Stephen Curry, vrai problème en finales NBA ou exagération ?

Stephen+Curry+Golden+State+Warriors+v+Miami+EUOBg8MzZ5Xx

Jamais un double MVP en titre n’avait subi autant de critiques à l’aube d’un probable doublé. Depuis le début de ces playoffs, et d’autant plus depuis le début de ces finales, le niveau de Stephen Curry est constamment remis en question. Et ces blâmes ne sont pas tendres. Catastrophique selon certains ou sauvé par Klay Thompson tout au long de ces dernières semaines pour d’autres, il n’est pas épargné. Ces 39 points inscrits au match 4 n’y font rien, le scepticisme prime. Mais est-il justifié ? Cette rapide étude statistique peint une réalité plus nuancée que les avis répandus.

Stephen Curry est plus dominant en saison régulière qu’en postseason. C’est un fait difficilement discutable. Toutes ses statistiques sont en baisses entre la saison régulière et les playoffs, de même entre les playoffs et les finales NBA alors que son temps de jeu lui augmente significativement. Pourtant cette chute statistique n’est pas forcément synonyme d’un niveau de jeu cataclysmique, comme le suggèrent quelque-uns.

Sa baisse de réussite aux tirs, souvent pointée du doigt par les sceptiques, n’est pas désastreuse. D’un point de vue comptable, sa réussite à trois points et aux tirs ne chute que de cinq points entre la saison régulière et les finales. Une descente certes notable mais pas effroyable. Curry continue de réussir plus de 40% de ses tentatives à trois points. D’autre part, contrairement à ce qui est imprégné dans l’imaginaire du fan NBA, les superstars qui jouent mieux en playoffs qu’en saison régulière sont très rares. Cette idée représente plus un idéal qu’une réalité. Les statistiques gonflées de certains joueurs durant les playoffs s’expliquent souvent par un temps de jeu démultiplié. Rarement par un niveau de jeu en constante amélioration. Des adversaires de plus haut niveau, l’adaptation au cours d’une série, la fatigue et d’autres éléments font de la baisse de niveau la norme dans ce championnat. En cela, les baisses de réussite aux shoots de Stephen ne sont pas dommageables et sont facilement explicables.

En revanche, la production statistique de Stephen Curry est questionable. Malgré cinq minutes de plus de temps de jeu, il délivre 1.5 passes décisives de moins en finales NBA qu’en saison régulière. Des chiffres qui rallient l’impression d’un joueur beaucoup plus effacé durant les finales NBA qu’a l’accoutumé. Son ratio passes décisives/balles perdues est passé d’acceptable en saison régulière (2.25) à calamiteux en finales NBA (1.10). Toutes ses passes spectaculaires qui aboutissaient en saison régulière sont perdues en finales NBA. Le jeu risqué du meneur a peut-être atteint ses limites. Pourtant, son usage pourcentage en playoffs et en saison régulière sont presque identiques. Curry est donc tout simplement moins impliqué dans le scoring de son équipe.

Symbole de son jeu, les statistiques avancées concernant les shoots extérieurs de Stephen Curry illustrent tout le paradoxe et la complexité des performances du MVP en postseason.

On note d’abord que son nombre de tirs tentés par match évolue peu alors que, comme dit précédemment, il joue beaucoup plus. Une double lecture qui amène à des conclusions contraires est concevable. On peut considérer que Stephen Curry est trop effacé et devrait prendre plus de tir, lui qui délivre déjà moins de passes décisives. Au contraire, on peut penser qu’il a l’intelligence de moins tirer et donc de s’adapter à sa réussite en berne. La vérité à ces deux idées extrêmes se trouve bien évidemment quelque part au centre: la sélection de tirs de Curry n’est pas saine. Comme le montre l’infographie, au fil des étapes, la place du shoot extérieur dans le volume de tirs pris par Curry est toujours plus grande, jusqu’à en devenir absurde. Quand les tirs rentrent, c’est dévastateur. Mais au cours de ces playoffs, et a fortiori dans ces finales, la stratégie n’a pas toujours payée. Cette statistique rejoint l’impression de Warriors se reposant parfois sur leur adresse extérieur pour les sortir des situations les plus difficiles. Des cas de figures où les Warriors et Stephen Curry sont les plus prenables.

Dans ces longs débats autour du vrai niveau de jeu de Stephen Curry est constamment oublié l’impact des défenses sur sa production. Les shoots les plus hasardeux qu’il a pu réussir cette saison prouve qu’il est capable de scorer devant n’importe quelle défense. Cependant, il devrait normalement avoir une meilleure réussite quand la défense le laisse libre…en théorie. «En théorie» car bizarrement, au cours de ces deux finales, Curry a un pourcentage de réussite à trois points moins bon quand il est ouvert que son pourcentage de réussite extérieur global. Plus simplement, il est plus adroit défendu que libre ! Ses 38% de réussite quand il est ouvert – excellents pourcentages pour la plupart des joueurs de cette ligue – ne sont pas acceptables pour un joueur qui tourne à 48% de réussite en playoffs dans le même situation. Perd-il l’habitude d’être ouvert ? Une idée amusante mais peut-être vraie. A se concentrer sur les dangers que pouvaient leur infliger les Splash Brothers, les Cavaliers ont laissé la voie libre aux secondes options des Warriors. D’un point de vue collectif, le choix a permis à Golden State de mener 3-1. Individuellement, Curry doit lui batailler. Il n’est ouvert que sur 9% de ces shoots à trois points en finales contre les Cavaliers contre plus de 14% en saison régulière et en playoffs. Cinq point, une vraie différence pour un joueur qui prend un tel volume de shoot.

Cette étude plus précise de la réussite à trois points de Stephen Curry illustre plus globalement ce qu’il en est de lui dans ces finales. Moins bon, sans être catastrophique, il est effacé au profit de son équipe. Une équipe qui va très probablement remporter un deuxième titre de suite. Et c’est surement là l’essentiel.

C’est illogique de vouloir trouver du négatif dans une situation positive.

Stephen Curry