New York Knicks

Pourquoi Kristaps Porzingis suscite une telle folie médiatique

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C’est l’histoire de David contre Goliath. Sauf que dans cette version, David est un grand letton de 20 ans du nom de Kristaps Porzingis qui doit affronter un ogre: la ville de New York. Hué le soir de sa draft, remis en question par Carmelo Anthony, la partie semblait perdue d’avance. Il a pourtant réussi l’impossible: s’imposer.

Les Knicks avaient en quelque sorte besoin de Porzi. Depuis la folie de Linsanity, le Garden avait besoin d’un chouchou, d’un joueur derrière qui vibrer. Carmelo Anthony est sans conteste la star de cette équipe et, il semble parfois bon de le rappeler, le meilleur joueur. Mais la star d’une équipe est rarement le préféré du public. New York avait besoin d’un joueur transcendant derrière qui s’enthousiasmer. Ce joueur apprécié car atypique. Et quoi de plus unique qu’un géant letton filiforme de 2m21 à la mine chétive et craintive. La singularité de Porzingis fait à la fois toute sa force et sa faiblesse. On le reconnaît facilement sur un terrain. On peut se moquer de lui aisément mais il est très vite attachant. Et le lien entre les fans des Knicks et le rookie se créa en seulement quelques matches, au gré des prouesses de l’ailier fort.

La folie médiatique autour de Letton est fascinante car sa fulgurance n’a d’égale que la largeur du public qu’elle touche.

En premier lieu, on trouve bien sûr les fans des Knicks. La franchise peut enfin croire en l’avenir, sans miser sur d’hypothétiques arrivées lors d’une free agency. Si Porzingis a encore ses défauts, principalement au niveau de l’efficacité, sa première année en NBA a été concluante. Les New Yorkais possèdent un des futurs cracks du poste 4. C’est mince diront certains. Mais pour une franchise qui n’a remporté qu’une seule série de playoffs depuis le début du millénaire, c’est beaucoup. La franchise peut vraisemblablement viser les playoffs dès la saison prochaine grâce au Letton.

La NBA globalement est aussi touchée par la folie autour du letton. Depuis des années, aucune success story n’avait chamboulé la ligue. Aucune depuis Jeremy Lin, également aux Knicks à l’époque. Mais contrairement à la Linsanity, success story éclaire, la folie autour de Porzingis s’inscrit sur la durée. Il n’y a aucune raison que les promesses qu’il a montré cette année ne perdurent l’année prochaine.

«Son potentiel est sans limite, pas seulement parce qu’il est bon mais il vit et respire basket. Il reste dans la salle s’entraîner, il travaille beaucoup et ne se laisse pas affecter par toute cette folie médiatique», déclarait Dirk Nowitzki.

Bien qu’il ne soit qu’un rookie, Porzingis a été adoubé par les meilleurs joueurs européens de la décennie. Pau Gasol, Tony Parker, Jose Calderon ou Dirk Nowitzki ont déjà tous exprimé leur admiration devant le niveau du jeune letton.

C’est d’ailleurs dû côté de l’Europe où l’engouement est le plus fort, au sein de la communauté qui suit la NBA évidemment. Là aussi c’est la même histoire : David contre Goliath. Le sentiment d’infériorité du basket européen sur le basket américain est un fait, qu’en bien t-il soit il justifié. La satisfaction est donc grande quand un pur produit du basket européen (formé en Lettonie, passé par la ligua ACB, ayant participé à l’Eurocoupe) réussit en NBA. Surtout quand on lui a annoncé l’enfer. Les « prodiges » européens de ces dernières années (Jan Vesely, Andrea Bargnani, Darko Milicic) avaient tous raté la transition en NBA. La réussite de Porzingis c’est en quelque sorte une revanche pour l’Europe du basket. C’est la preuve que la formation européenne demeure être de qualité.

La réussite du géant Letton arrive surtout à point nommé. Si la ligue cherche à conquérir des nouveaux marchés, en particulier le marché asiatique au potentiel illimité, l’Europe reste une niche pour la NBA. Des matches de saison régulière se déroulent sur le vieux continent et un contingent non négligeable de joueurs NBA y trouve son origine. Pour perpétuer ce fort ancrage, la ligue doit disposer de figures de proue qui lui permettent d’avoir des relais locaux. La génération des Tony Parker, Pau Gasol et Dirk Nowitzki, a été exceptionnel en cela qu’elle a fourni simultanément, dans plusieurs grandes nations européennes, des joueurs d’exceptions qui ont permis à la ligue de se développer. Mais cette génération se rapproche de plus en plus de la retraite sans avoir laissé d’héritiers. Beaucoup des talents européens de ces derniers années n’ont pas payé en NBA. Jonas Valanciunas ou Ricky Rubio, attendus comme ces nouveaux fers de lance, ne se sont pas imposés comme des stars à l’image de leurs aînés. Quant à Marc Gasol, le successeur naturel diront certains, il a déjà 30 ans.

Ce vide générationnel, Kristaps Porzingis est en train de la combler de manière inédite. C’est un pur produit européen, de part ses origines, sa formation mais aussi son style de jeu porté vers le shoot et l’intelligence de jeu. Tout en étant également le produit de la NBA des années 2000, exportée par la fameuse génération dorée précédemment citée. Le Letton dunke, contre, rentre des tirs importants, bref c’est une machine à highlights. Ce côté spectaculaire, la génération « Parker » ne l’a jamais eût, du moins pas à un tel niveau. De ce fait, Porzingis touche un public immense, allant des spécialistes de la NBA jusqu’aux personnes qui ne suivent la ligue que par les top 10. Peu de joueurs NBA ont une telle force d’attraction médiatique. Jamais un européen ne l’a eût. Il ne faut pas non plus oublier que Porzingis fait parti de la première génération lettone qui n’a pas connu l’URSS. Loin d’être un détail historique, il a baigné dans une culture américanisée et cela se matérialise aujourd’hui. Il déclare écouter Drake ou Future. Cela lui permet de ne pas être catalogué comme une curiosité mais plus comme ovni. Il est assez proche du public américain au niveau culturel pour ne pas être vu comme un complet étranger mais pas trop et suscite donc de l’intérêt.

La folie médiatique autour de Kristaps Porzingis est compréhensible. Il réalise une excellente saison rookie, à New York qui plus est, alors qu’il devait n’être prêt que dans quelques années. Le géant letton réuni beaucoup d’atouts dans son jeu pour exister médiatiquement.

En réalité, c’est peut-être plus Goliath que David.

A propos de Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

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