Preview NCAA/Draft 2014: Les seniors (deuxième partie)

La saison NCAA 2013-2014 débutera officiellement en Novembre. Les joueurs qui vont y évoluer constitueront le contingent principal des nouveaux entrants au sein de la NBA lors de la draft 2014. Voici la deuxième (et dernière) partie de notre présentation de quelques « Seniors »* à suivre lors de cette saison qui sera pour eux la dernière vu qu’à la fin de celle-ci, ils seront automatiquement éligibles pour la draft. 

La première partie peut être consultée ICI 

* L’ordre de présentation ne se veut en aucun cas être un classement.

1/ Russ Smith (Louisville, arrière, 1m83, 75 kilos) (2012/13  : 18,8 Pts** ; 3,3 Rbds ; 2,9 Pds ; 41,5 FG% ; 80,4 FT% ; 33,2 3 FG% ; 2,1 Intcps ; membre de la 3ème « all-american team ») **:Les chiffres sont les moyennes par match

Après avoir été l’un des acteurs principaux de la superbe saison de Louisville qui s’est conclue par le titre de champion du tournoi NCAA, tout le monde s’attendait à ce que Russ Smith accompagne en NBA ses coéquipiers Gorgui Dieng (« drafté » au premier tour par Minnesota) et Peyton Siva (« drafté » au second tour par Detroit). Mais après maintes rumeurs contradictoires, le natif de Brooklyn (New-york) a décidé de terminer son cursus et sera une des armes principales des « Cardinals » sur leur route vers le « back-to-back ».

Il est indéniable de ne pas voir la combativité et l’énergie dont fait preuve Russ Smith des deux côtés du terrain. En tant qu’élément clé dans le célèbre système défensif de Louisville, Smith est du genre à être très actif, mettant sans cesse la pression, toujours prêt à intercepter les passes et faire plier l’adversaire, peu importe la stature physique de ce dernier. C’est ainsi qu’assez souvent, il se retrouve à mener des contre-attaques où il peut faire parler des qualités telles que sa grande vitesse et son très bon maniement de balle. Sur le plan offensif justement, Smith sait marquer aussi bien en shoot à mi-distance, à 3 points, ou encore utiliser sa vitesse pour attaquer le cercle pour « scorer » et/ou provoquer des fautes.

Cependant, Russ Smith caractérise le mieux l’expression « pour le meilleur et pour le pire ». En effet, mettre Russ Smith sur le terrain a un prix, notamment celui de le voir se transformer en un croqueur de la pire espèce. Pour une personne qui est condamnée par sa taille à jouer essentiellement au poste de meneur plus tard, ses prises de décision sont assez inquiétantes. Trois défenseurs barrent la route à Smith, on peut être sûr que la majeure partie du temps, il essaiera de passer les trois défenseurs. Il lui arrive aussi d’avoir des périodes où on l’impression qu’il est comme possédé par un démon qui lui demande de shooter systématiquement (surtout dès le début de la possession), que cela rentre ou non, ou jusqu’à ce que son coach, Rick Pitino le fasse sortir tant il en aura marre d’assister à tant d’actions qu’il qualifie lui-même de « russdiculous ».

Russ Smith appartient à ce groupes de joueur dont on peut être convaincu qu’ils n’ont peur de rien et sont sûrs de leur fait. Le véritable problème, c’est qu’à force de le voir jouer, on comprend que sa productivité offensive est liée à ce côté hors de contrôle. Cependant, l’on se dit aussi qu’avec certainement plus de calme et de sens collectif sur le plan offensif, il pourrait être encore plus surprenant.

2/ Markel Brown (Oklahoma State, Arrière, 1m90, 86 kilos) ((2012/13  : 15,3 Pts ; 4,4 Rbds ; 2,4 Pds ; 1,7 Intcps ; 43,6 FG%, 76 FT%, 36,4 3FG%)

On ignore s’il s’agit d’un « effet Marcus Smart », mais dans tous les cas, il est indéniable que Markel Brown a passé un palier la saison dernière. La formulation de ma phrase illustre cependant un des phénomènes qui est souvent courant dans une équipe : le fait qu’un joueur hyper-médiatisé masque les progrès d’un autre. En effet, sans vouloir employer le terme « sous-estimé », il faut bien reconnaître que peu de bruit a été fait autour de  la dernière saison de Markel Brown qui a été pourtant bonne et  prometteuse.

