Dossier: Draft faible ou mauvais GM ?

C’est parti! Les « fauves » sont lâchés! Par « fauves » je veux bien sûr parler des « Generals Managers » (GM), scouts, coachs et surtout jeunes joueurs de basket qui à maintenant moins d’un mois de la Draft 2013 sont bien décidés à inscrire leur nom dans l’histoire pour le meilleur mais hélas aussi pour le pire. Quel joueur réussira à déjouer les pronostics des « mocks draft »? Quel GM passera pour un génie le soir de la draft…au risque de passer pour un idiot quelques mois ou années plus tard? À cette dernière question, la réponse pourrait être « personne » vu qu’ils pourront tous sortir leur carte joker : « draft faible ».

Après tout, ça n’aura échappé à personne que depuis déjà le début de la saison NCAA 2012-2013 et même bien avant, cette nouvelle cuvée de la draft est cataloguée partout comme décevante et qu’il ne faut rien attendre d’elle. En Février 2013, un GM (sous couvert d’anonymat bien sûr) déclarait déjà que cette année était « historiquement faible ». Mais avec eux (les GM), comme titrait déjà un article concernant la draft 2011 : « Draft is always weak » (La draft est toujours faible en bon français). Donc oui, vous avez bien lu, il y a 2 ans déjà, les jeunes joueurs qui se présentaient à la draft se faisaient déjà tailler en pièce. C’est simple, pour la plupart des gens, seul Kyrie Irving (qui d’ailleurs n’avait joué que 11 matchs avec Duke avant de se blesser et d’être forfait pour le reste de la saison) suscitait une once d’espoir.

La suite, on la connaît tous… De cette draft peuvent être ressortis par exemple un certain « manimal », recordman du nombre de rebonds en NCAA et dont on critiquait la taille et le fait qu’il jouait pour une petite fac ; un autre joueur issue d’une petite fac à la gueule d’ange et qui forme aujourd’hui l’un des meilleurs duos d’arrières au côté de Stephen Curry ; un géant Lituanien qui vient de disputer une encourageante première saison NBA et dont on se demandait s’il valait la peine qu’on attende un an avant de le voir venir ; un autre joueur issu d’une petite fac que les Spurs ont tout fait pour aller chercher à la 15ème place (fin de lottery donc) et qui est un membre précieux et actif de leur présent en attendant d’en être le futur. À tous ces joueurs, je pourrais rajouter le plus francophone des Monténégrins qui a explosé en double-double à Orlando cette année ou encore un « Butler » qui fait beaucoup plus que du simple boulot de majordome du côté de Chicago.

Alors, bien sûr certains pourraient répliquer en disant que oui ce sont de bons joueurs mais ce ne sont pas des superstars ou encore le fameux « game-changer ». Et justement, je pense que c’est là se trouve le principal problème, dans le culte de la superstar. À chaque fois que je lis que dans une draft X ou Y, il n y a pas de joueur qui peut changer une franchise, je ne peux m’empêcher de poser la question : mais qui est le dernier joueur à avoir changer à lui tout seul une franchise? La dernière fois que j’ai posé cette question, on m’a répondu : Blake Griffin. Alors à ce niveau là justement, il faudrait qu’on me redéfinisse ce que l’on entend par changer une franchise. Car s’il s’agit de changer l’image médiatique des Clippers, on peut dire que Blake l’a fait durant sa première saison à coups de dunks ici et là mais franchement, entre nous, cela aurait-il mené les Clippers quelque part? Alors bien évidemment, là où je serais parfaitement d’accord, c’est que ce changement d’image médiatique a certainement contribué à ce que la main divine de maître David Stern décide d’envoyer Chris Paul aux Clippers plutôt que chez la franchise chérie de la cité des anges et qui aura vraiment alors marqué un renouveau dans les performances des Clippers.

