Portland Jail Blazers : la NBA made in Gangsta

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Ce n’était il n’y a pas si longtemps et pourtant cela nous paraît déjà une éternité. Aujourd’hui emmenés par un super duo Damian Lillard/C.J. McCollum, les Blazers n’ont pas toujours connu cette sérénité et cet effectif tranquille.

Imaginez en effet un effectif comprenant Metta World Peace, Michael Beasley, DeMarcus Cousins, Matt Barnes et autre Lance Stephenson : oui, pour vous, cela semble irréel, mais le Portland du début du siècle était ce genre d’équipe, unique en son genre et qui influe aujourd’hui sur notre NBA moderne. Comment ? Et bien simplement car cette équipe était la cible principale de David Stern, le boss de la NBA de l’époque et qui n’a eu de cesse de la combattre, pour faire de la ligue une marque vendable et prospère dans le monde entier. Snapback vissé sur le côté, bijoux bling-bling et baggy, le tout surplombé du phrasé et de la culture gangsta, bref tout ce que répugne Stern, qui fera de cette guerre son cheval de bataille. Mais il est bon de se rappeler qu’après Michael Jordan et avant LeBron James, durant le règne des Lakers de Shaq et Kobe, Portland était une équipe suivie et talentueuse, tant sur qu’en dehors des parquets, et cela il faut se le dire grâce (ou à cause) d’une belle bande de tarés.

Une grosse saison 1999-2000

Portland est une vraie ville de basket aux Etats-Unis. De Bill Walton à Clyde Drexler en passant par Arvydas Sabonis et Scottie Pippen, la franchise de l’Oregon a toujours été une équipe de talent. D’ailleurs, au moment ou commence l’histoire de nos Jail Blazers, la franchise se trouve au cœur d’une série de 31 saisons de suite avec une qualification en playoffs, troisième plus longue série de l’histoire de la NBA, seulement derrière les Spurs et les Lakers. Deux finales NBA en 1990 et 1992, une décennie 1990 dorée, bref rien ne semblait présager le bordel qui allait suivre.

Le feuilleton commence en 1995, avec l’arrivée de Rasheed Wallace dans l’Oregon, ce poste 4 caractériel et connu encore aujourd’hui pour ses sorties extra-sportives et ses fautes techniques à répétition. Suivront Damon Stoudamire, toxicomane sur les bords, petit meneur de qualité et Bonzi Wells, un jeune ailier qui débarque de Ball State University et qui impose d’entrée ses sautes d’humeur au vestiaire. Mais l’effectif est de grand talent et se retrouve en Finale de conférence face aux Lakers de Bryant et Shaq. La chance de cette équipe version 1999-2000, c’est que les jeunes à problèmes sont entourés et muselés par des anciens respectés, que peuvent être Scottie Pippen, Steve Smith et Arvydas Sabonis. Les Lakers finiront par s’imposer, non sans mal, au bout de sept matchs ultras disputés : menés 3-1, Portland montrera un cœur énorme pour revenir dans la série, mais oublis arbitrales et un dernier quart temps catastrophiques (les Blazers menaient 71-58 à l’entrée de la quatrième période, avant que Kobe Bryant prennent les choses en main) sonneront le glas d’un monumental Rasheed Wallace (plus de 23pts, 7rbs de moyenne à 50% aux tirs et 63% à 3pts !) et ses camarades au bout de 7 matchs âpres et disputés.

Le début d’une tragi-comédie

La franchise a donc montré qu’elle pouvait faire de belles choses collectivement lors de cette postseason 2000. Mais la suite ne va se passer comme les spécialistes l’avaient prédis. Le jeune Jermaine O’Neal est envoyé aux Pacers, où il deviendra un All-Star et l’un des meilleurs intérieurs de la NBA au milieu des années 2000. Les Blazers commencent pied au plancher leur saison, étant en tête de l’Ouest à la Trade Deadline, mais la fin de saison est catastrophique, les individualités prennent le pas sur le collectif, Mike Dunleavy SR est dépassé et les Lakers ne font qu’une bouchée de la franchise au premier tour des playoffs.

Et c’est à partir de ce moment que la tragi-comédie commence. Tragi-comédie car c’est l’histoire d’une équipe talentueuse dont les éléments n’étaient qu’une bande de cas sociaux. On peut rire de tous les faits divers et même être nostalgique de cette NBA là, mais le bon sens nous rattrape et on a surtout l’impression d’un gros gâchis.

L’acte 1 de la pièce consiste en l’éviction de Dunleavy SR, remplacé par Maurice Cheeks, qui était selon le Front Office « une meilleure solution pour faire le lien avec les joueurs ». C’est sur que tenter d’établir une relation de pote avec des dérangés mentaux apparaît comme la meilleure des solutions pour pacifier un vestiaire non ? Le vrai problème, c’est surtout le départ des anciens, les sages qui étaient là pour gérer le vestiaire et qui claquent la porte de la franchise : Sabonis revient en Europe, Steve Smith est envoyé aux Spurs, bref ce sont désormais les dingos qui gèrent le locker room.

