Los Angeles Lakers: bon courage Luke Walton !

Luke Walton

Il le voulait, il l’a eu ! Après avoir porté le maillot pourpre et or pendant 9 saisons Luke Walton avait cédé aux sirènes du coaching. Assistant coach chez les Golden State Warriors (champions en 2014 et finalistes en 2015) Luke Walton eut la bonne idée de saisir sa chance lorsqu’il l’a pu. Propulsé coach intérimaire suite aux problèmes physiques de Steve Kerr Luke Walton mena les Warriors à un superbe bilan de 39 victoires pour seulement 4 défaites. Ce n’était qu’une question de temps avant qu’une franchise ne lui propose un poste de Head Coach et c’est sans surprise que son choix s’est arrêté sur sa franchise de coeur : les Los Angeles Lakers.

Walton aura la dure tâche de reprendre en main une équipe qui a gagné 38 matchs sur ces deux saisons. Et cela ne devrait pas s’arranger puisque les dernières projections d’ESPN sont tombées et placent les Lakers avec le pire bilan NBA. L’enthousiasme qui a suivi la draft de Brandon Ingram n’a pas réussi à compenser l’incompréhension que leur intersaison a déclenché. Si les Lakers ont signé l’un des pires contrats de l’été avec Timofey Mozgov ils ont également donné un mal de crâne à leur nouveau coach en signant à prix d’or Luol Deng. En sacrifiant leur flexibilité financière de 2017 et 2018 la franchise de la cité des Anges a fait couler beaucoup dencre.

Un été lourd de conséquences …

Tout avait pourtant parfaitement démarré. Avec un bilan de 17 victoires pour 65 défaites les Lakers avaient tout fait pour garder leur premier choix de draft, seul un coup du sort pouvait permettre aux Sixers de le récupérer (ce qui aurait été le cas si leur choix était tombé au delà de la troisième place lors de la lottery). Cela n’a pas été le cas et les Lakers ont pu choisir Brandon Ingram alors considéré comme le deuxième meilleur prospect de la draft. Encore mieux, les Summer League ont permis aux fans californiens de découvrir leur second prospect : Ivica Zubac. Le pivot croate a en effet volé la vedette à DeAngelo Russell ou encore à un Brandon Ingram en difficulté.

L’optimisme était de mise à Los Angeles. Un sentiment qui allait rapidement être douché par le début de la free agency. En moins de 48 heures les Lakers allaient donner le ton en signant Timofey Mozgov (64 millions de dollars sur 4 ans) puis Luol Deng (72 millions de dollars sur 4 ans).

A 29 ans, Timofey Mozgov a du être le premier surpris de recevoir une telle offre. Et on le serait à moins. Convoité l’été dernier après avoir réussi une très bonne deuxième partie de saison et de très bons playoffs avec Cleveland Mozgov allait connaître une année cauchemardesque. Voulant surfer sur ce qui reste (et restera) comme les meilleurs mois de sa carrière le pivot russe précipita son retour après une opération au genou. Malheureusement pour lui l’opération n’eut pas l’effet escompté. David Blatt essaya tant bien que mal de le relancer mais Mozgov n’avait tout simplement pas le niveau (physique puis basket) pour retrouver sa place dans la rotation des Cavaliers. Entre la brièveté (et la rareté) de son bon passage, son âge et ses pépins physiques tout était réuni pour que le russe attende un moment avant de se voir offrir un contrat NBA.

Que nenni. Les Lakers se sont jetés sur lui dès les premières heures de la free agency en lui proposant un contrat aussi long qu’onéreux (4 années sans option ce qui est sans doute la partie la plus dérangeante du contrat).

Quelques heures plus tard la direction peu inspirée des Lakers offrait à Luol Deng un contrat en or massif d’une durée de 4 saisons (sans option !). Evidemment l’ailier britannique de 31 ans s’est empressé de le parapher. En difficulté lors de sa dernière saison à Chicago et lors de son passage à Cleveland Deng allait connaître une sorte de renaissance sous les couleurs du Heat de Miami ; le tout grâce à Eric Spoelstra qui allait l’utiliser à un poste différent : celui d’intérieur fuyant (ou stretch 4).

En 48 heures les Lakers avaient annihilé l’un des axes forts de leur reconstruction : préserver une flexibilité financière importante pour les free agency de 2017 et 2018. Avant cet été les Lakers auraient pu avoir pour ambition d’avoir suffisamment de place pour ramener deux contrats maximums en 2017. Un scénario qui avait du sens puisque cela aurait donné du temps aux jeunes Lakers pour se faire les dents sans pression sportive mais aussi à Luke Walton pour prendre en main son premier vestiaire NBA tout en évaluant son effectif.