Dans un autre cas de figure, on pourrait me citer Kevin Durant. Il est vrai (au grand regret des fans des Supersonics) que « Durantula » drafté en 2007 écrit actuellement une page d’histoire du côté d’Oklahoma City. Mais, n’est-ce pas après avoir 2 années consécutives à hériter de bilans affreux et de « lottery picks » que les choses ont commencé à passer dans le positif? Un peu dans le même cas et pour revenir à la draft 2011 et Kyrie Irving, ses 2 premières années rookie n’ont pas retourné le bilan des Cavs qui d’ailleurs cette année vont encore avoir un « 1st pick ». Attention, loin de moi l’idée de nier que Kyrie Irving est très talentueux et est un promis à un brillant avenir (si les blessures l’épargnent) mais c’est juste pour la notion de « game-changer ». Alors bien sûr, on pourrait me dire qu’il est le seul joueur de la draft 2011 a avoir été au all-star game (oui il paraît que c’est important pour définir un grand joueur) mais je pourrais être cynique ou de mauvaise foi en demandant s’il y aurait été sans les blessures de Derrick Rose et de Rajon Rondo…

En fait, plutôt que de m’acharner sur le débat de la superstar, je voudrais surtout faire ressortir un autre élément commun que l’on peut retrouver chez Blake Griffin, Kevin Durant (ou encore Irving ou John Wall que certains annoncent en lutte pour les playoffs à l’Est la saison prochaine) : la construction d’une équipe. Si je ne me trompe pas, l’une des fonctions principales d’un GM est à mon humble avis celle là non? Alors, on pourrait avoir l’impression que j’enfonce une porte ouverte mais devant les incessantes répétitions que tel ou tel draft est faible parce qu’il n’y a pas de « game-changer », je me demande si la porte est si ouverte que ça (ou alors un peu trop). Le cas de Kevin Durant est vraiment très illustratif de ce processus. Vous ne le savez peut être pas tous, mais la draft 2008 était elle aussi décrite comme une draft qui ne valait pas vraiment la peine de considérer une fois les deux premiers picks (respectivement Derrick Rose et… Michael Beasley) passés. À la rigueur, pour les « spécialistes », OJ Mayo (choisis en 3ème position par Memphis) méritait quant même un peu de considération puisque après tout il avait été catalogué comme le meilleur lycéen depuis Lebron James. Pourtant, c’est dans cette draft que le staff d’OKC est parti sélectionner un certain Russell Westbrook en 4ème position, une position jugée trop haute à l’époque par certains (oui oui ce n’est pas une blague). Je ne vous listerai pas ici les autres joueurs de valeur issus de cette draft et qui continuent de progresser mais vous êtes invités à aller jeter un œil.

Quant à la draft 2009, ce n’est pas compliqué, pour ESPN, la sainte des saintes autoproclamées références sportives US, la seule chose importante dont on devait se souvenir le jour de cette draft, c’était la mort de Michael Jackson. Je vous assure, pour beaucoup, la draft 2009 était une honte pour le basket NBA. En fait, à part Blake Griffin (choisi par les Clippers en 1ère position), les autres joueurs étaient juste là parce qu’il fallait faire une draft. En fait, il y avait bien un autre joueur qui attirait un peu l’attention à part Blake, un meneur espagnol un peu chétif avec une super histoire médiatique comme les américains aiment. Mais après lui, c’est simple, circulez il n y a rien à voir. Et c’est là qu’entre encore en jeu la franchise d’Oklahoma qui s’en va sélectionner en 3e position… James Harden. Croyez moi sur parole, OKC essuyaient de nombreuses moqueries à l’époque (d’autant plus que la franchise venait de déménager). Après tout, ils avaient osé dans cette draft de la honte, laisser passer le supposé seul second joueur potable qu’était Ricky Rubio (Memphis ayant aussi fait pareil en sélectionnant plus tôt… Hasheem Thabeet). Ici encore, la suite de l’histoire on la connaît pour OKC et surtout pour James Harden. La mode de la barbe est passée de l’Oklahoma à Houston où l’on recommence à espérer que ce ne seront plus que les fusées qui y décolleront et ce cher James est un devenu aux yeux de cette même ESPN, le fameux « game-changer ». Au fait, de cette honteuse draft 2009 sont aussi sortis des joueurs tels que Stephen Curry, Ty Lawson, Jrue Holiday, Tyreke Evans, Jeff Teague, Brandon Jennings, etc. Alors là encore, certains répliqueront encore, ce ne sont pas des superstars, des « game changers ». Dans ce cas, le problème vient vraiment du référentiel.

