Shabazz Muhammad: La promesse du killer instinct

La saison 2012-2013 NCAA approchant, un des joueurs que tout le monde était impatient de voir évoluer était Shabazz Muhammad. Après tout, dans cette classe de 2012 que l’on annonçait pauvre en super-talents, Shabazz était considéré depuis plusieurs années comme étant le seul « Freshman » qui était au dessus du lot. Et même si la reclassification de Nerlens Noël ou encore les exploits de Marcus Smart avec les moins de 18 ans américains durant l’été 2012 pouvaient suggérer l’arrivée d’autres « prospects » intéressants, Shabazz demeurait quand même celui que l’on attendait le plus.

  D’autant plus que le jeune homme du lycée huppé de Bishop Gorman à Las Vegas a choisi d’apporter ses talents à la mythique fac de UCLA (un choix pas fait par hasard mais nous y reviendrons…). Tout un symbole pour un programme mythique (11 titres NCAA, un record) et qui a vu passer tout au long de son passé lointain comme récent des joueurs qui ont fait et font les beaux jours de la NBA (Kareem Abdul-Jabbar, Reggie Miller, Kevin Love, Russell Westbrook par exemple). Un programme mythique qui a malheureusement vu ses dernières saisons entachées de déboires et conflits internes en tout genre avec un coach (Ben Howland) décrié. Bref, nous avons là le scénario presque parfait pour que Shabazz et les autres recrues huppées de UCLA (Kyle Anderson, Jordan Adams, Tony Parker) aident au redressement du navire.

   Le scénario s’enrichit même d’un rebondissement lorsque sur la base d’une de ses règles étranges, la toute puissante NCAA déclare que Shabazz est inéligible car ses visites de facs auraient été financées de manière illégale vis-à-vis des règles de l’amateurisme (oui oui malgré tout le spectacle et l’argent générés par le basket NCAA, la NCAA tient à ce que vous gardiez à l’esprit qu’il ne s’agit que de jeunes amateurs pratiquant que pour l’amour du sport). Finalement, après avoir manqué 3 matches, Shabazz sera à nouveau autorisé à jouer (pas le temps de détailler pourquoi mais croyez moi, ça vaut les rebondissements d’un film à suspens) avec UCLA qui finira 1er de sa conférence, une qualification pour le tournoi NCAA (contrairement à la saison précédente) mais malheureusement pour eux, une élimination sèche dès son premier match par Minnesota (83-63).

    Comme je vous l’ai dit au début, Shabazz Muhammad était certainement le joueur le plus attendu en début de saison et il aura su provoquer de nombreux avis divergents et autres échanges passionnées entre ceux qui l’ont observé cette année (que ce soit longuement ou même pendant juste un match). Un point sur lequel tout le monde ou du moins la majorité des gens sont en accord, c’est que Shabazz est un scoreur, un joueur qui est attiré par le panier. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant s’il aura terminé leader au scoring de son équipe avec une moyenne de 17,9 pts à 44% au shoot et surtout ne refusant à aucun moment d’avoir la balle et de vouloir se montrer offensivement décisif (quitte à bouder lorsque ce n’est pas le cas). Il s’est même montré être un meilleur shooter par rapport à ce qui était annoncé. Pour les amateurs de chiffres, on peut aussi ajouter sa moyenne de 5,2 rebonds, notamment offensif.

 Pourtant, au jour d’aujourd’hui, Shabazz ne semble plus être dans la course pour être le choix N°1 lors de la prochaine draft et certaines personnes pensent même qu’il se situe plutôt à partir de la 7e position. Alors, bien sûr certains se demandent comment dans cette draft dite faible (j’insiste sur le « dite faible »), l’on peut avoir changer d’avis sur ce scoreur affamé et ne pas vouloir en faire son go-to-guy. En effet, comment un pivot victime d’une rupture des croisés et frustre offensivement semble offrir plus d’assurance pour un 1er choix que Shabazz? Pire même, dès le milieu de la saison et encore au jour d’aujourd’hui, on semble lui préférer un arrière qui bien qu’étant bon shooteur à 3 points, semble limité dans son agressivité et a une tendance à disparaître dans les moments importants.

