Raptors: véritable envol ou crash imminent ?

 

44 victoires pour 20 défaites. Deuxième place à l’Est devant les Celtics de Boston. Deux All Stars. Une salle aussi hostile pour l’adversaire que le grand froid canadien. Mais quelles sont les raisons d’un succès qui promettent (pour l’instant) la finale de conférence aux Raptors ?

Depuis maintenant deux ans, les Raptors se font éliminer au premier tour des playoffs (4-3 face aux Nets puis 4-0 face aux Wizards). DeMar DeRozan et Kyle Lowry ont du mal à assurer autant qu’en saison régulière. Tout est plus dur en playoffs, le jeu sur demi-terrain composé uniquement de Pick n Roll et d’isolations ne fonctionne plus en postseason et les Canadiens en font les frais, en particulier face à la bande de John Wall qui sweep Toronto sans ménagement.

Toronto est apparu à bout de souffle et à court de solutions. Selon beaucoup, la faute revient au coach Dwane Casey et sa non-utilisation du pivot Jonas Valanciunas. Totalement dépendant des fulgurances de son duo à l’arrière, les Raptors manquent de variété dans leur jeu et cela se voit. Avec un pivot aussi talentueux que le lituanien, beaucoup estiment que de le voir shooter seulement 8 fois en moyenne est une honte. L’intérieur en est tellement frustré qu’il ne fait plus les efforts défensivement. A côté d’un Amir Johnson (depuis parti aux Celtics) plus tout jeune et incapable de contenir Gortat, les magiciens de la capitale s’amusent alors dans la raquette du grand Nord privé de défenseur correct.

A l’intersaison, peu de place au doute : les Raptors ont besoin de défense et d’une meilleure circulation du ballon offensivement (20 passes décisives par match, bon pour la 22eme place de la ligue dans ce secteur la saison dernière). Masai Ujiri prend une première décision et elle s’avère critiquée : Dwane Casey reste à la tête de l’équipe alors que de nombreux observateurs s’accordent à dire que l’ancien assistant des Mavericks ( champion avec eux en 2011) est tout simplement trop limité sur les aspects offensifs. Ujiri prône la stabilité et renouvelle sa confiance au staff actuellement en place. Il s’attaque ensuite au marché des joueurs libres. Premier constat : Terrence Ross n’a pas les épaules pour occuper le poste de titulaire à l’aile. Il faut donc palier à ce manque en ajoutant un joueur capable de rivaliser face aux grosses pointures sur ce poste tout en apportant un écot offensif notable. Un joueur correspond parfaitement à cette description : DeMarre Carroll des Hawks d’Atlanta. Il est libre et il va coûter cher. Masai Ujiri n’hésite pas et lâche le chéquier : 60 millions de dollars sur 4 ans. Surpayé pour certains, le prix d’un 3&D de qualité pour d’autres. La principale interrogation réside dans le fait que Carroll jouait au sein d’une équipe très altruiste comme l’atteste les 25,7 passes décisives par match (deuxième place de la ligue). Qu’en sera-t-il avec des Raptors principalement basé sur les individualités de leurs deux stars ?

Carroll apporte indéniablement une nouvelle dimension défensive à Toronto, mais le GM ne s’arrête pas là et s’attaque maintenant aux retouches du banc. Avec le départ de Greivis Vasquez pour Milwaukee, Lowry n’a plus de back-up correct pour venir à son relais ou, même mieux, à ses côtés. C’est là que l’adage «on n’est jamais aussi bien que chez soi» prends tout son sens. Ujiri décide de recruter Cory Joseph en provenance des Spurs. Quatre ans dans la machine de guerre texane à apprendre auprès de joueurs tels que Tim Duncan, Manu Ginobili et surtout Tony Parker, avec au final une bague de champion en 2014 face au Heat des Tres Amigos. Grosse expérience en playoffs, qualités défensives réputées et canadien de naissance : le cocktail parfait pour Dwane Casey qui appuie le choix de son GM. A l’arrivée, un contrat de 30 millions sur quatre ans, et une place de choix dans l’effectif canadien. Ici, le recrutement fait l’unanimité : les Raptors réalisent un upgrade considérable sur le poste de meneur de jeu.

Comme abondance de biens ne nuit pas, l’équipe enregistre presque simultanément l’arrivée de Bismack Biyombo. Rebondeur-défenseur-energizer, son arrivée est applaudi par les fans. Présent pour prendre le rôle d’Amir Johnson, au relais de Jonas Valanciunas, le pivot signe pour 6 millions sur deux ans. Une véritable bonne affaire. Désormais les Raptors ont enfin l’intimidateur nécessaire pour protéger leur raquette.

Le dernier renfort de poids se nomme Luis Scola. L’argentin sort d’une saison compliquée à Indiana mais un superbe été avec la sélection albiceleste a suffi pour convaincre le staff canadien. Scola était tellement motivé à l’idée de rejoindre Toronto qu’il s’entraînait pendant plusieurs jours dans les locaux sans avoir encore signé son contrat. Ujiri croit en lui pour apporter une alternative intéressante dans la raquette et un point d’ancrage. L’essentiel du recrutement effectué, Dwane Casey a toutes les clés en main pour que Toronto devienne enfin une équipe sérieuse en saison régulière et en playoffs. Après 4 mois de saison régulière, les Raptors semblent lancés avec un bilan de 43 victoires pour 20 défaites et une deuxième place derrière l’ogre Cleveland. L’équipe est séduisante offensivement (cinquième de la ligue pour 100 possessions avec 107,1pts/match) et défensivement (29 matchs d’affilés désormais où les Raptors maintiennent leurs adversaires sous les 100pts/match). Mais ont-ils rassurés les fans et les observateurs de la NBA quant à leur niveau pour la post-season?