À propos justement de référentiel, j’aimerais aborder sur ce qui semble être devenu la référence ultime en matière de draft afin de tailler les autres : la draft 2003. En effet, lorsque des aspirants-NBA trouvent un petit peu grâce aux yeux des « voyants », il est coutume de tenir des discours du style : cette fois-ci, c’est la classe la plus dense depuis celle de 2003. Parfois, je me demande si les personnes qui parlent de 2003 pour parler de classe dense et pour tailler les autres drafts ont vraiment jeter un œil dans le rétroviseur pour regarder cette draft de plus près. Alors, oui j’entends déjà certains crier au scandale et se demander si je suis aveugle pour pouvoir parler comme ça d’une draft qui nous a donné 4 des meilleurs joueurs de ces 10 dernières années en NBA. Et bien justement, c’est là mon problème, ou du moins c’est là où moi je perçois les choses différemment. Je ne m’étalerais par sur les 4 joueurs en question, d’autant plus que de ma modeste opinion, il y en a que 2 qui sont exceptionnels et difficiles à trouver, l’un d’eux étant un extra-terrestre d’une race très rare (même si ces dernières années, les médias ont eu tendance à le voir se réincarner dans tous les jeunes lycéens). Mais cela n’enlève bien sûr rien à leurs talents et toutes les distinctions individuelles qu’ils ont pu obtenir et qu’ils continueront certainement d’avoir. Maintenant si l’on regarde à part ces « 4 as » de la dite riche classe de 2003, qui reste-il? Si des all-stars comme Chris Kaman (6ème choix), David West (18ème choix), Josh Howard et Mo Williams (47ème choix) vous sont largement supérieurs aux joueurs issus de ces nombreuses draft dîtes de la honte qui ont suivi, alors dans ce cas là vous avez effectivement le droit de dire que la draft de cette année est faible. Personnellement, moi une draft avec que 4 joueurs pour lesquels il faut se battre (pour qu’il y en ait que 3 mis ensemble qui changent le nombre de trophées d’une franchise depuis 2006) et ensuite un manque de profondeur, je ne sais pas trop quoi en penser.

Comme je l’ai dit en début d’article, je pense que toutes les drafts souffrent du culte de la superstar qui est pourtant en lui-même une « petite » idiotie puisque ces mêmes personnes qui rêvent de superstars qui portent une équipe sur leur dos et les emmène au sommet vous disent que le basket est un sport collectif. Lorsque ce cher extra-terrestre de Lebron James faisait des miracles avec Cleveland mais ne gagnait pas, on pointait du doigt le fait qu’il était mal entouré. Justement, mal entouré, c’est ce qu’était Kevin Durant lorsqu’il a débarqué dans une franchise en pleine reconstruction mais qui a su aller choisir dans des « draft » dîtes faibles , des joueurs dits faibles qui ont su convenir à un système et des plans élaborés par des GM et scouts qui eux étaient dits fous. Alors oui, OKC n’a encore rien gagné mais, je connais peu de franchises qui n’aimeraient pas être à leur place. Personne d’entre nous n’a une boule de cristal pour savoir si tel joueur sera immédiatement le super scoreur que tout le monde aimerait voir (au risque que ce dernier score pour rien mais bon visiblement pour beaucoup, c’est ça un franchise player), ou encore un franchise player en construction et qui prendra tout son essor à la suite de travail et dans un système bien établi pour que ses performances et celles de ses coéquipiers soient mises en valeur (Paul George?). Je ne m’étalerai même pas sur la draft 2012 qui pour certains ne contiendrait que Damian Lillard (joueur prévu faible) comme joueur valable et donne rendez-vous dans 3 ans pour en reparler…

Alors, si vous avez une boule de cristal et pensez comme les GM dont c’est le métier et les nombreux scouts qui je le sais ont largement plus d’expertise que moi (là dessus je m’incline de suite) et qui chaque année décrivent les drafts faibles avant de retourner leur veste plus tard, autant arrêter tout de suite de courir après les mocks et d’espérer pour la NBA car la « draft est toujours faible » (2014?; vous verrez qu’ils trouveront quelque chose à critiquer). Après tout, assurer ses arrières en cultivant le pessimisme permanent et ne pas vouloir prendre de risques ni la peine de construire intelligemment est tellement plus fort…

(Article écrit par Blueprinty)

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