Lorsque la draft 2013 passe à la caisse : Episode 3 Rudy Gobert, joueur français le mieux payé de l’histoire ?

Troisième et dernière partie de notre série sur la draft 2013. Comme nous l’avons vu précédemment les joueurs de la cuvée 2013 sont, depuis le premier juillet, éligibles à une extension de leur contrat rookie. Ces extensions peuvent être signées jusqu’au 31 octobre ; les deux parties peuvent également attendre l’été prochain pour se mettre d’accord.

Cette série d’articles a pour but d’estimer les contrats que ces joueurs peuvent espérer toucher. Bien sûr plusieurs facteurs entrent en jeu : la valeur du joueur, son importance au sein de l’effectif, le niveau des free agent à ce poste déterminant sa valeur sur le marché … et c’est pourquoi nous avons décidé de faire, dans la mesure du possible, une étude au cas par cas.

Rappelons enfin les contrats maximums que ces joueurs peuvent signer :

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* si le joueur accepte une offre d’une équipe différente lors de la free agency 2017

Note : le cas de Gorgui Dieng (#21) a été abordé dans l’article précédent, en même temps que son coéquipier Shabazz Muhammad. 

#20 Tony Snell

Voilà un joueur qui a manqué le coche. Drafté puis mis en couveuse derrière Luol Deng et Mike Dunleavy Jr tout avait été mis en oeuvre pour que Tony Snell grandisse et devienne un poste 3 solide. Les Bulls pensaient tenir leur « 3&D » idéal pour entourer Derrick Rose puis Jimmy Butler. On pensait que Snell exploserait l’an passé lorsque Dunleavy a eu des problèmes de dos qui l’ont tenu écarté des parquets pendant 50 matchs mais ce ne fut pas le cas. Pire, Snell a terminé la saison derrière Justin Holiday dans la rotation de Fred Hoiberg. Si son profil et son adresse extérieure (36% derrière l’arc) devraient théoriquement faire du bien à des Bulls qui ont pris le pari de construire un effectif sans spacing l’arrivée de Dwayne Wade et la montée en puissance de Doug McDermott semblent avoir scellé son sort.

Il est difficile d’envisager un scénario dans lequel le joueur prolonge dans l’Illinois. Les Bulls auraient tout intérêt à le laisser tester le marché pour évaluer sa valeur. À l’image de Ben McLemore ou encore Michael Carter-Williams un changement d’air devrait lui faire le plus grand bien.

Mason Plumlee victime de l’été des Blazers ?

Alors que tout le monde pensait que les Blazers squatteraient les bas fonds de la conférence Ouest après avoir perdu 4 titulaires lors de l’été 2015 Portland a surpris tout le monde en accrochant les playoffs. Résultat la valeur des joueurs a explosé et Neil Oshley a dû sortir le carnet de chèque pour contenter (presque) tout le monde. Après avoir vu ses coéquipiers (et son frère, Miles) capitaliser sur leur très bon exercice 2014-2015 Mason Plumlee sera t-il le suivant ?

Titulaire l’an passé au poste 5 Plumlee a fait admiré sa très bonne qualité de passe pour son poste. Avec Ezeli, Leonard et Ed Davis les Blazers disposent de 3 autres pivots capables d’apporter dans des registres différents et malheureusement pour Plumlee la protection du cercle d’Ezeli, les qualités de finisseur et de rebondeur de Davis et l’adresse extérieure de Leonard pourraient prendre le dessus sur ses talents de playmaker. Les Blazers n’ont plus de marge financière et si les genoux d’Ezeli tiennent on voit mal les Blazers faire une offre à Plumlee.

Sauf blessure Plumlee aura du mal à atteindre les 25 minutes de temps de jeu et cela devrait faire baisser sa valeur. De la même manière ses carences près du cercle (shoote à 33 % dans la raquette – hors de la « restricted area ») ou à mi distance (32 % dans cet exercice) et son incapacité à protéger le cercle ne joueront pas en sa faveur. Ayant vu son frère Miles Plumlee toucher un contrat de 50 millions sur 4 ans on peut penser que Mason visera davantage, sans doute une offre autour des 16 millions par saison mais le seul moyen pour lui de l’obtenir est de tester le marché l’été prochain.