Markel Brown était déjà connu pour être un joueur athlétique, capable notamment de claquer des dunks monstrueux (si vous n’avez pas vu celui qu’il a mis contre Missouri en 2012, dépêchez vous alors). On lui reconnaissait aussi déjà une très grande activité en défense où son agressivité perturbe énormément les arrières adverses. Cependant, sur le plan offensif, Markel Brown était vraiment très « brut » et pesait assez peu. Les progrès qu’il avait affichés lors de sa 2e saison laissaient augurer le meilleur pour la suite et l’on peut dire qu’il aura répondu présent.

Alors que son temps de jeu n’a connu qu’une légère augmentation, Brown a augmenté d’environ un facteur 1,5 son total de points (2e meilleur total de l’équipe à seulement 3 unités de Marcus Smart). La première chose qui explique le mieux ce bond en terme de « scoring » est l’amélioration de son efficacité à 3 pts. Au cours de la saison qui s’est écoulée, Brown aura su montré qu’il était une menace à prendre au sérieux derrière l’arc (Kansas se souvient encore de sa soirée à 7/10 derrière l’arc). Brown sait très bien se démarquer et profiter de la fixation que les défenses font sur Marcus Smart. L’autre aspect intéressant est qu’il ne se contente pas d’être un tireur à 3 pts puisqu’il lui arrive sur certaines séquences d’être à la mène (chose assez capitale pour lui vu sa taille est un peu juste pour le poste 2 au niveau supérieur). Et dans ce secteur, Brown a su montrer des aptitudes à faire la bonne dernière passe. Pour ne rien gâcher, Brown contribue aussi énormément au niveau des rebonds et continue de faire parler son agressivité sur le plan défensif.

 Bref, s’il ne fait aucun doute que Marcus Smart sera l’attraction numéro un du côté d’Oklahoma State, Markel Brown ne gâchera pas son occasion de montrer encore ses progrès et essayer de prendre sa part de lumière médiatique, en espérant une meilleure reconnaissance au moins de la part des scouts.

3/ Aaron Craft (Ohio State, arrière, 1m88, 88 kilos) (2012/13  : 10.0 Pts, 3.6 Rbds, 4.6 Pds, 41.7 FG%, 76.8 FT%, 30.0 3FG%, 2.4 A/TO, 2,1 Intcps  ; membre de la « all defensive team » de la conférence « Big ten » en 2011, 2012, 2013 ; meilleur défenseur de la « Big ten » 2012)

S’il y a une chose que même ses pires détracteurs reconnaissent à Aaron Craft, c’est bien sa défense sur l’homme. Il y a toujours un éternel débat entre ceux qui ne jurent que par les interceptions et les contres pour juger d’un bon défenseur et ceux qui sans totalement occulter ces paramètres, regardent aussi l’attitude défensive du joueur et la façon dont il perturbe le jeu du joueur adverse. Aaron Craft est du genre à pouvoir réconcilier les deux groupes tout en illustrant ô combien s’arrêter sur les stats ne fait pas tout. Craft a bien retenu les leçons de son père qui l’avait persuadé plus jeune qu’il était plus important d’être un joueur défensif. Beaucoup de joueurs sont dits grands défenseurs parce qu’ils sont impressionnants à sautiller partout et bouger leurs mains dans tous les sens à la recherche de la chanceuse interception, Aaron Craft est plutôt du genre…peste. Le genre insecte qui ne vous lâche pas et coupe toutes les lignes de pénétration, un vrai cauchemar pour tous les meneurs NCAA (Trey Burke en sait quelque chose). S’il y avait des stats pour le nombre de pertes de balles créés, Craft serait certainement tout en haut de la liste. En plus, il est dur au mal et a un moteur qui semble ne jamais s’arrêter, bref, un modèle du genre.

Mais s’il est vrai qu’être bon défenseur peut apporter du succès au haut niveau et du temps de jeu, il aurait tout intérêt à peser sur le jeu offensif (surtout qu’avec sa taille, il ne peut vraiment défendre qu’au poste de meneur). Certains diront que ce n’était pas le rôle de Craft qui depuis ses trois années à Ohio State, a été entouré de grosses armes offensives (par exemple Jared Sullinger en 2011 et 2012 et le « néo-Spurs de Nanterre » Deshaun Thomas l’an dernier). Mais Craft reconnaît lui-même qu’il n’a jamais été un gros scoreur et qu’il doit en faire plus cette année vu le manque d’armes dont semble disposer (sur le papier) son équipe pour la saison à venir.

