Karl-Anthony Towns ou l’excellence dans la discrétion

Karl Anthony Towns post up

Discrètement, loin de la folie médiatique qui entoure Kristaps Porzingis, Karl Anthony Towns réalise une saison historique pour un rookie. Semaine après semaine, match après match, le joueur de première année progresse à une vitesse fulgurante et se place déjà comme un des meilleurs pivots de la ligue. Analyse d’un phénomène encore trop sous-médiatisé.

Une adaptation express à la NBA

Le potentiel de Karl-Anthony Towns était connu. Durant son année à Kentucky, malgré un temps de jeu longtemps faible, il avait montré une polyvalence rare chez un joueur de cet âge. Cependant, peu de personnes, si ce n’est personne, n’avait anticipé que le jeune pivot deviendra si fort, si vite. Certes, ses progrès à Kentucky avait été fulgurants mais la transition entre l’université et le monde professionnel est souvent compliquée pour les rookies. Le jeu va plus vite, l’enchaînement des matches est éreintant et l’intensité est de tous les instants. A fortiori pour les rookies qui arrivent en NBA après une seule année de fac, comme c’est le cas de Towns, la transition est rude.

Preuve de son grand talent, le pivot des Wolves n’a pris qu’environ 18 matches à s’adapter. Et encore, durant ce mois d’adaptation, il tournait déjà à 13.9 points, 9.2 rebonds, 2.2 contres de moyenne à 50.7% aux shoots. On a connu pire comme arrivée dans la ligue. Si ce début de saison était encourageant, la suite fût une confirmation de son immense talent. Plus que l’aspect statistique, c’est l’impression de maîtrise que laisse le rookie sur le terrain qui fait de lui un joueur spécial.

Un attaquant polyvalent

C’est sans doute au niveau du shoot que la progression de Towns fût la plus marquante depuis son passage à Kentucky. En un an et demi, l’intérieur est passé d’un joueur au shoot en construction à une réelle menace extérieur. Sa shotchart en est la preuve.

En excluant les shoots à trois points, le nombre de tentatives étant trop limité pour être représentatif, les pourcentages de Towns sont au dessus de la moyenne de la ligue dans toutes les zones. Ils ne sont pas toujours excellents, notamment en tête de raquette où il n’affiche qu’une réussite de 42.9%, mais ils sont plus la conséquence de la difficulté du shoot à mi-distance que d’un manque de réussite. Pourtant, cette réussite extérieur n’éloigne pas Towns de la raquette. C’est là qu’il shoote le plus avec le meilleur pourcentage de réussite (60,2%). Il évite ainsi l’écueil de s’éloigner de la raquette une fois son shoot devenu fiable, phénomène répandu parmi les intérieurs NBA. Le spacing de Minnesota, parmi les pires de la ligue, est aussi un paramètre à ne pas occulter. Pour le bien de son équipe, Towns se doit de scorer à l’intérieur sans pour autant vivre à l’intérieur.

La subtilité est fine mais elle permet à Towns d’éviter de devenir un scoreur unidimensionnel englué dans la raquette. Grâce à sa faculté de scorer à l’intérieur comme à mi-distance, couplée à ses qualités athlétiques, il devient très vite indéfendable pour les intérieurs adverses.

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Sur cette action, tirée du match de cette nuit face au Jazz où il a scoré 32 points, Towns profite des écrans de ses coéquipiers pour se défaire de Rudy Gobert. Mais surtout, sa mobilité le rend très difficile à suivre pour les pivots. Il n’a besoin de prendre qu’un pas d’avance sur son vis-à-vis pour faire la différence.

Toute la complexité pour l’adversaire de Towns réside dans le fait qu’il a la solution à pratiquement tous les problèmes. Si Rudy Gobert est légèrement en retard, il devra concéder un shoot à mi-distance. Dans ce même premier quart-temps du match face au Jazz, Trevor Booker réussi à se sortir assez vite des écrans des Wolves pour empêcher une tentative de shoot. Towns décide alors de driver vers le cercle. Sa vitesse, son dribble et son touché lui permettent de prendre l’avantage sur Booker et le reste de la défense du Jazz pour inscrire deux points. Compte tenu de sa réussite de 86.2% aux lancers francs, toute faute serait inutile.

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La progression vertigineuse de Towns est aussi remarquable au niveau du jeu dos au panier. Comme pour son shoot, cet aspect de son jeu semblait en chantier à sa sortie de Kentucky. En quelques mois, il est pourtant devenu un joueur à respecter dos au panier. Il devra étoffer sa panoplie, qui reste limitée à quelques moves, pour devenir moins prévisible. Mais l’efficacité est déjà là puisqu’il converti 56.8% de ses hooks shoots (46 réussites pour 81 tentatives). La preuve toujours face au Jazz.