#23 Solomon Hill n’est plus éligible après la décision (très contestable) de Larry Bird de ne pas activer son option. Il a signé avec les Pélicans pour 48 millions sur 4 saisons.

#24 Tim Hardaway Jr

Année décisive pour Hardaway Jr qui devrait avoir plus de temps de jeu cette saison. Atlanta croit en lui, suffisamment pour échanger son premier tour de draft pour le récupérer, et on a pu le voir intégrer doucement mais sûrement la rotation. Budenholzer attend mieux de son joueur, que ce soit au niveau de son implication défensive ou de son adresse extérieure (33 % à 3 pts). Des progrès dans ces deux domaines devraient lui permettre de recevoir une offre solide l’été prochain, sans doute entre 8 et 10 millions de dollars par saison. Si ce n’est pas le cas la draft de Taurean Prince pourrait pousser l’ancien new-yorkais vers la sortie.

#25 Reggie Bullock

Comme nous l’avons vu dans notre première partie, la priorité des Pistons sera clairement de resigner Kentavious Caldwell-Pope. Ceci étant dit les Pistons ont besoin d’un backup à l’arrière et si Bullock a eu besoin d’attendre le mois de février pour intégrer la rotation son adresse extérieure a illuminé le Palace d’Auburn Hills (48,8 % à 3 pts après le All Star Game !). Maintenir cette adresse sur 82 matchs semble improbable, surtout pour un joueur connu pour son irrégularité chronique. Si Bullock parvient à gagner son duel à distance face à Darrun Hilliard et à s’installer dans la rotation grâce à son adresse extérieure il devrait recevoir des offres supérieures à 5 millions par saison l’été prochain. En attendant il est (très) difficile d’envisager que les Pistons lui proposent autant d’argent. Même si le contexte est différent il sera intéressant de voir la différence de contrat entre Bullock et Hardaway Jr.

#26 Andre Roberson

Si le Thunder avait un vrai déficit à l’aile du temps de Kevin Durant cela ne s’est clairement pas arrangé après son départ ! Avec l’arrivée de Victor Oladipo et les départs de Durant et de Dion Waiters la titularisation de Roberson au poste 3 semble évidente. Néanmoins Billy Donovan avait trouvé la bonne formule l’an passé en l’utilisant comme un intérieur (poseur d’écran sur pick&roll, utilisation importante de la ligne de fond). Focalisé sur le duo Westbrook-Durant et obligé de respecter l’adresse extérieure de Serge Ibaka les défenses ont très souvent oublié Roberson, de quoi lui permettre d’être enfin un danger en attaque. Le salaire moyen d’un ailier titulaire tourne autour de 13 à 16 millions de dollars par saison, néanmoins Presti et le Thunder n’ont jamais vu Roberson comme un titulaire en puissance. De la même manière Presti cherchera à prolonger Adams et Oladipo en priorité, quitte à perdre Roberson l’été prochain.

Rudy Gobert mieux payé que Nicolas Batum ?

Dans l’anonymat général le General Manager du Jazz, Dennis Lindsey, est en train de se faire un nom. Même si les négociations entre Gobert et le Jazz ont débuté très tôt et qu’elles ont été interrompues par les Jeux Olympiques de Rio (dans lequel le pivot français n’a pas brillé) il est peu probable de voir les deux camps signer une extension avant l’été prochain.

