Lorsque la draft 2013 passe à la caisse… Avant propos: retour sur l’explosion du salary cap et ses enjeux

C’est un rituel. Chaque été une cuvée de jeunes joueurs NBA devient éligible à une extension contractuelle. Après trois saisons passées en NBA les franchises peuvent leur proposer un nouveau contrat qui entrera en vigueur à la fin de leur contrat rookie (soit à la fin de leur quatrième saison). Une situation qui ne concerne que les contrats des joueurs draftés au premier tour. Ces joueurs ont souvent entre 22 et 25 ans, et ces nouveaux contrats sont les premiers gros contrats de leur carrière. C’est donc au tour de la draft 2013 de faire sauter la banque !

Une grille de contrat pour les joueurs du premier tour

Pourquoi ne pas aborder les contrats des joueurs choisis au second tour ?

Tout simplement parce que la NBA n’a pas de grille de contrat pré déterminée pour les joueurs choisis entre la 30ème et la 60ème. Ces contrats sont donc négociés entre les franchises et les agents des joueurs et sont souvent très différents des contrats des joueurs choisis dans les 30 premières positions. Par exemple, les contrats sont plus courts et surtout plus précaires (avec moins d’argent garanti) permettant aux franchises d’établir une flexibilité qui n’est plus possible avec les joueurs du premier tour.

Quand et pourquoi avoir établi une telle grille ?art1

Tout a changé en 1995. Avant cette date les jeunes espoirs du basket américain avaient coutume d’entamer de véritables guerres de tranchées pour obtenir le meilleur contrat possible. Une situation intenable à plus d’un titre. Pour les franchises tout d’abord qui devaient mettre plus d’argent sur la table pour de jeunes joueurs que pour des joueurs confirmés ; pour les joueurs expérimentés ensuite qui voyaient d’un mauvais oeil les nouveaux gagner plus d’argent qu’eux ; pour les coachs, enfin, qui devaient réparer des vestiaires explosifs entre des joueurs qui ne se connaissaient même pas et abritaient pourtant un ressentiment important.

La NBA dut attendre l’affaire Glenn Robinson pour régler une fois pour toutes ce problème. Premier choix de la draft 1994 Glenn Robinson entama un bras de fer avec les Bucks de Milwaukee. D’après les rumeurs il voulait obtenir un contrat de 100 millions de dollars. Si Robinson signa finalement un contrat de 68 millions de dollars sur 10 ans ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Après cela la NBA instaura une grille de salaire pour éviter que ce genre de situation ne se reproduise.

Quel est le calendrier pour ce type d’extension ?

Plusieurs choix s’offrent au joueur. Tout d’abord sa franchise peut lui proposer une extension du 1er juillet au 31 octobre. Si les deux parties n’arrivent pas à se mettre d’accord le joueur sera free agent protégé après sa 4ème saison (et donc dernière de son contrat).

Dans ce cas là le joueur aura 3 possibilités :
-signer une extension avec son équipe
-accepter une offre d’une autre équipe et laisser à son équipe une chance de l’égaler
-accepter la « Qualifying Offer »

Cette dernière alternative est en réalité une année de contrat supplémentaire (avec augmentation salariale) avec son ancienne équipe à l’issue de laquelle le joueur devient free agent non protégé (et peut signer n’importe où sans que sa franchise n’égale les différentes offres).

Le nouveau contrat TV et ses effets sur le salary cap

Avant de rentrer dans le vif du sujet il est impératif de revenir sur le contexte exceptionnel dans lequel se tiendront toutes ces négociations. Tout d’abord elles entreront dans le cadre du CBA (Collective Bargaining Agreement) signé lors du Lockout 2011. Cette convention collective marquant l’accord entre les joueurs et les propriétaires des franchises NBA avait été ratifiée pour une période de 10 années avec une clause permettant aux deux parties de revenir aux tables des négociations à mi-mandat, soit après la saison 2016-2017. Et cela sera bel et bien le cas car depuis 2011 la donne a changé.

En octobre 2014 la NBA a renégocié son contrat avec les chaines de télévision ESPN et TNT pour la modique somme de 24 milliards de dollars sur 9 ans.