Jusqu’à présent, dans sa palette offensive, il n’y a rien qui semble bien transcendant mais il a peu de grosses lacunes car même sa mécanique de shoot assez étrange sait se montrer efficace. Il est un assez bon passeur même s’il est important de noter qu’il ne crée pas vraiment le jeu. Cette année est plus que jamais importante pour lui, afin de montrer qu’il peut faire mieux offensivement à moins que le garçon qui est aussi brillant en classe, embrasse son autre envie d’être médecin…

 

4/ Cory Jefferson (Baylor, ailier, 2m06, 100 kilos) (2012/13  :13,3 Pts ; 7,9 Rbds ; 1,9 Ctrs ; 61,2 FG% ; 70,4 FT%)

S’il y a une chose que nous ont apprise Thomas Robinson ou encore plus récemment Kelly Olynyk, c’est bien qu’il faut toujours se méfier de la 3e « saison active » de l’ailier-fort qui dort sur le banc. Après avoir grappillé des miettes de temps de jeu derrière des récents NBAers comme Ekpe Udoh (Bucks), Perry Jones III (OKC) ou encore Quincy Acy (Raptors), Cory Jefferson était prêt à croquer à pleines dents dans sa première saison pleine.

Même si la saison de Baylor aura été décevante (non-qualification pour le tournoi NCAA) et que Jefferson n’affiche pas les mêmes foudroyantes progressions statistiques que dans le cas de Robinson ou Olynyk, il est difficile de ne pas en attendre beaucoup de ce qui sera sa dernière saison. Surtout s’il continue sur sa lancée de fin saison. En effet, lors des sept derniers matchs de Baylor, il a affiché une moyenne par match de 20 pts et aura été un énorme contributeur au succès de son équipe lors du tournoi NIT (une sorte de tournoi de consolation pour certaines équipes qui étaient aux portes du tournoi NCAA).

Pour l’instant, il apparaît très clairement que Jefferson mise beaucoup sur ses qualités athlétiques pour avoir ses points. Il est un excellent finisseur autour du cercle et sait très bien se démarquer pour être servi dans les conditions idéales. Il est très actif et toujours demandeur de ballons et n’a pas peur de provoquer. Bien qu’il n’est pas encore un shoot à mi-distance fiable, on sent qu’il y travaille et est déjà un assez bon tireur de lancer-francs.

Jefferson est donc loin d’être un produit fini et doit donc continuer de s’améliorer,  notamment sa défense sur l’homme. Continuer à prendre du muscle (depuis sa première année, il en a déjà pris près de 20 kilos) devrait l’aider à être encore plus physique, même s’il doit aussi veiller à ses fautes d’inatention.

Avec le départ de l’homme à tout faire de Baylor l’an dernier (le néo-Pelicans/ASVEL, Pierre Jackson), nul doute que Jefferson fera tout pour prendre encore plus d’ampleur aux yeux des franchises qui ne viendront plus jeter un œil uniquement sur son compère à l’intérieur, Isaiah Austin…

5/ Adreian Payne (Michigan State, Ailier-fort/Pivot, 2m08, 110 kilos) (2012/2013 : 10,5 Pts, 7,6 Rbds, 1,3 Ctrs, 54,6 FG%, 84,8 FT%, 38,1 3FG%)

Lentement mais sûrement, Adreian Payne semble se rapprocher de ce qu’espéraient les personnes qui le voyaient dans le top des lycéens il y a quatre ans de cela. Cajolé par son coach Tom Izzo (ce qui ne veut pas vraiment dire « chouchouté »), Payne aura ajouté à chaque saison de nouvelles facettes à son jeu et cette année se doit d’être plus que jamais celle l’explosion.

Adreian Payne appartient très clairement à la classe de ceux qu’on qualifie de « physically gifted » et est l’un des plus intrigants « big men » de la NCAA. En fait, quand on le voit, il est difficile de ne pas crier « talent » tant il a à offrir. En effet, à sa stature, certains doivent se dirent qu’il doit être du genre à planquer des gros dunks bien bourrins… Eh bien oui, ils en plantent, mais pas seulement. Payne est une combinaison rare de qualités athlétiques et de mensurations qui le rend vraiment impressionnant quand il explose. Il m’est arrivé plus d’une fois d’être bouche bée devant la mobilité dont il est capable sur certaines phases de jeu pour effacer son adversaire et se mettre en position de finition. Toujours sur le plan offensif, l’autre aspect intrigant de Payne est son adresse aussi bien aux shoots à mi-distance qu’à 3 points. Lors de la saison précédente, il a très clairement démontré une aptitude à être un très bon shooter et qui commence aussi à se voir au niveau de ses lancer-francs. Sur le plan défensif, Payne a aussi démontré de net progrès et sait très bien usé de ses qualités athlétiques pour gêner au mieux son adversaire.