Sur le plan financier Gobert devrait demander un contrat maximum de 138 millions de dollars sur 5 ans. Agé de 24 ans le français fait déjà partie de la crème de la crème des pivots défensifs. Mobile sur pick&roll, l’intérieur fait également parler son envergure pour être le meilleur « rim protector » de la ligue et un candidat très crédible pour le titre de meilleur défenseur. Doté d’un impact évident après le transfert d’Enes Kanter en 2014 l’importance du français s’est encore vu l’an passé, jugez plutôt : 7 victoires pour 14 défaites, c’est le bilan du Jazz pendant l’absence du français. Un véritable trou d’air qui a sans doute couté une qualification en playoffs à la franchise mormone.

Si on a pu constater son absence de progrès offensifs pendant l’exercice 2014-2015 et pendant les JO il ne fait aucun doute que « Gobzilla » devrait devenir le joueur français le mieux payé de l’histoire (et donc dépasser Nicolas Batum qui a signé pour 120 millions sur 5 ans cet été).

Plusieurs interrogations demeurent : va t-on vers un scénario comparable à celui de McCollum et Giannis Antetokounmpo ? La franchise va t-elle chercher à s’entendre sur un montant précis plutôt que sur un pourcentage du salary cap ? Gobert va t-il faire le forcing pour obtenir une « player option » ? Quid des négociations entre Gordon Hayward, Derrick Favors et le Jazz ?

Très attendu après un superbe recrutement cet été la saison du Jazz aura également de nombreuses conséquences sur les futures négocations entre la franchise et ses meilleurs joueurs.

#29 Archie Goodwin

Après Ben McLemore, Michael Carter-Williams ou encore Tony Snell voilà un autre joueur qui doit changer d’air pour lancer sa carrière NBA. En l’état la situation se présente mal pour Goodwin. Tout d’abord il sort d’une saison complètement ratée où il faisait partie des pires arrières tout en remportant le titre officieux de pire défenseur à son poste. Ensuite il a vu arrivé en Devin Booker un prodige de 18 ans évoluant sur le même poste. Enfin entre Bledsoe, Booker et Knight la rotation à l’arrière des Suns est complètement blindée et même si la franchise croit encore en lui il n’aura pas assez de temps de jeu pour montrer ses qualités.

La franchise de l’Arizona n’a aucun intérêt à lui faire une offre. Sauf énorme surprise (ou blessure pendant la saison qui lui permette d’intégrer la rotation) il devrait faire ses valises l’an prochain

#30 Nemanja Nedovic évolue en Europe depuis deux saisons après avoir été coupé par les Warriors.

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Avant de conclure notre série sur le premier tour de la cuvée 2013 il nous faut rappeler que ces extensions sont souvent inférieure à la valeur du joueur sur le marché. La raison est simple : ces jeunes adultes signent le premier gros contrat de leur carrière et privilégient la sécurité (notamment via la durée des contrats) plutôt que de se battre pour obtenir le meilleur contrat possible ; à l’image des contrats signés par CJ McCollum et Giannis Antetokounmpo. Si il y aura moins d’argent sur le marché l’été prochain que prévu (l’augmentation du cap à été revue à la baisse – de 108 à 102 millions selon les dernières estimations) les joueurs ont vu leur coéquipiers ou adversaires toucher le gros lot ce qui jouera dans les futures négociations (notamment en prenant comme modèle certains contrats signés cet été).

Par ailleurs il faudra suivre attentivement le nombre d’options joueurs qui seront donnés. Une « clause » qui gagne en importance pour les jeunes joueurs puisque cela leur permet de retester le marché plus rapidement. Si les franchises pourraient les utiliser pour faire baisser certaines prétentions contractuelles ce sont surtout les agents des joueurs qui vont faire pression pour les obtenir. La flexibilité si souvent recherchée par les franchises NBA et au moins aussi importante pour la gestion de la carrière des joueurs et ceux-ci commencent à s’en rendre compte.

Enfin selon les dernières rumeurs les propriétaires et l’association des joueurs sont sur la bonne voie pour ratifier une nouvelle convention collective. Contrairement à 2011 la santé de la NBA est telle que les deux partis n’ont aucun intérêt à faire durer le bras de fer.