Comme l’on peut s’en douter, le problème avec Shabazz se trouve dans ce qu’il n’a pas (ou plus) offert jusque là. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que plus tôt un joueur est annoncé, plus il est attendu et donc plus son jeu et son évolution sont inspectés et encore plus dans le cas de joueurs comme Shabazz. Depuis le lycée où sa « légende » a commencé à être fabriqué, il est annoncé être de la race du mâle dominant, le meilleur joueur du pays. Il ne faut donc pas s’étonner que les gens soient déçus lorsqu’on leur présente un joueur qui offre du scoring, du scoring, du scoring et…rien d’autre de bien tangibles à côté. Vous l’avez certainement déjà lu ou entendu, mais Shabazz est un joueur qui s’est révélé lors de sa saison à UCLA très peu impliqué en défense. De plus, même s’il semble s’être un peu amélioré au cours de la saison, notamment au niveau de l’agressivité, il semble hélas manquer cruellement de vivacité pour empêcher ses adversaires de le passer. Et donc, certains observateurs se disent que cela pourrait lui poser des problèmes s’il se destine à jouer au poste 2 en NBA.

    Alors, il aurait peut être plus de chances en étant décalé au poste 3 d’autant plus que son style de jeu semble être plus fait pour ce poste. Mais là aussi, ce n’est pas vraiment sa taille un peu limite (1m98 d’après les chiffres actuels) qui semblent poser problème, mais plutôt le fait que jusqu’à présent, la grande efficacité de Shabazz sous le panier résulte d’actions au cours desquelles il utilise sa forte stature pour dominer ses adversaires. En soit, cela représente une qualité mais qu’est ce qui se passera si face à l’intensité physique NBA, cela ne passe pas? Ajouté à cela le fait qu’il a eu du mal à se créer des situations de scoring lors de situation en isolation ou encore sur Pick&Roll, une conduite de balle moyenne, une mauvaise adresse en sortie de dribbles, une main droite quasi-inexistante et vous pouvez comprendre la déception.

    Je précise que le but ici n’est absolument pas de dénigrer Shabazz Muhammad, mais dire qu’encore une fois, il est à mon sens normal de ressentir une déception relative par rapport à l’attente suscitée. Il faut quand même voir que Shabazz jouissait (et même encore aujourd’hui) de comparaisons plus qu’élogieuses, certains allant même à garantir qu’au pire, il sera du même moule que James Harden ou encore Paul Pierce. Alors, à ce niveau là justement, je ne me permettrai même pas de comparer le nombre de passes décisives entre Harden (lorsqu’il jouait pour la fac d’Arizona State) et Shabazz pour remettre en cause cette comparaison hâtive ou encore l’intelligence de jeu (car ça de toute façon, ça s’acquiert) mais plutôt m’arrêter sur un autre point. Une idée reçue avec Harden est qu’il est lent, vous savez ce fameux jeu dit « à l’ancienne ». Mais, Harden sait se montrer très explosif ce qui conjugué à sa créativité, s’est très tôt révélé être une arme redoutable. Et justement, un autre truc qui semble avoir inquiété en ce qui concerne Shabazz, est qu’il ne semble pas être aussi athlétique que l’on avait annoncé (non je ne vous parle pas de dunks monstrueux en contre-attaque). Alors, pour sa défense, certaines personnes disent que cela est dû à sa blessure à la cheville durant l’été 2012 qui l’a embêté et qu’en plus il était en surpoids (c’est vrai qu’il m’a semblé lourd). Mais justement, n’est-ce pas une raison de plus pour certains de s’inquiéter?

    Alors, je voudrais maintenant m’arrêter sur un argument qui est souvent employé pour nous garantir un futur succès à Shabazz : le « killer instinct » (l’instinct du tueur dans notre bon vieux français). Je ne vais pas vous le cacher, j’ai toujours eu du mal avec ce mot et surtout le fait de l’utiliser comme argument pour justifier d’une hypothétique future grande carrière. Ceci dit, c’est peut être de ma faute puisque dans mon esprit tordu, je m’imagine un joueur qui à l’image d’un personnage de manga (qui a dit Kuroko no basket?) serait subitement saisi d’une force surhumaine qui le ferait tout détruire sur son passage et emmené son équipe vers la victoire. Je lis et entends souvent que Shabazz est un compétiteur né, un joueur qui n’aime pas perdre et que rien pour cela, ça se sent qu’il est du même moule que Kobe Bryant et que tout le monde le verra QUAND il sera en NBA et SI une équipe décide d’en faire son go-to-guy. Personnellement, quand je vois « quand » et « si » associés à « killer instinct », je suis rarement rassuré car je ne peux pas m’empêcher à penser à ceux que j’appelle les « joueurs du conditionnel ». Vous savez, ce sont ces joueurs qui comme Rudy Gay ou encore OJ Mayo (un autre joueur annoncé comme un tueur depuis le lycée) dont on nous dit qu’ils ont des qualités énormes (et je veux bien le croire) et que nous nous rendrons compte si… ou quand…

