP de la saison. Malheureusement, le Magic ne passe pas le premier tour des play-offs, principalement car T-Mac est trop seule, il ne peut compter sur un lieutenant et le banc se révèle très faible. De plus, l’effectif vieillit, avec de grandes gloires du passé, comme Horace Grant ou Shawn Kemp, qui sont sur leurs fins de carrières. La saison suivante est une catastrophe pour le Magic, qui termine avec le deuxième pire bilan de l’histoire de la franchise. Doc Rivers est limogé, mais malgré cette défaillance collective, T-Mac est pour la deuxième saison de suite meilleur scorer de la Ligue. Lassé de ne pas jouer les premiers rôles collectivement, comme d’autres stars de l’époque telles qu’Allen Iverson ou Kevin Garnett, McGrady insiste auprès de ses dirigeants pour être transféré.

https://www.youtube.com/watch?v=2hJm8sMVaic

Les années Rockets : entre coups d’éclats et défaillances en postseason

Le vœu de l’ailier All-Star est exaucé : il rejoint les Rockets de Houston dans un gros échange où les pièces centrales sont Steve Francis, Cuttino Mobley ou Juwan Howard. Il rejoint une bonne équipe, et doit former un duo All-Star avec le pivot chinois Yao Ming. Le coup marketing est super pour la franchise texane, qui voit sa vente de maillot monter en flèche, surtout sur le marché asiatique. La première saison est plutôt satisfaisante pour le floridien, qui amène Houston à la cinquième place de la Conférence Ouest. Le point d’orgue de cette saison est sa fameuse performance face aux Spurs : mené de 10pts à 40 secondes de a fin du match, T-Mac inscrit 4 paniers à trois points sur quatre possessions de suites et conduit les Rockets à la victoire. Malheureusement, cette bonne saison s’arrête au premier tour des play-offs, face aux Mavs : après avoir mené 2-0 dans la série, les Rockets perdent au bout des sept matchs, avec un McGrady défaillant dans le match 7. Les saisons suivantes sont complexes pour l’ailier, qui fait les frais des blessures de Yao, de la faiblesse du collectif. Il subit des opérations aux dos, à l’épaule et surtout au genou, ce qui le fait louper la fin de la saison 2008-2009, saison où Houston réalise une incroyable série de victoires consécutives. Sous l’ère McGrady, Houston ne passera pas de tour en postseason, ce qui affecte grandement le floridien, qui en prend l’entière responsabilité.

https://www.youtube.com/watch?v=FIKG_uLInaQ

Une fin de carrière difficile et parsemée de blessures

Devenu indésirable aux Rockets, Tracy est échangé aux Knicks en février 2010. Il réalise un début en fanfare avec une superbe performance face aux Thunder, où il inscrit 26pts. Dans un Madison Square Garden acquis à sa cause, il réalise de bonnes performances : la foule ne cesse de crier son nom, particulièrement pour sa première (« We want T-Mac »). Il joue ensuite pour les Pistons de Detroit et pour les Hawks d’Atlanta, mais n’a qu’un rôle de seconde zone et se blesse notamment à la cheville. Il part en Chine pour la saison 2012-2013, et rejoint d’anciennes « gloires » de la NBA, comme Stephon Marbury, Gilbert Arenas ou Steve Francis. Il signe une dernière pige avec les Spurs en 2013, et a ainsi la chance de passer un tour de play-offs pour la première fois dans sa carrière. Il atteint les Finales NBA, joue quelques minutes, mais malheureusement, les Spurs s’inclinent au bout du suspens face aux Heat de Miami.

Une carrière gâchée ?

Si on prend en compte le bilan comptable, en termes de performances et de récompenses individuelles, Tracy McGrady est l’un des plus grands joueurs de sa génération : 7 fois All-Star, deux fois meilleur scorer de la Ligue, deux fois dans la meilleure équipe de la NBA et MIP en 2001. Mais dans un sport collectif, ce sont les titres qui prédominent et sur ce point, le palmarès collectif du floridien est inexistant : il n’a pas passé un tour de postseason avant sa pige avec les Spurs la saison dernière. Il faut aussi dire qu’il n’a jamais été bien entouré, qu’il n’a pas eu l’équipe capable d’aller au bout. Ses choix de carrières peuvent également être remis en cause. Il aurait surement du rester à Toronto, en soutien de Vince Carter, car cette franchise avait un fort potentiel et était passé à un shoot de « VC » d’éliminer les 76ers la saison suivant le départ de T-Mac.

« Avec le recul, il est évident que je n’aurais jamais dû quitter Toronto. Nous aurions été de sérieux prétendants au titre, cela fait aucun doute »

«La camaraderie au sein de cet effectif était incroyable. C’est quelque chose qu’on ne peut pas dupliquer. Il y avait les grands frères, les petits frères… Et moi et Vince étions dans une situation parfaite. Nous étions les deux jeunes superstars entourées de vieux vétérans. Ils faisaient notre force. Ils nous protégeaient de tout, sur les parquets. Ils faisaient le sale boulot. Et nous, on avait plus qu’à mettre le ballon dans le panier, et défendre sur notre adversaire. C’était une période géniale »

Son départ du Magic peut également être désapprouvé, car imaginez sa possible association avec Dwight Howard ! En tous cas, ce fut l’un des joueurs les plus appréciés de sa génération, principalement pour ses cartons offensifs, ses moves spectaculaires et ses dunks en haute altitude. Selon Kobe Bryant, l’ancien Raptors est le joueur qui lui a posé le plus de difficultés en un contre un, et venant du « Black Mamba », c’est un vrai compliment. Tracy McGrady a donc marqué la NBA de son talent, de son élégance pendant plus de dix ans, mais il n’aura jamais eu l’occasion de jouer pour une bague, et c’est bien pour cela qu’un joueur enfile son maillot chaque soir.

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