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Une augmentation substantielle puisque jusque là la NBA touchait 930 millions de dollars par saison. Cet accord triple cette somme pour atteindre 2,7 milliards de dollars (toujours par saison).

Les ventes des Milwaukee Bucks pour 500 millions de dollars et des Los Angeles Clippers pour 2 milliards apportent une nouvelle preuve de la bonne santé économique de la NBA. Le temps où les propriétaires se plaignaient des pertes économiques importantes liées aux franchises (raison du lockout en 2011) est révolu et après avoir fait des concessions importantes (les joueurs sont passés de 57 % des revenus basket de la ligue à 49 %) l’association des joueurs compte bien retrouver la place qui était la sienne il y a 5 ans. Même si les deux camps ne souhaitent pas « gâcher » la très bonne période économique de la ligue il est possible qu’un bras de fer s’installe et aboutisse à un nouveau lockout.

Après avoir stagné autour des 60 millions de dollars pendant plusieurs saisons le nouvel accord TV a fait exploser le salary cap, la NBA refusant une augmentation progressive :

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Les premières projections pour la saison 2017-2018 ont fait état d’un salary cap de 107 millions de dollars. Un premier jet ramené à la baisse par le commissionnaire Adam Silver (qui parle de 102 millions de dollars).

Quel salaire maximum pour la draft 2013 ?

Dans tous les cas les estimations sont, par définition, instables. Encore plus lorsqu’un changement de convention collective est prévu pour l’été prochain. Il est possible que l’association des joueurs fasse le forcing pour augmenter leur part sur les revenus basket de la ligue. De la même manière le salary cap pourrait être calculé d’une manière différente. Enfin si les prévisions de la NBA sur ses bénéfices sont fausses (en hausse ou en baisse) le salary cap évoluera. Et même si cela peut paraître lointain ou abstrait cela ne l’est pas du tout (et nous l’avons vu cet été) pour les directions des franchises NBA.

En l’état voici la grille des salaires des joueurs NBA :

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« En l’état » parce que cela pourrait très bien évoluer l’été prochain lors des négociations sur la nouvelle convention collective. Le salaire maximum pour les jeunes joueurs (moins de 7 saisons dans la ligue) pourrait être revu à la hausse et cela aurait un impact immédiat sur les joueurs sortant de leur contrat rookie.

Si on se fie à la projection d’un cap à 102 millions, les contrats maximums pour les joueurs de la draft 2013 seraient les suivants :

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* : si le joueur signe dans une équipe différente. Cela peut être le cas si son équipe ne lève pas son option sur son contrat rookie (exemple d’Anthony Bennett, Sergey Karasev ou encore Solomon Hill)

Vers un calendrier exceptionnel ?

Habituellement les franchises qui possèdent une certaine flexibilité au niveau de la masse salariale souhaitent attendre avant de faire signer leurs jeunes joueurs, et ce pour une raison simple : maximiser toute la marge qu’il leur reste sur d’autres joueurs. Cependant, comme nous l’avons vu, la situation n’a rien d’habituelle. Si les dirigeants aimeraient attendre l’été prochain pour signer ces contrats, la hausse du salary cap combinée à un possible changement du calcul des contrats maximums est une motivation suffisante pour avancer leurs plans.

La signature de Giannis Antetokounmpo pour un contrat de 100 millions de dollars sur 4 ans (sans option) en est le parfait exemple. Milwaukee aurait très bien pu attendre l’été prochain avant de signer le jeune grec et l’aurait sans doute fait si les négociations autour de la nouvelle convention collective ne se déroulait pas l’été prochain. Non contents de signer le jeune grec pour un contrat qui est loin du contrat maximum que ce dernier aurait pu demander les Bucks parviennent à éviter un mal de tête important l’été prochain avec l’évolution du CBA. En bref c’est un coup magistral de la franchise du Wisconsin (beaucoup moins du côté de l’agent du joueur).

Il ne serait pas étonnant de voir de nombreuses extensions signées avant le 31 octobre. Si l’association des joueurs et les propriétaires ont tout intérêt à signer un accord avant le début de la saison 2017-2018 la nouvelle convention collective représente à merveille la peur de l’inconnue.