Certains pourraient être surpris par les éloges faites à son sujet et les statistiques que ce dernier affichent après trois années de basket universitaire à son compteur. Mais voilà, encore une fois, le fait est que Adreian Payne a su à chaque saison, avec un temps de jeu en augmentation croissante, montré petit à petit des éclairs de son potentiel et de son développement en ayant clairement passé un cap l’an dernier. Cette ultime saison sera plus que jamais important pour ce jeune homme à la capacité pulmonaire réduite. Maintenant que Derrick Nix est parti, Payne jouera sans aucun doute au poste de pivot, et tout le monde est impatient de le voir être plus agressif, provoquer plus de fautes, développer un jeu au poste tout en évitant d’être sur courant alternatif au cours des matchs.

 

Autres « Seniors » à suivre (liste non-exhaustive)

 

NOM EQUIPE POSTE/COMMENTAIRE
Will Sheehey Indiana

Ailier / Jusque-là 6e homme besogneux. Attendu comme titulaire cette saison et comme capitaine. Esprit guerrier, bon shooter à 3pts. Mais justement, «juste bon » dans tout.

Shabazz Napier UConn

Meneur / Vif et bon défenseur. A grandement participé au redressement des perfs sportives de UConn l’an dernier. Manque de puissance et parfois hors de contrôle.

Joe Harris

Virginia

Ailier / La gâchette de Virginia. Membre du premier 5 de la conférence ACC. Bon shooter, marque de multiples façons. Manque de vitesse qui le pénalise en défense.

C.J. Wilcox Washington

Arrière-shooter / Menace offensive notamment à 3pts et en transition. Mensurations intéressantes pour son poste. Mais limité offensivement et antécédents de fractures de stress

Joe Jackson

Memphis

Meneur / Attendu comme le leader de Memphis. Très vif, agressif, mentalité de scorer. Cette mentalité est justement un problème à son poste et doit encore travailler sa constance au shoot.
Mike Moser

Oregon

Ailier / Promis à une grosse 3e saison qui a été un cauchemar. Perte de sa place au profit d’Anthony Bennett, blessure au coude et perfs pitoyables à son retour. Espère se retrouver avec son transfert à Oregon.

Dwight Powell

Stanford

Ailier-fort / Encore un « prodige » Canadien. Bonnes mains, athlétique, excellent shooter. « Soft » par moment, défense faible, manque de jeu au poste et doit confirmer les perfs de sa 3e saison

Juvonte Redic VCU

Ailier-fort / Bonne stature physique, athlétique, mobile, en constante progression depuis ses débuts. Besoin de travailler sa défense sur l’homme et améliorer son shoot à mi-distance et son jeu au poste.

 Voici pour les « preview seniors ». Restez connectés pour la suite, à savoir : les « previews de conférences » et les déjà entamés « prospect de la semaine ».

Auteur : ThomasF

Intéressé par la nba depuis tout jeune, c'est le dunk de Vince Carter sur Fred Weiss qui m'a définitivement fait basculer. Amoureux du jeu old school notamment celui prôné par les Kings de 2002, j'ai au fur et à mesure appris à cultiver ma culture basket jusqu'à aujourd'hui m'intéresser aux statistiques avancées. Fan de Paul Pierce, de Brandon Roy mais surtout des Memphis Grizzlies, j'ai rejoint le site en début 2013, et je vis ma passion au quotidien avec mes acolytes.

11 réflexions sur « Preview NCAA/Draft 2014: Les seniors (deuxième partie) »

  1. Vraiment un bon article de ta part Blueprinty, très grosse recherche et surtout… bonne documentation ! Ca me manque vraiment de ne plus pouvoir rédiger des beaux pavés comme celui-ci…

    Ps : Je t'ai fait de la pub sur Twitter : cet article en vaut la peine !

  2. Le vrai problème de Craft, c'est que comme je le disais, c'est un formidable défenseur mais les défenseurs qui font leur beurre en NBA sont souvent des mecs qui peuvent défendre plusieurs positions.

    Or, il est vraiment petit pour aller défendre sur des postes 2 au niveau NBA. Mais bon il est vraiment tenace. Y a même des séquences où il défend sur des ailiers-forts en NCAA. Il n a rien à prouver niveau tenacité mais si offensivement il se met à planter des pions, c'est un fin de premier tour début de second tour facile…

  3. Dac dac merci des précisions. Après si il est vraiment tenace en défense, il peut être chien de garde officiel et anéantir le meneur adverse. Quand on sait le nombre d'équipe qui ont un meneur de talent (presque toutes en faite) ça peut être un très bon atout

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