Marcus…Smart?

     « Idiot » et « stupide » étaient des qualificatifs bien à la mode en ce 16 Avril 2013 et les jours qui ont suivi. Et même encore au jour d’aujourd’hui, certaines personnes ne comprennent toujours pas cette décision que venait de prendre un jeune joueur de 19 ans à qui des millions tendaient les bras. Si on tendait bien l’oreille, on pouvait accessoirement entendre aussi les cris de douleur des fans des franchises qui rêvaient déjà de ce jeune homme sous leurs couleurs (mais bon ça va depuis le temps, ils se sont repris…). Cette décision, c’était celle de Marcus Smart de rempiler pour au moins une année de plus avec sa fac d’Oklahoma State quitte à faire une croix sur un possible choix dans le top 5 de la draft 2013. Une décision rare et spéciale de nos jours mais qui pourtant sied si bien à ce jeune homme lui-même…spécial.

     J’ignore pour vous mais moi la première fois que j’ai vu Marcus Smart, je me suis dit qu’il devait adorer le contact. Quand j’ai appris qu’il avait fait du football américain (et qu’il y était bon), j’ai été rassuré. Je l’ai été encore plus lorsque j’ai su qu’à une époque, il adorait la bagarre (mais là-dessus, nous y reviendrons plus tard). Mais vous connaissez le dicton sur les livres et les jugements fondés sur la couverture ; le Marcus Smart basketteur correspond à ça. Avec ses 1m93 et 100 kilos qui « se voient », on est obligatoirement surpris de savoir qu’il est aussi jeune surtout lorsqu’il prend la parole et se met à tenir des propos d’une maturité surprenante en n’oubliant jamais : « les autres ». Car ce qui résume assez bien Marcus Smart, côté basket comme vie personnelle, c’est bien cela : « les autres ».

      Les autres, ce sont avant tout et plus que jamais ses grands frères, deux en particulier. Tout d’abord Todd, né d’un autre père une dizaine d’année avant Marcus. Un Todd qui dans la fin des années 80 étaient un grand espoir du basket lycéen et dont Marcus ne connaît les exploits qu’à travers les histoires qu’il entend ici et là quand il est petit. Mais voilà, le shooter prometteur qu’est Todd se voit freiner dans son ascension lorsqu’un cancer derrière l’œil lui est diagnostiqué à 15 ans. Mais c’est un Todd bâtant et toujours soucieux du bien-être et de l’éducation de ses petits frères que Marcus côtoiera jusqu’à ce que la maladie finisse par l’emporter à 33 ans. Et c’est un jeune Marcus en rage qui à l’hôpital essaiera naïvement de réveiller le corps froid de son frère. L’autre grand frère, c’est Michael qui partage le même père que Marcus. Michael, c’est aussi un ex-meneur de jeu prometteur qui à 19 ans est plongé dans la spirale des gangs et surtout de la drogue sous les yeux d’un Marcus qui veillent plusieurs nuits en attendant son retour sain et sauf alors que Michael est encore dans une de ses virées. Et lorsque le téléphone sonne une nouvelle fois pour leur demander de venir à l’hôpital, Marcus s’imagine encore devoir affronter la même scène qu’avec Todd et voir sa mère pleurer la perte d’un second fils. Mais voilà, cette fois-ci le dénouement est heureux et l’overdose de cocaïne n’aura pas eu raison de Michael que les médecins.

     Les autres, c’est aussi donc sa mère. Une mère qui se retrouve à devoir faire face à un petit dernier qui semble avoir perdu ses repères depuis la mort de Todd et les dérapages de Michael. Car Marcus Smart n’est pas un enfant exempt de tout reproche. Il est notamment doté d’un grand sentiment de colère et d’envie de bagarres. Ainsi, il est acteur principal de multiples bagarres d’une violence croissante. Et la prison le guette parfois comme ce jour où il a failli briser le cou d’un garçon ou encore cet autre jour où furieux qu’un groupe rival l’ait menacé avec un pistolet à air comprimé, il s’empare du calibre .22 de son père mais est stoppé à temps par Michael qui l’empêche de sortir. C’est donc une mère qui fera finalement prendre à son fils des cours de contrôle de la colère et fera aussi déménager toute la famille dans une autre ville de leur Texas natal : Flower mound, un peu plus calme et surtout un peu plus loin des gangs.