L’objectif des Lakers était de trouver des joueurs d’expérience pour encadrer les Brandon Ingram (19 ans), DeAngelo Russell (20 ans), Julius Randle (21 ans), Larry Nance Jr (23 ans) ou autre Jordan Clarkson (24 ans). Pour cela la franchise avait une règle simple à respecter : « years not money » (proposer des contrats 1 ou 2 ans quitte à donner des salaires exorbitants). Si les résultats sportifs auraient sans doute empêché les Lakers de lutter pour signer les meilleurs joueurs de la ligue la situation de la franchise aurait été très bonne. Sacrifier cette flexibilité pour de très bons joueurs ? Bien sûr mais pas pour des joueurs qui sont sur le déclin et qui seront très loin de leur meilleur niveau lorsque la jeune garde des Lakers explosera.

et qui est un vrai défi tactique pour Luke Walton

Si la signature de Luol Deng a suscité beaucoup de réactions chez les observateurs de la Grande Ligue, les fans eux se sont préoccupés de son impact sur le plan sportif : « Brandon Ingram sera t-il titulaire ? ». Car oui sélectionner un joueur en deuxième position lors de la draft pour le placer sur le banc n’est pas commun. Pourtant c’est la réponse qui a été donné pendant tout l’été et sauf incroyable camp d’entrainement du rookie c’est bien le britannique qui débutera au poste 3.

Sur le fond c’est un débat totalement inutile, Brandon Ingram jouera sans doute le même nombre de minutes qu’il soit titulaire ou remplaçant. La donne change pourtant lorsqu’on s’aperçoit que Luke Walton fera jouer Deng à un poste qui n’est plus « le sien ». En effet Eric Spoelstra a eu la bonne idée d’aligner Deng comme un intérieur fuyant et c’est ce qui a relancé sa carrière. Le britannique est suffisamment solide pour tenir des intérieurs qui sont de toute façon moins portés sur le jeu au poste, en attaque Deng est à son meilleur niveau lorsqu’il étire les défenses (et force son adversaire direct à défendre au large). Luke Walton mettra donc le deuxième choix de draft sur le banc au profit d’un joueur qui ne jouera pas à son meilleur poste ? La symbolique est forte.

Autre problème : le cas Timofey Mozgov. Les mauvaises langues diront que le russe à un profil similaire à celui de Roy Hibbert : limité en attaque, lent, protège bien le cercle mais souffre énormément sur les picks&roll. Si Mozgov est un meilleur finisseur il faudra voir à quel point puisque l’intérieur n’aura plus LeBron James pour lui distiller caviars après caviars ou encore Kyrie Irving pour sanctionner les errements défensifs. Si les Lakers arrivent à écarter suffisamment le jeu on pourrait voir le duo Russell-Mozgov briller sur le jeu à deux.

Défensivement par contre Luke Walton et ses assistants vont avoir un sacré travail. Russell et Clarkson font partie des pires défenseurs à leurs postes et on sait également que Mozgov souffre lorsqu’il doit couvrir ses arrières. Si le système défensif des Cavaliers avait pu lui permettre en grande partie (les Warriors avaient forcé Blatt à le sortir de la rotation au cours de la finale 2014-2015) de jouer le rôle de totem, sous le cercle les Lakers n’ont pas les mêmes défenseurs dans leur effectif.

Une pression supplémentaire sur Julius Randle ?

L’un ne shoote pas, l’autre le fait mais n’en met pas un (23 % à mi distance selon NBA.com.Stats) ; le premier adore partir en dribble en tête de raquette, le second est incapable d’être en danger hors de la peinture ; enfin les deux souffrent défensivement, de manières différentes certes puisque l’un souffre au large et l’autre souffre en aide. Dans tous les cas la complémentarité des deux côtés du terrain entre Julius Randle et Timofey Mozgov ne saute pas aux yeux.

La solution ? Débuter la rencontre avec Ingram, Deng et Mozgov sur le frontcourt. Cela permettra aux Lakers d’avoir un cinq qui donnera suffisamment d’espace à Russell et Clarkson pour jouer leur pick&roll tout en ayant des joueurs capables de sanctionner les aides défensives. Du talent, du spacing et des recrues mises dans les meilleures dispositions possibles.

Défensivement les Lakers feront sans doute partie des pires équipes de toute la NBA (voir la pire si Walton insiste sur un cinq avec Russell, Clarkson, Deng, Randle, Mozgov) et quoique Walton tente ou fasse cela ne changera pas. Une alternative se nomme Larry Nance Jr mais cela pousserait Randle au bout du banc et cela reviendrait à remettre Deng au poste 3 alors qu’il est bien meilleur à sa nouvelle position.