Deux saisons de faits divers et de fiasco : les Jail Blazers face à la NBA

Quand l’acte 1 est fini et que les anciens ont été mis de côté au profit des jeunes loups, l’acte 2 consiste en l’instauration de nouveaux personnages, qui il faut le dire se sentait comme des poissons dans l’eau au milieu de ce vestiaire où le mot « professionnalisme » était aussi connu que celui de « régime » à Big Baby Davis.

Aux Wallace, Wells et autre Stoudemire, qui s’étaient montré plutôt sages les années précédentes, vont venir s’ajouter de nouveaux loustics, et pas des moindre : on peut citer Ruben Patterson, Qyntel Woods, Shawn Kemp, Jeff McInnis ou encore Zach Randolph, oui Z-Bo, qui n’a pas toujours été cet intérieur nounours que l’on connaît aujourd’hui du côté de Memphis. Patterson était un super défenseur, fin surtout selon lui ! Il s’était ainsi surnommer « Kobe Stopper » : oui, le Ruben n’a pas le melon… Les choix de Draft de Portland, Woods et Randolph avaient je pense été choisi plus par rapport à leurs compétences hors-terrain plutôt que pour leurs qualités basket, tellement ils se sont fondés dans cet effectif tel Jared Sullinger dans un fast-food.

Et là le grand n’importe quoi commence. Je ne vais pas détailler les exploits de tous ces fous furieux, cela a déjà été fait et ce n’est plus tellement intéressant. On peut juste parler des combats de bulldogs de Qyntel Woods, de la baston Patterson/Woods qui aurait fini par la fugue de Woods chez un de ses coéquipiers pour échapper à d’éventuelles représailles de Patterson. On peut aussi parler du problème de la fumette dans cette équipe des Blazers. Imaginez Stephen A. Smith à la télévision tous les jours durant cette période : ses fameux « Stay off the WEED ! » auraient été magiques, surtout quand c’est toute une équipe qui affectionnait la marijuana. Plusieurs joueurs tentèrent de passer des contrôles dans les aéroports, se firent arrêter dans leurs voitures en possession de substances illicites, bref du grand n’importe quoi. Autre fait divers inimaginable, entre Ruben Patterson et Shawn Kemp. Ce n’était un secret pour personne, Patterson avait tenté de violer la nounou de ses enfants et était sur la liste des délinquants sexuels de pas mal d’états du pays. Selon Bonzi Wells, Shawn Kemp apportait plusieurs fois par semaine des photos des nounous de ses enfants pour les montrer à son coéquipier. Comble de la bêtise, Kemp est une fois parti en plein entrainement pour remplir le casier de son équipier de centaine de photos de jeunes femmes, tellement que Patterson a commencé à le menacer. Elle était sympa l’ambiance de ce vestiaire vous ne trouvez pas ?

Tout notre respect et notre compassion vont à Maurice Cheeks. Surtout que le dernier larron de la bande, Bonzi Wells, se faisait un malin plaisir à se payer la tête de son coach, à l’insulter, à le dégrader dans les médias. Véritable poète, Wells nous a laissé une citation mémorable, paru dans Sport Illustrated où il stipulait simplement s’en foutre des fans de Portland et des fans de la NBA en général : sympathique envers un public qui mettait une grosse ambiance dans le Rose Garden de l’époque.

« On ne va pas se soucier de se que pense les fans de nous. On s’en fout d’eux. Ils peuvent nous huer tous les jours, ils vont toujours nous demander des autographes si ils nous croisent dans la rue. C’est pourquoi ils ne sont que fans, et nous on est joueurs NBA » (Bonzi Wells, Sport Illustrated)

Quand une tragi-comédie s’achève, généralement, la fin est heureuse. Mais contrairement aux écrits de Corneille, la fin de l’histoire des Jail Blazers n’est pas heureuse, et cela car la série de qualification en playoffs est rompue.

La fin d’une équipe, la fin d’une époque

Il fallait donc en finir, et fin il y a eu à cette épopée de ces mercenaires de l’Oregon. Rasheed Wallace a été envoyé aux Pistons, Bonzi Wells au Grizzlies, avant que les autres suivent peu à peu.

Mais ce qui est intéressant c’est la réelle fin d’une époque dans ce milieu des années 2000, des années donc les Jail Blazers étaient un peu les représentants. Toute cette NBA gangsta, celle qui s’est montré au monde un soir de novembre 2004 du côté de Detroit, celle qui avait pour porte-drapeau les Latrell Sprewell, Stephon Marbury, Gilbert Arenas et autre Stephen Jackson, et bien cette NBA là a été balayé et victime d’une épuration, une épuration qui nous offre aujourd’hui une ligue feutrée, digne d’une multinationale où tout se vend, surtout l’image, et çà les Jail Blazers n’y furent pas convié.