      Les autres, c’est surtout « cet autre », qui de la bouche de Smart lui-même reste l’un des moments les plus « traumatisants » de sa vie. À 12 ans, bien avant le déménagement et en plein dans sa période de trouble, Marcus et un de ses amis jouent à ce qui est depuis un moment leur jeu favori : balancer des pierres sur des passants. Et cette nuit-là, ils viennent encore de faire mouche et de faire tomber un mec de son vélo. Mais voilà, l’on ignore toujours sur qui l’on peut tomber, et ce jour-là c’était un membre du gang des « Blood Street » déchaîné qu’ils venaient « d’humilier ». Et aujourd’hui encore, Marcus se sait chanceux que les coups de feu qu’a tirés son poursuivant l’aient manqué. Il se sent encore plus chanceux d’avoir pu lui et son ami, attirer leur poursuivant dans un secteur qu’ils connaissaient dans les bois et de l’avoir fait percuter une branche dont le gangster ignorait la présence. Cette nuit et les suivantes furent faibles en sommeil bien que Michael (affilié aux gangs à cette époque) ait demandé qu’on ne touche plus encore à son frère.

     Le déménagement fut donc libérateur à plus d’un titre. Un déménagement sous les conseils de la famille d’un autre « autre » : Phil Forte. C’est simple, si l’on demande à Marcus Smart qui est Phil Forte pour lui, il répondra : son frère. Car leur amitié va bien au-delà de l’amitié. C’est la famille de Phil, que Marcus connaît depuis l’équivalent du CE2 qui a conseillé à sa mère de déménager à Flower Mound, qui l’a conseillée pour le choix du lycée et bien d’autres choses encore. Et Phil Forte, c’est aussi un coéquipier au basket depuis pratiquement toujours que ce soit au primaire comme au lycée. Et comme vous vous en doutez, c’est ensemble qu’ils s’engagent pour la fac d’Oklahoma State, où il partage la même chambre universitaire. Bref, le genre d’amitié « milk & chocolate » qui encore une fois, n’existe pas que dans les films.

     Certains me diront : bon, et le basket dans tout ça? Mais justement, ce sont tous ces « autres » qui définissent le Marcus Smart côté basket. À commencer déjà par un chiffre : le 3, numéro de maillot du défunt frère Todd au lycée et que Marcus (tout comme Michael avant lui) portera au primaire comme au lycée et même dans les matchs all-star. Et lorsque arrivé à « OK State » on lui fait comprendre qu’il ne peut pas porter ce numéro (qui a été retiré en mémoire de Dan Lawson, ancien joueur de la fac décédé lors d’un crash aérien en 2001), Marcus se rabat sur le 33. 33? Ça vous dit quelque chose? Comme indiqué plus haut, c’est l’âge auquel le destin a décidé d’emporter Todd. Bref, le message est clair, à travers les exploits de Marcus, c’est Todd qui vivra.

     Et des exploits, Marcus Smart en aura fait. C’est simple, le qualificatif que tout le monde a pour Marcus Smart avant son entrée à Oklahoma State est celui de gagnant, un « winner ». C’est peut être exagéré (ironie) puisque après tout, Marcus ne compte que 2 titres de champion d’état en « back-to-back » avec son lycée en 2011 (terminant MVP du tournoi final) et 2012 (cette année-là, c’est son pote Phil qui finira MVP).  Au cours de ses 3 années au lycée, leur bilan aura été de 115 victoires pour 6 défaites. À cela, vous pouvez rajouter des sélections au all-star game et autres prestigieux tournois des lycéens (avec des victoires à la clé), de multiples distinctions individuelles en veux-tu en voilà et même accessoirement une médaille d’or lors du tournoi FIBA des Amériques lors de l’été 2012 (en ayant débuté tous les matchs au poste de meneur qu’il découvrait, leader aux interceptions sur tout le tournoi et 4e recordman aux nombres de passes décisives de l’histoire de la sélection US sur ce tournoi). C’est donc avec une logique excitation que tous les fans des « Cowboys » attendaient de voir évoluer leur nouvelle recrue au CV clinquant.

     Et on pourra dire que Marcus ne les aura pas déçus. Certes, ni le titre de champion de la conférence « Big 12 » et ni le titre NCAA n’auront été au bout entachant alors le qualificatif de gagnant. Mais lorsque vous passez d’un bilan de 35V-32D et de non-qualifications pour la « march madness » au cours des deux dernières années à un bilan de 24V-9D (3e de la conférence) et une qualification pour le prestigieux tournoi, on peut difficilement se plaindre. D’autant plus qu’il est difficile de nier l’effet Marcus Smart. Vous voulez savoir à quoi ressemble un Marcus Smart sur un terrain de basket, essayez alors de voir le déplacement sur le terrain de Kansas le 02 Février 2013 (victoire : 85-80 pour OK State). À la vue de ce match, on comprend son bilan personnel sur cette saison: leader pour la moyenne des points, des passes décisives, des interceptions et même… des rebonds. Le même constat peut être aussi fait pour les totaux (sauf pour les rebonds mais pour…un petit rebond de différence). Mais la véritable qualité de Marcus Smart n’est pas quantifiable. En effet, son plus grand atout est certainement le fait qu’il incarne parfaitement la définition de « leader né ». Tous ceux qui ont été proche de lui sont unanimes : il est un leader vocal d’un grand charisme et d’altruisme instinctif. Des qualités naturelles qui selon ses dires, résultent de sa prise de conscience de ses responsabilités vis-à-vis de sa famille et des autres.