Dans tous les cas l’un des premiers défis de Luke Walton sera de trouver une place et une situation pour faire jouer et briller Julius Randle. Luol Deng et Larry Nance Jr offrent de meilleures alternatives à une association aux côtés de Timofey Mozgov. Finalement le seul point qui joue en faveur de Randle est que Brandon Ingram est trop tendre pour jouer plus de 25 minutes en NBA et que derrière lui Walton utilisera sûrement Deng au poste 3 plutôt qu’Anthony Brown (au moins au début de la saison, cela pourrait changer si Brown augmente son adresse extérieure).

Vers un changement de direction l’été prochain ?

Deux mois plus tard l’intersaison des Lakers semble toujours aussi étrange. La rapidité avec laquelle la direction s’est jetée sur Timofey Mozgov interpelle, le contrat, lui, choque. Pourquoi mettre autant d’argent alors que presque personne n’allait signer le russe (et encore moins à ce prix là) ? Pour un montant similaire les Lakers auraient pu signer Ian Mahinmi. Le français qui sortait de sa meilleure saison NBA, était un meilleur joueur et surtout n’avait pas les mêmes interrogations sur des problèmes de santé.

Par ailleurs son profil correspondait mieux aux besoins de la franchise. Ezeli (certes son physique inquiète mais les Lakers ne joueront rien dans les deux saisons à venir) Plumlee ou encore Zeller auraient été de meilleurs choix que Mozgov De la même manière on peut comparer les contrats de Deng et de Jared Dudley qui auront un rôle similaire à la différence près que Phoenix va faire jouer Dudley à son meilleur poste.

Tout n’a pourtant pas été si mauvais. Le choix de Luke Walton est un bon choix sportif et une bonne affaire économique (il est payé 5 millions de dollars par an alors qu’il aurait pu demander plus de 7 millions). Si la sélection de Brandon Ingram semblait évidente le choix d’ivica Zubac au deuxième tour apparait comme une bonne pioche. Dans le même genre on peut noter le transfert de Jose Calderon. Les Lakers ont récupéré deux seconds tours de draft juste pour prendre en charge la dernière année de salaire de l’espagnol ce qui est un superbe coup. La signature de Yi Jianlian fut très créative avec un contrat digne de la NFL (bonus de performance important qui pourrait déplaire fortement au syndicat des joueurs lors des discussions sur le prochain CBA).

Jim Buss arrive au terme de son mandat et cela s’est vu cet été. Il voulait que les Lakers s’améliorent suffisamment pour avoir une chance d’attirer les meilleurs free agent en 2018 mais ce n’est pas avec Deng et Mozgov que ce sera le cas. Pour cela il a sacrifié une grosse partie de la flexibilité financière pour des joueurs moyens qui ne changeront en rien la situation sportive de la franchise (cela s’est aussi vu lors de la gestion du contrat de Jordan Clarkson qui aurait du bénéficier de l’Arenas Offer).

Dire que la direction des Lakers n’a pas mis son coach rookie dans les meilleures dispositions est un sacré euphémisme. Luke Walton va devoir composer avec une majorité de jeunes joueurs dont le jeu est peu complémentaire avec celui des deux recrues « stars ». Ajoutons à cela que ces deux joueurs ne règlent en rien les plus grosses faiblesses de l’équipe ce qui va rendre la tâche de Walton et de son staff encore plus compliquée. Par ailleurs le règne de Jim Buss arrive à son terme et les rumeurs sur un retour en héros de Phil Jackson circulent déjà !

Une situation ô combien ironique puisque pendant que les Lakers cassaient leur tirelire sur Deng et Mozgov « Jax » faisait de même à New York (en tant que président) avec des joueurs sur la pente descendante et qui présentent des risques physiques importants (Rose, Noah). Des arrivées qui avaient pour conséquence de sacrifier la flexibilité financière qu’il avait sauvegardée pendant l’été 2015. Le tout en voulant avoir une influence sur le terrain et sur le coaching de son équipe. Une omniprésence qui a fini par pousser Derek Fisher dehors. L’ancien joueur des Lakers s’est fait remercié après de longs mois de galère et une volonté d’indépendance au système et à l’homme qui ne sont pas très bien passés.

En plus d’être torpillé par les choix de son front office Luke Walton pourrait se retrouver sous l’égide d’une légende dès l’été prochain : un contexte bien délicat à gérer pour un coach rookie.

Bon courage Luke !