[Billet du lundi] Tacler ESPN, la nouvelle mode étrange des fans NBA

ESPN

Je pensais d’abord le phénomène isolé, le fait de quelques brebis égarées. Puis à l’occasion de la publication par ESPN de ses prédictions pour la saison prochaine, j’ai noté que le désamour était répandu et profond. Des critiques, des moqueries et une tentative décrédibilisation, ESPN n’a plus la côte. Le dénigrement touche toute la sphère NBA française, des fans, en passant par les comptes français des franchises et même certains sites de basket. Et moi, au milieu de tout ça, je me demande tout bêtement: pourquoi ?

(Je précise que tous les fans NBA français, comptes français de franchises ou sites de basket français ne sont pas touchés, je note juste un désamour assez commun)

ESPN, leader incontestable sur le basket

La critique d’ESPN est inhérente à son succès. Pour reprendre une formule actuelle: «les haters sont jaloux du succès». Comme l’indique sa très sobre auto-description, ESPN est le leader mondial en sport. Ce n’est pas un avis personnel mais un fait difficilement contestable. Avec 4 000 employés au siège de la firme à Bristol et 8 000 dans le monde, c’est un ogre dans le paysage de l’information sportive. Alors, forcément, à l’intérieur de cette abondance de journalistes on trouve quelques cas typiques d’incompétence. Pensez à Stephen A Smith, divertissant à souhait, mais pas un spécialiste basket sérieux ou l’intégriste Chris Broussard.

Mais il ne faut pas se voiler la face, le network est rempli de talent et reste la référence. Avec Zach Lowe ESPN détient ce qui est vu par beaucoup comme le meilleur journaliste NBA (je préfère personnellement Howard Beck mais c’est un autre débat). Et c’est sans compter d’autres journalistes de très haut niveau comme Ethan Strauss, Kevin Pelton ou Dave McMenamin.  Côté télévision, on aime moquer Mark Jackson qui est atroce, c’est vrai. Mais n’oublions pas Doris Burke, Dick Vitale ou Jeff Van Gundy. Et encore, je me cantonne aux spécialistes de basket. Parce que le groupe compte quelques journalistes/analystes omnisports (Mina Kimes, Bomani Jones ou Jemele Hill) – qui s’intéressent donc au basket – qui sont pour moi des références, des modèles dont je rêve d’atteindre le niveau.

Aucune autre plateforme ne peut se targuer de posséder une telle densité de journalistes de haut niveau, mais les critiques ne font que de mettre en avant les vilains petits canards. Avec la même mauvaise foi, on peut pointer du doigt les plus mauvais éléments des concurrents d’ESPN. TNT a bien dans ses rangs Charles Barkley et Chris Weber ou Bleacher Report Ric Bucher.

Les classements de la colère

Avant de conclure ce papier, je suis obligé de revenir sur ce classement qui a tant fait couler d’encre. Une nouvelle fois, ce déchaînement  de passion est le résultat de la superpuissance d’ESPN. Quand ESPN fait des prédictions tout le monde réagit et surtout – la spécialité à l’âge des réseaux sociaux – critique.

Pour ce qui est du classement en lui-même, je le trouve hyper cohérent. Sans spoiler mes prédictions pour les playoffs – que vous aurez la chance (si si vraiment) de les entendre dans un prochain podcast – elles ressemblent beaucoup à celles d’ESPN. En ai-je honte ? Pas du tout. En suis-je conforté dans mes positions ? Non plus.

La saison n’a pas encore commencé. Toute critique de prédictions n’a pas grand intérêt, à moins que certains connaissent déjà les classements finaux. La chaîne n’a jamais affirmé détenir les résultats. Mais le bashing n’en tarit pas …

Pour conclure (il ne me reste plus beaucoup de mots), je m’amuse à remarquer que les premiers critiques des classements d’ESPN sont les supporters d’équipes dites «flouées» (je suspecte un manque d’objectivité mais ne nous avançons pas). La palme d’or revient à la fan base des Mavericks, celle qui s’est sans doute la plus offusquée du classement d’ESPN. A les entendre, les playoffs sont assurés. Je commence donc à croire qu’un paragraphe du CBA, donc j’ignorais l’existence, stipule que les Mavs sont automatiquement qualifiés pour les playoffs. C’est ma seule explication rationnelle quant à l’assurance de fans d’une franchise dont la superstar a 38 ans, l’effectif constitué de joueurs injury prone, la rotation à l’intérieur inexistante et dont la seconde option offensive se nomme Harrison Barnes. J’ai personnellement trouvé ESPN gentil avec cette prédiction.

Mince. Voilà que je critique aussi ESPN…