     Et voilà que le « général Marcus » décide de faire l’impasse sur cette draft 2013. À la fameuse question du « pourquoi? », il y aurait tant de réponses possibles… La première se trouvant tout simplement dans son caractère. Pour Smart qui a tout gagné et est un compétiteur né, il est évident que la façon dont sa saison NCAA s’est terminée (défaite sèche dès le 1er tour face à Oregon supposé plus faible) lui est resté en travers de la gorge. D’autant plus que ce match a encore mis le doigt sur les défauts de Marcus Smart. Car oui, comme tous les jeunes de son âge, il est loin d’être parfait et a surtout les défauts de sa qualité de leader. Destiné à être meneur, Smart à un trop grand nombre de pertes de balles dû notamment à ses nombreuses prises de risque et qu’il découvre ce poste. Son enthousiasme et son côté héroïque le pousse à avoir une sélection de shoots horrible à de multiples reprises avec une faible adresse cette saison malgré une bonne mécanique. Si sa solide stature physique l’aide à prendre le dessus sur ces adversaires, il n’a pas les qualités athlétiques suffisantes pour conclure correctement ses pénétrations et n’a pas encore de « floater » pour compenser. De ces faiblesses découlent une autre raison de la décision de Smart qu’il a lui-même reconnu (et dont je m’en doutais personnellement) tient en deux noms : Trey Burke. Comme indiqué dans un article précédent, Trey Burke a fin l’impasse sur la draft 2012 et est revenu pour une saison dantesque en ayant progressé dans tous les aspects de son jeu alors que beaucoup était sceptique. Smart se sent capable de faire pareil et surtout a envie de faire pareil.

     Alors, bien sûr, ceux qui critiquent son choix lui dresse comme argument l’argent qu’il a laissé passer, la blessure, et lui prédise déjà de se faire écraser par la classe de 2014. Mais vu le caractère du bonhomme, c’est peut être au contraire le genre de choses qui le motivent encore plus. On lui parle des frères Harisson, ça tombe bien, c’est contre ces mêmes jumeaux qu’il remportait son 2e titre de champion d’état au lycée. Julius Randle, Aaron Gordon, etc., parfait. Il a été dans les mêmes sélections all-star qu’eux, les a côtoyés dans les mêmes sélections américaines. À chaque année, son flot de lycéens pleins de « hype » avec certains qui se crashent et ça Smart le sait très bien, lui qui a dans son équipe un certain Lebryan Nash (top 10 en 2011) qui chaque année creuse sa propre tombe. Et bien sûr, il y a Andrew Wiggins qui a fait le cadeau à Marcus de choisir Kansas, les obligeant donc à se croiser pour des rencontres qui détermineront certainement le titre de champion de la BIG 12 que beaucoup promettaient à Smart et sa bande avant cette signature.

     Alors, j’ignore si la décision de Marcus est « Smart », mais il est certain qu’il est spécial et conscient de ce qu’il a à faire, et qu’il prendra à cœur de le faire avec toujours à l’esprit : « les autres ».

Article écrit par Blueprinty

8 Comments

  • Louis-Harry

    Magnifique Article comme souvent avec toi Blue , mentalement on voit qu'il est guerrier pas vraiment fan de lui mais son parcours ne peut qu'inspirer le respect . Des joueurs de son charisme manque en NBA , clairement ..

  • Blueprinty

    Thanks. Perso je n'étais pas fan de lui non plus en début de saison, mais il a réussi à retourner mon avis et ça généralement, ça me marque. Comme je l'ai dit dans l'article, ce n'est pas tant qu'il soit fort, c'est surtout le fait qu'il est vraiment…spécial…

  • Blueprinty

    Sinon désolé mais j'ai relevé des coquilles relecture (désolé parfois j'ai la flegme de relire):

    -fin de "3e paragraphe" : "raison de Michael que les médecins ARRIVERONT à SAUVER"

    -le petit passage sur Trey Burke: "beaucoup étaiENT sceptiques".

    Et juste une précision pour ceux qui liront l'article, en ce qui concerne son bilan statistique, quand je dis leader, je veux bien sûr dire leader dans SON EQUIPE.

  • jejevert01

    Celui qui faisait les articles point fort / points faibles n'est pas celui qui a rédigé cette article.

    Mais celui qui faisait les points fort point faible va normalement continuer sur quelques freshmans de cette année

  • Je te renseigne encore.
    NikosEllisMagic(HeatFromDowntown) c'est à dire moi. Fait les fiches des nouveaux freshmans et n'empiète pas sur la propriété de BluePrinty qui fait des fiches (pas de la même manière que moi) sur les Sophomores (2ème année en NCAA)
    Bonne continuation !

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