     J’aime le répéter mais, personnellement je doute fort qu’il y ait une flopée de joueurs et même d’êtres humains lambda qui adorent perdre et donc si l’envie de gagner suffisait à créer un superstar, cela se saurait. Je ne disconviens pas du fait qu’il s’agit d’un élément nécessaire mais ignorer dans certains cas les nombreuses petites choses individuelles et techniques qui valent à mon avis nettement plus que le fameux « killer instinct » me paraît vraiment étrange et risqué. Par exemple, Harrison Barnes était lui aussi annoncé comme le meilleur lycéen de sa promo, c’était même un joueur qui pensait déjà au moment où il aurait sa marque de chaussures. Après 2 années à North Carolina en demi-teinte (notamment des problèmes pour se créer son shoot), il a glissé dans la draft l’an dernier (7ème choix par Golden State). Certains disent que sa saison rookie est décevante notamment à cause de son rendement offensif et qu’il est sous-utilisé. Mais à mon humble avis, il n y a pas de quoi être déçu. Barnes présentait des aptitudes physiques et athlétiques qui laissaient présager qu’il pourrait apporter ailleurs que dans le domaine du scoring et c’est ce qu’il a fait tout au long de la saison tout en ayant gagner sa place de titulaire pendant les « training camp » de cette façon. Avoir d’autres atouts dans son bagage, ça aide…

    Pour finir, je voudrais aborder un autre élément qui pourrait inquiéter en ce qui concerne Shabazz, à savoir son père. Non je ne veux pas parler de l’affaire du soi-disant mensonge sur l’âge de son fils mais plus sur le cadre dans lequel tout cela s’inscrit. Son père travaille depuis toujours pour que son fils devienne une superstar du basket. Un beau souhait pour son fils, c’est vrai, mais jusqu’où cela peut il le mener. Le choix du lycée huppée de Bishop Gorman a permis à son fils d’avoir une grande exposition et des conditions optimum de travail. Comme je vous le disais au début, le choix de UCLA par Shabazz semble aussi avoir été un choix tactique de son père pour une fac où il serait le go-to-guy, celui qui pourrait redresser cette fac mythique après une saison catastrophique. Mais tous ces stratagèmes et cette abnégation s’arrêteront-ils aux portes de la NBA ou continueront-ils au-delà? Avant que Shabazz s’inscrive à la draft, le nouveau coach de UCLA (Steve Alford)  a dit avoir pu parler à tous les joueurs mais n’a pas pu avoir Shabazz ni son père malgré ses appels. Certes, il faisait peu de doute que Shabazz revienne mais les interviews et enquêtes de personnalité ont souvent une importance dans le processus de draft et franchement je doute que cet aspect ne sera pas abordé chez « Bazz ».

  Personnellement, je ne serais pas surpris par le fait que Shabazz puisse avoir une longue et bonne carrière, je ne serais même pas surpris que sa côte pour la draft remonte après les workouts ou qu’il soit même « rookie of the year » (surtout au scoring) . Mais la baisse de sa côte au cours de la saison est tout à fait compréhensible et je suis impatient de le voir (s’il le peut) s’enrichir des aspects qui lui manquent pour devenir la superstar annoncé, avec comme moteur…le fameux « killer instinct ».

(MERCI à Blueprinty pour cet article)

Auteur : Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

9 réflexions sur « Shabazz Muhammad: La promesse du killer instinct »

  1. Bel article de Blueprinty ^^ ça promet comme analyse ! Shabazz Muhammad un futur très grand ! ^^
    Peut être à Orlando ? Ou alors a Cleveland ^^

  2. Good Job RB4! Toujours un plaisir de te lire en plus ça permet de se faire un bon avis sur Muhammad

  3. Ce n'est pas un article de moi mais de Blueprinty (comme écrit en bas)

    Mais je suis daccord c'est un super article ^^

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