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Il n’y a pas de bonne réponse à cette question : pour certains oui pour d’autres non. La première chose à relever est que malgré leurs très bonne production offensive, les Raptors restent très en dessous des cadors de la ligue en terme de circulation de balle (18,6passes décisives/match pour la trentième place de la ligue). Jonas Valanciunas n’est toujours pas utilisé à bon escient malgré son énorme contrat. Et Luis Scola s’avère être un joueur offensif de qualité mais assez égoïste, avec donc une relation ailier fort-pivot quasi inexistante dans la raquette. Kyle Lowry et DeMar DeRozan sont plus que jamais les stars de l’équipe et ça se sent avec un Usage Rate* de 25,8% pour l’ancien de Villanova et 29,9% pour l’ancien Trojan. Peu de place pour le reste effectivement. A leur décharge, les absences prolongées de Carroll entraînent un déséquilibre car son remplaçant James Johnson ne possède les qualités de shooteur de l’ex-Hawk. L’explication peut aussi venir du fait que ni Jonas Valanciunas ni son compère Scola ne sont capables d’apporter de l’espace avec régularité. Lorsque l’équipe présente un cinq : Joseph-Lowry-Ross-Patterson-Biyombo le nombre de passes décisives grimpe de par les qualités de shooteur présentes ( Ross-Lowry-Patterson), et une forte défense qui permet des contre-attaques bien plus rapides et productives. Ajoutez à cela des qualités de pénétration avec un joueur comme Joseph ou encore DeRozan et l’équipe tourne bien mieux.

La véritable interrogation réside dans la construction de l’effectif. En NBA, malheur à l’équipe dans le ventre mou. DeMarre Carroll a atteint le maximum de son potentiel, Kyle Lowry a prolongé et est devenu all star/meilleur meneur de l’est, Jonas Valanciunas a seulement 23ans et tourne quasiment en double double. Le principal facteur est DeMar DeRozan : 26ans, All-Star et en fin de contrat. Suffisant pour vous porter au plus haut niveau ? Est-il capable d’encore progresser ? L’ex joueur d’USC entre dans son prime et peut légitiment demandé un contrat maximum ( 125 millions sur 5 ans). Mais est-il une future superstar ? Va-t-il exploser ? De nombreux observateurs estiment que ces playoffs sont à la fois un enjeu pour DeRozan mais aussi l’avenir de la franchise. Pour beaucoup, il lui manque ce grain de folie et de talent qu’ont les plus grands ( LeBron, Kobe, Durant, Curry…). Celui qui aspire à devenir le plus grand Raptor de tous les temps doit maintenant prouver qu’il peut porter une équipe sur ses épaules. L’effectif est très suffisant sur le papier et sa relation n’a jamais été aussi bonne avec Kyle Lowry. C’est maintenant sur lui que repose l’avenir de Toronto à la fois en playoffs à la fin de cette saison mais aussi pour les 5 prochaines années, de telles responsabilités n’existent que pour….les superstars.

*L’usage rate est la proportion d’utilisation d’un joueur au sein de son équipe. On définit en fait la place que prends le joueur dans le jeu, et on peut ainsi observer s’il possède un rôle central ou mineur.

6 Comments

  • Ventre Mou .

    Sinon pas mal comme récapitulation de votre free agency ainsi que des 3 dernières saison .

    J'éspère pour vous que Derozan soit le joueur qui va vous faire passer un cap , on sera fixé avec les Po de cette année , la conférence Est est assez ouverte y'a moyen que vous fassiez une perf ( Au moins une demi finale sinon ce sera un echec ).

  • KyleLowry7

    Pas mal, bon récap' de notre situation et belle analyse sur ce qu'il se passe cette saison.

    Le problème de circulation de balle, on ne le règlera probablement jamais mais c'est vrai que le retour de Carroll (à son vrai niveau) va nous faire du bien. On a aucun jeu intérieur c'est vrai, que ce soit avec Scola ou Patterson, ils n'ont aucune relation avec JV. Et JV, franchement, il score bien, mais il faut tout lui faire quasiment, c'est vraiment finisseur pur, après pour prendre des positions au poste, c'est moyen, Biyombo joue mieux le P&R que lui (plus tranchant quand il "roll"). Le vrai soucis est notre fond de jeu, mais il ne faut pas oublier qu'on s'est bien amélioré en défense aussi contrairement à l'année dernière alors que nous n'avons pas encore Carroll.

    Cette année, pour le moment, DeRozan a prouvé qu'il mérite qu'on lui file le max, c'est notre meilleur joueur et un top joueur dans la ligue (en mélangeant, niveau réel, importance dans l'équipe et résultats collectif, il doit pas être loin du top 10). Perso, je le resigne quoiqu'il arrive si je suis Toronto.

    On attendra évidemment les playoffs pour tirer des conclusions, mais si on laisse filer DeRozan, on fait quoi ? Rien car l'effectif sera assez bon pour ne pas tanker, mais là tu n'espères même plus passer un tour l'année prochaine.

    Enfin, le groupe est assez jeune, il y a beaucoup de progression possible contrairement à ce qu'on peut entendre, Joseph, Ross, Valanciunas, Powell, ils peuvent tous très bien évoluer dans des rôles différents en de très bons joueurs.

  • MaudIsSoGood

    Pas mal cet article! Beaucoup d’infos importantes à prendre en compte.

    Merci de l’avoir écrit !

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