Une superstar, une garantie de victoires ?

NBA Finals Game 5: Los Angeles Lakers v Orlando Magic

Lors des dernières années, plusieurs saisons ont été marquées par la domination d’équipes composées de superstars. Les Lakers de Shaq et Kobe, puis plus récemment Miami et dans une moindre mesure Cleveland actuellement, un assemblage de top joueurs permet de jouer voire de gagner des titres. Mais est-ce la seule solution ? La NBA est-elle vraiment une ligue où pour gagner, il faut aligner une pléthore de joueurs très côtés ? La présence d’une superstar est-elle un élément indispensable pour le titre ? Eléments de réponse.

Spurs et Heat, les opposés

Pour commencer, prenons l’exemple des 5 dernières années. Depuis 2010, la NBA a été marquée par les choix et les décisions de celui qui était alors le meilleur joueur du monde, Lebron James. Son départ de Cleveland pour Miami, et son association dans la franchise floridienne avec deux autres « franchise player » que sont alors Wade et Bosh, va entraîner la création d’une (courte) dynastie. Avant leur association, James valait 29.7pts, 8.6ast et 7.3reb, Wade 26.6pts,6.5ast et 4.8reb et Bosh 24.0pts et 10.8reb. Un constat : au lieu de vouloir battre les meilleurs pour devenir le meilleur, les joueurs choisissent maintenant de s’associer. Et l’effet est tout de suite visible pour le Heat qui dès la première année avec Lebron, atteint les Finales. Sans succès. Il manque un autre élément à l’équipe, des roles players. Et les années suivantes, c’est une véritable armée qui se présente en Play-offs et décroche deux titres. Sans avoir un jeu transcendant mais très efficace, derrière un James au sommet, le Heat se hisse en haut de la NBA. Ceci est l’illustration même qui prouve que la présence de superstars dans un effectif peut le faire passer dans une autre dimension, amener au titre, mais déjà, le besoin en roles players et en banc est nécessaire. C’est d’ailleurs ce qu’était venu chercher Lebron à Miami. Mais, comble du sort, le Heat perd en finale en 2014 contre les Spurs, une équipe sans franchise player, sans superstar mais juste de très bons joueurs parfaitement conscients de leur rôle, et capable de se transcender d’un match à l’autre.

Et cette équipe des Spurs est le contre-exemple même du Heat. Un effectif formé au fil des ans, draft après draft, basé sur la progression d’excellents jeunes joueurs, coachés d’une main de maître et jouant ensemble, d’une manière tout à fait incroyable et avec une alchimie qui traverse l’écran. Une équipe qui gagne. Les Spurs n’ont jamais eu besoin d’aller chercher des top joueurs pour gagner, mais misent plutôt sur le développement de jeunes joueurs (Leonard en est l’illustration) pour pouvoir glaner des titres. Malgré la présence de plusieurs joueurs All-star (Parker, Duncan…), aucun d’entre eux ne va tirer la couverture à lui, ou ne sera considéré comme un franchise player, et encore moins comme le boss de la franchise comme peut l’être LeBron James. Dans les dernières minutes d’un match serré, au lieu de donner la balle à leur meilleur joueur et de jouer en isolation, San Antonio réalise de « vrais » systèmes, avec des passes et du mouvement. Bref, San Antonio joue au basket. Et y joue très bien. De quoi gagner 4 titres depuis 2002. Les Spurs permettent donc de mettre en doute le fait que la NBA est une ligue de superstars.

L’importance d’un MVP

Mais l’un des points qu’il faut soulever est que dans une équipe, en play-offs notamment, le besoin d’un joueur très supérieur à la moyenne offensivement, capable de prendre le jeu à son compte, est très souvent indispensable et prépondérant dans la quête du Graal. Un joueur potentiellement MVP, un top joueur, pouvant tuer des matchs et prendre le pas à lui tout seul sur l’équipe adverse. Pour démontrer ce besoin, parlons de l’équipe des Hawks de l’année dernière. Une équipe superbe, très collective, avec aucun joueur au-dessus de 17pts et de 32min de jeu en moyenne, très complémentaire, et avec un cinq majeur capable d’être nommé ensemble joueurs du mois. Une saison exceptionnelle avec un bilan de 60 victoires pour 22 défaites pour des play-offs…assez ratés. Deux premiers tours laborieux contre Brooklyn et Washington pour être ensuite sweepé en finale de conférence par des Cavs d’un James en mission. Aucun membres des Hawks n’a pu répondre aux superstars d’en face, et quand le collectif bien huilé est mis en difficulté par l’intensité défensive d’un match de play-offs, les choses se compliquent.

Alors oui il est possible de gagner des matchs (beaucoup) avec une très bonne équipe, jouant bien au basket, sans stars, mais l’acquisition d’un titre se rapproche ensuite d’une mission impossible. Regardez les Celtics de cette saison. Une excellente équipe jouant bien défensivement notamment et coachée par l’excellent Brad Stevens. Avec un bilan de 39 victoires pour 28 défaites, Boston est 3ème à l’Est cette saison. Pourtant, personne n’en fait des favoris au titre, et ils font tout juste une apparition dans la liste des outsiders. Pourquoi ? Il manque une superstar. Isaiah Thomas est un All-Star, les autres joueurs sont très bons chacun dans leur rôle mais il manque un joueur du calibre d’un James, Curry ou Durant. Un MVP. Rajoutez un potentiel MVP dans cette équipe et vous aurez probablement l’un des gros favoris au titre.

