Pivots en voie d’extinction ? Que dit la draft sur le phénomène

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La crainte de la fin des pivots hante la NBA. Devant le succès d’équipes pratiquant un basket toujours plus rapide avec des joueurs de «petites tailles», la question de l’avenir des géants des parquets se pose logiquement. Eux qui autrefois dominaient la ligue dans une NBA «pivot-centrique» connaissent aujourd’hui une diminution constante de leur rôle. Simple effet de mode ou changement profond des codes de la ligue ? A travers nos regards exigus de contemporains, difficile à dire.

Mais plutôt que de partir dans les habituelles tirade accablant ou se réjouissant de la possible évolution de la ligue, pourquoi ne pas traiter le sujet mathématiquement ? Dans un championnat où les équipes se copient entre elles, où les formules gagnantes ne le restent que très peu de temps, la draft est un moyen très simple de constater les évolutions. Plongée dans les dernières décennies de la draft pour trouver des explications sur le présent et des réponses pour l’avenir des colosses de la NBA.

Pivots à la draft: évolution récente et brutale

 

L’étude des 30 premiers choix – équivalent du premier tour actuel – des drafts depuis 1970 met en évidence plusieurs points.

Tout d’abord, l’effacement des pivots est très récent. Entre les années 70 et les années 2000, le pourcentage de pivots parmi les 30 premiers choix de chaque draft n’a fluctué que de 2.6 points. Avant de connaitre un net recul entre les années 2000 et la décennie actuelle avec une baisse de plus de 3.3 points. Un recul encore plus brutal si l’on compare les pourcentages actuels à ceux des années 90. La chute monte à plus de 5 points. Cela équivaut à un pivot de moins drafté parmi les trente premiers choix de chaque draft, au minimum. Loin d’être un détail.

L’on remarque également très vite la quasi superposition contraire des courbes des pivots et des arrières. Les choix de draft qui étaient autrefois des pivots sont maintenant des arrières. Ce qui explique la sensation de rétrécissement rapide de la ligue, puisque les joueurs les plus grands sur un terrain sont remplacés par les plus petits. La prise de pouvoir des arrières sur la ligue, qui prend racine dans les années 1980, se produit actuellement. Les ailiers – dont la courbe elle ne semble pas lié aux deux autres –  qui dominaient la draft depuis sa création sont maintenant dépassés par les arrières.

Même si elle nous permet de tirer quelques enseignements, cette étude des 30 premiers choix a des limites. En effet elle ne permet pas de cibler les modes au sein de la ligue. L’effectif d’une franchise (15 joueurs actuellement) se construit globalement autour du même nombre d’arrières, d’ailiers et de pivots, avec quelques nuances selon la décennie. Le plus important est de savoir où les pivots sont draftés au sein des trente premiers choix. La répartition répond forcément à un modèle de construction d’équipe, qui varie selon les époques.

Le passage d’une recherche quantitative à une recherche qualitative

Quand on étudie dans le détail les positions auxquelles les pivots sont sélectionné selon les décennies on observe plusieurs phénomènes intéressants.

Premièrement, phénomène intéressant, dans la décennie actuelle, 43% de pivots sélectionnés au premier tour le sont dans le top 10. Seules les années 70 et 80 présentent un pourcentage plus élevé. Depuis 2010, la moyenne de pivots sélectionnés au premier tour est d’environ 4. La répartition indique que presque la moitié des pivots draftés le sont dans le top 10. Le milieu de draft est pratiquement oublié, avec un seul pivots choisi en moyenne. Enfin, la fin du premier tour voit un voire deux pivots sélectionnés.

Le profil des pivots dominants actuellement donne raison à cette stratégie. Avec des joueurs sélectionnés très haut (Towns, Cousins) ou très bas, souvent au deuxième tour (Jordan, Gasol).

Cette répartition illustre bien la philosophie actuelle des dirigeants quand ils choisissent des big mens: la recherche de la perle rare. On ne drafte un pivot au premier tour seulement s’il a un certain potentiel, et on le choisit donc très haut. Dans une ligue qui se tourne vers l’arrière, aucun intérêt de prendre un pivot haut s’il n’est pas extraordinaire. Il se crée logiquement un écart de plus en plus grand entre l’élite des pivots prospects et les pivots prospects moyens. Les premiers sortent très hauts et les seconds beaucoup plus bas qu’il y a quelques décennies.

En effet, quand on compare la répartition des choix actuels et celle des années 90, décennie reine des pivots, la contraste est saisissant. L’étalement des choix est inverse avec un milieu de draft très riche en pivots. C’est la preuve de la domination des grands à l’époque. Les franchises devaient toutes compter plusieurs pivots de bon niveau, ils représentaient une rotation majeure. C’est pour cela que le coeur de la draft comptait beaucoup de pivots. Cette recherche de la perle rare qui régit la draft actuelle est donc un phénomène récent. Cette philosophie dirige en réalité la draft depuis plus d’une décennie. Mais la vague de pivots lycéens qui ont séduit par leurs potentiels au début des années 2000 faussent les données. Durant cette décennie, presque un tiers des pivots draftés dans le top 10 n’étaient pas passés par la case universitaire.

Draft 2017: vers une cuvée historique ?

Cette recherche de la perle rare pose une question essentielle. Qu’adviendra-t-il le jour où aucun pivot n’aura le talent pour être sélectionné très haut ? La question ne s’est jamais vraiment posée au cours des dernières années. Un pivot à fort potentiel c’est à chaque fois présenté, quasiment sans exception. Même si aucun pivot de talent ne se présentait, heureusement pour les big mens, ils profitent encore d’un avantage: leur rareté. L’échantillon d’hommes disposant de la taille suffisante pour jouer à cette position en NBA reste très très faible. Tant qu’il y aura besoin de pivots en NBA, leur petit nombre poussera les franchises à les drafter plus haut. La sélection de Jakob Poeltl dans le top 10 de la dernière draft en est une illustration.

Mais que se passerait-il si, malgré cet avantage, aucun pivot n’avait le niveau pour être sélectionné haut ? Les équipes seraient-elles prêtes à ne pas sélectionner de pivot parmi les 20 premiers choix ? Ce scénario qui peut paraître fantaisiste pourrait se matérialiser dès l’année prochaine.

Aucun pivot parmi les 14 meilleurs lycéens qui arrivent à l’université. Aucun pivot dominant en NCAA. Une flopée d’ailiers sophomores et d’arrières juniors. La draft 2017 est encore très loin de nous mais elle s’annonce pauvre en pivot. D’ici juin prochain, un prospect pivot peut crever l’écran et engendrer une hype assourdissante. Cependant, actuellement, cette possibilité est peu probable. La faiblesse pourrait même pousser les dirigeants à se poser des questions basiques quant à leur vision de la NBA. «Dans une ligue tournée vers l’arrière, que valent encore les pivots?». Et, peut-être, selon la réponse apportée à cette question, une draft historiquement faible en nombre de pivots sélectionnés verra le jour en 2017.

Pas de pivot drafté dans le top 20 d’une draft. Il y a quelques décennies voire quelques années, cette perspective semblait impossible. Pourtant, dans un paysage NBA au cœur d’une révolution express, elle pourrait bien se réaliser.

Auteur : Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.