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Ainsi, malgré ses 16.5 points de moyenne, Towns est déjà un solide scoreur. Pour être d’autant plus efficace il devra apprendre à plus se rendre sur la ligne des lancers-francs. En effet, il ne shoote que 2.9 lancers-francs par matches cette saison. C’est trop peu pour un intérieur surtout quand celui-ci excelle dans l’exercice.

Une autre flèche à l’arc offensif de Karl-Anthony Towns est sa qualité de passe. C’est un domaine de son jeu qu’il n’a pas encore développé; il ne montre encore que des flashs. Des flashs qui le rendent pourtant encore plus imprévisible et polyvalent en attaque. Sa relation avec ces intérieurs, ceux qui bénéficient le plus de ses passes, n’en est que meilleure.

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« KAT » est en cela l’archétype de l’intérieur moderne qui sait tout faire. Capable de s’écarter du cercle comme de finir dans la raquette mais aussi de passer la balle et dominant sous les paneaux (13ème meilleur joueur au nombre total de rebond offensif pris cette saison).

Une tour de contrôle en défense

La maturité offensive de Karl-Anthony Towns est une petite surprise en attaque au contraire de sa domination en défense qui était attendu. Son passage à Kentucky avait ici montré tous les signes annonciateurs de son talent.

En premier chef, bien évidemment, sa faculté à contrer. Il pointe à la neuvième place aux contres par matches (1.8 contres pour lui). Avec une prise de muscles (son principal chantier cet été), il pourra être en mesure de contrer encore plus de tirs. Il ne sera jamais un contreur dominant à la Anthony Davis, à qui on aime le comparer, mais il tournera surement à 2 contres par matches durant sa carrière. Ce qui reste excellent.

Plus important, en une cinquantaine de matches, Towns a réussi à devenir la clé de voûte de la défense des Wolves. Certes, la défense de Minnesota est loin d’être une référence dans la ligue. Mais cette faiblesse est en grande partie la conséquence d’une défense catastrophique des extérieurs (Zach Lavine ou Kevin Martin). Tout talentueux qu’il est, Towns ne peut pas maquiller les faiblesses des joueurs qui l’entoure.

Car individuellement, il se classe parmi les meilleurs intérieurs défensivement. D’après les stats de Nylon Calculus, Towns se classe 15ème dans la catégorie des points sauvés par un joueur ramenée à 36 minutes. Cette 15ème position le place au dessus de joueur comme Anthony Davis, DeMarcus Cousins ou encore Kristaps Porzingis. Toujours d’après la même base de donnée, les adversaires de Towns shootent à 46.5% dans la raquette quand il conteste le tir. Cette marque le place au même niveau que DeAndre Jordan mais devant des joueurs comme Hassan Whiteside (47.5%), Tim Duncan (47.3%) ou Dwight Howard (50.4%).

Les statistiques le montrent, Towns est déjà une référence en défense mais son influence se matérialisera vraiment le jour où la défense collective  sera meilleure. Pour l’instant, il est condamné à éviter le naufrage de son équipe.

Déjà prophète en son pays

Au premier rang pour admirer la fabuleuse première saison en NBA du rookie, les Wolves doivent se frotter les mains. Les voilà en possession de deux des meilleurs talents de ces dernières années (Karl-Anthony Towns et Andrew Wiggins). Et si la cohabitation entre deux jeunes superstars pouvaient poser question il n’en fût rien. Contrairement à une relation entre Russell Westbrook et Kevin Durant où la question de la hiérarchie est toujours en suspend, elle se dessine très vite entre Towns et Wiggins. Au fil des matches, il devient clair que la star de l’équipe est et sera le cadet des deux, Karl-Anthony Towns. Son impact sur le jeu est plus large que son aîné et il semble plus prêt à prendre les clés de la franchise.

Cette situation a du bon pour Wiggins qui, pour la première fois depuis quelques années, n’a pas la pression d’être la superstar de son équipe. Dans l’ombre de son pivot, le canadien réalise une saison sophomore solide plus dans un rôle de scoreur et défenseur. Il doit apprendre à passer plus la balle (1.8 passes décisives de moyenne) pour mieux intégrer ces coéquipiers.

Le leadership n’est cependant pas encore la possession de Towns. Il ne faut pas oublier qu’on parle d’un joueur de 20 ans, encore dans sa saison rookie, dans un vestiaire avec des vétérans respectés. S’il n’a pas encore la parole dans les vestiaires, Towns a déjà prouvé qu’il était la clé de l’avenir des Wolves.

Au fil des ses performances, la NBA toute entière prend note de son talent. Kevin Durant a déclaré que Karl-Anthony Towns allait devenir « un Hall Of Famer« . Blake Griffin a pointé du doigt que « compte tenu de son potentiel, il sera très dur à défendre dans les années à venir ».  Son coéquipier Kevin Garnett note son « intelligence. Il a un très haut QI basket ».

Une superstar est en train d’éclore.

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