Une rapide analyse peut mettre en exergue l’importance d’un tel joueur dans une équipe : sur les 30 dernières années, seulement 3 équipes ont été sacrées championnes sans MVP dans leur rang : les Pistons, champions en 89 et 90 avec les Bad Boys mené par Thomas, et… les Pistons de 2004 avec Billups, les Wallace, Hamilton et Prince. Si on étend l’analyse aux finalistes, on peut voir que seulement 15 équipes se sont hissées en finale sans un MVP dans leur rang. De quoi persuader les équipes sur la présence indispensable mais pas suffisante d’une superstar pour gagner des titres.

Une équipe complémentaire pour seule garantie

Maintenant, parlons de l’exemple inverse : une équipe basée sur une seule star, qui, aussi forte soit elle, n’a que très peu de soutien de la part de ses coéquipiers. Et ce que l’on peut très vite voir c’est que ce genre d’équipe ne gagne quasiment jamais de titre. Les premières années à Cleveland de James le prouvent. Même en évoluant à un niveau ahurissant, LeBron n’a pas gagné en Ohio, trop esseulé. Alors quand on prend des joueurs comme Carmelo Anthony ou James Harden, tous deux solistes exceptionnels mais toujours mal accompagnés, on obtient tout juste une équipe de Play-offs. Jordan avait Pippen et une équipe des Bulls exceptionnelle. Kobe a eu Shaq, puis Gasol. James a eu Wade et Bosh. Personne ne peut gagner un titre seul. Le besoin en lieutenant et en joueur de rôles est indéniable dans la route du trophée Larry O’Brien.

Quid du modèle d’un raté mémorable qui a permis de prendre conscience de ceci. En 2012, après une saison ratée, les Lakers décident de tout tenter sur le marché des transferts. Résultat, un cinq toujours composé de Kobe, Gasol et Artest, mais accompagné de Steve Nash et de Dwight Howard, le tout avec Jamison, Meeks, Clark et Blake sur le banc. Un effectif en or, un cinq majeur exceptionnel. Dès le début de saison, c’est l’enflammade, on parle déjà du record de victoires des Bulls, que l’on est peut-être en présence de la meilleure équipe de l’histoire. Bilan : 45 victoires pour 37 défaites, une 7ème place à l’Ouest, une mauvaise saison, un sweep mérité au premier tour des play-offs par les Spurs, des déboires extra sportifs, des mésententes, et un jeu juste terrible… Los Angeles se rend alors compte du problème : empiler les stars ne permet pas de gagner. Une complémentarité est nécessaire, un coach, une identité de jeu mais surtout des joueurs capables de se sacrifier pour l’équipe sont indispensables.

Le cas plus récent d’Oklahoma City va dans ce sens. Malgré deux joueurs parmi les 5 meilleurs mondiaux actuellement, le Thunder est dans une plutôt mauvaise passe. Car derrière les deux monstres que sont Westbrook et Durant, c’est presque le néant. Une gestion de l’effectif et un coaching catastrophique, des joueurs mal utilisés, un banc qui peine à apporter et certains bons joueurs (Payne, Morrow,..) qui ont disparu des écrans, OKC ne semble pas sur la voie d’un titre. Il manque du liant à cette équipe, d’autres vrais joueurs de l’ombre, capable d’apporter.

Pour conclure, il est obligatoire de mentionner les Warriors de cette saison 2015-2016. Cette équipe a tout ce qui a été cité auparavant. Une superstar, Curry, qui est sur le toit du monde, deux lieutenants, Thompson et Green essentiels au fonctionnement de l’équipe, et surtout un banc, des joueurs de sacrifices, rouage indispensable à cette saison historique. Chacun dans leur registre, Bogut, Barbosa, Ezeli, Barnes, Livingston et surtout Iguodala sont immanquables et primordiales dans chaque victoire. Cette équipe, formée avec patience, avec des tours de drafts intelligents, des trades judicieux (celui de Monta Ellis en 2012 par exemple) et marqués par des sacrifices financiers mais aussi de temps de jeu, est en train de marquer l’histoire de cette ligue. Et si on se souviendra principalement du niveau auquel Curry évolue actuellement, il ne faut pas oublier que chaque joueur des Warriors apporte sa pierre on ne peut plus importante à l’édifice.

Alors oui, la NBA est une ligue marquée par la présence de superstars, véritable image de marque de la ligue. Oui, la plupart des meilleurs équipes ont 1, 2 voire 3 top joueurs. Mais l’histoire récente prouve que cela ne suffit pas à former une équipe prête à la victoire finale. A l’image des Warriors actuellement, des Bulls de Jordan ou du Heat de James, il faut aussi des lieutenants, mais aussi des joueurs de l’ombre et de devoirs. Le basket reste un sport collectif, où chacun doit respecter son rôle, et se sacrifier pour le bien de l’équipe et pour la victoire. En cela, un banc et des joueurs de sacrifice sont prépondérants. Sur ce, vive les roles players !

1 Comment

  • jejevert01

    Excellent article. Constat très juste même si j'ai du mal avec l'utilisation du mot "superstar", cela ne gêne pas dans l'article

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