Des Grizzlies affreusement moyens

La saison vient juste de démarrer. Ainsi, écrire un article sur une franchise, pour en dire du bien comme du mal, c’est prendre le risque de tomber dans l’interprétation exagérée de l’instant, voire d’être qualifié de « réac ». Pourtant, et rien de ce qui s’est passé récemment semble changer cette impression, il faut l’avouer: les Grizzlies de Memphis sont lessivés. De toutes les équipes NBA (exceptés peut-être les Nets), c’est la plus déprimante et celle qui a la destinée la plus tracée (un tour de playoffs et puis s’en va).  Bien plus qu’une réaction exagérée à un début de saison compliqué, c’est un véritable constat.

Le mythe de l’équipe playoffable moyenne

On le dit, on le redit, on le martèle: il n’y a rien de pire que d’être moyen en NBA. Les Grizzlies ne sont pas moyens, ils sont plutôt bons mais ils se retrouvent dans la même situation que ces équipes moyennes: ils stagnent. Les joueurs du Tennessee connaissent les playoffs depuis cinq ans, avec même une Finale de Conférence en 2013. Seulement derrière ce palmarès illisible se dresse une réalité bien établie: les Grizzlies n’ont jamais été près du titre. En 2013, ils ont reçu une fessée de la part des Spurs (4 victoires à 0). Les autres années, ils sont toujours tombés contre des adversaires. C’est aussi simple. Alors oui, on me dira qu’une équipe qui arrive en playoffs, encore plus en demi-finale de Conférence, et davantage en Finale de Conférence peut gagner le titre. C’est vrai sur le papier. Pas dans les faits.

Ainsi depuis cinq ans, Memphis erre dans la Conférence Ouest. Bonne équipe capable de passer un tour de playoffs, voire deux quand leurs adversaires subissent des pertes cataclysmiques, mais jamais assez forte pour espérer plus. Et ce n’est pas prêt de changer.

Dans une Conférence Ouest où quelques pôles (San Antonio, Los Angeles) phagocytent tous les talents, les Grizzlies se retrouvent une fois de plus dans l’inconfortable siège de l’équipe moyenne. Cette année, c’est encore plus criant. Ils sont très clairement derrière les cinq superpuissances (Spurs, Thunder, Clippers, Rockets, Warriors) mais devant la plèbe de l’Ouest. Fort à parier qu’ils finiront sixième (ou peut-être septième), joueront encore les playoffs pour encore échouer. La triste routine se poursuit inlassablement.

Entre manque d’ambition et peur du vide

Cette situation précaire, que veut éviter toute franchise, beaucoup d’équipes l’ont déjà connu. Les réactions sont souvent les mêmes: on vire le coach (Memphis l’a déjà fait), on tente d’attirer une superstar ou on casse tout.

Memphis a décidé de conserver son effectif tel les Hawks d’il y a quelques années. Le parallèle avec cette équipe est d’ailleurs troublant. Deux équipes qui ont connu les playoffs pendant plusieurs saisons consécutives, avec quelques coups d’éclats, mais qui tombent toujours sûr plus forts. Très vite, on a moqué les Hawks comme équipe moyenne qui va participer en playoffs pour se faire dézinguer. Les Grizzlies sont dans le même cas, mais ils ne subissent pas encore les moqueries (l’absence d’un contrat toxique à la Joe Johnson en est sans doute la raison). Dans les deux cas, les franchises n’ont pas cherché à attirer des superstars (le peuvent-elles ?). A la place on préfère bricoler avec des vétérans inefficaces (type Matt Barrnes), des éternels talents qui ne payent pas (Jeff Green). On espère que les joueurs piliers de l’équipe, certes bons voire très bons, se métamorphosent tout à coup en superstar. Des joueurs qu’on resignent (comme Marc Gascol cet été), c’est une évidence. Il faut laisser aux fans l’illusion que le titre est accessible, alors qu’il ne l’est pas.  Dans les deux cas, on ne fait pas confiance aux jeunes qui pourraient mettre à mal la maîtresse stabilité.

Le parallèle n’est néanmoins pas total. Si les Hawks restent la référence de l’équipe moyenne dans tout ce qu’il y a de plus déprimant, les Grizzlies eux subissent de plein fouet l’affolant niveau de Conférence Ouest. Sur le papier, comme dit plus haut, ils sont loin d’être moyens. Marc Gasol est parmi les meilleurs pivots NBA, Zach Randolph et Mike Conley deux joueurs très solides. Seulement ce n’est pas assez. Plus assez dans cette Conférence Ouest. Pourtant, les Grizzlies campent sur leur position (comme celle qui veut, on ne sait pourquoi, qu’ils refusent la prise de pouvoir du shoot longue distance).

Reste une dernière solution: la reconstruction. Pour des franchises qui prônent la stabilité, c’est forcément inconcevable. Une reconstruction c’est long et ça ne réussi pas forcément. C’est vrai, mais le système NBA, comme toutes les grandes ligues américaines, est fait pour favoriser les riches (les meilleurs) et les pauvres (les moins bons). Tout ce qui se trouve au milieu est abandonné et actuellement, les Grizzlies sont perdus dans les limbes.

5 Comments

  • Retired_B_Roy7_971

    En tant que fan des Grizz je trouve que le constat est assez dur même s'il y a une part de vérité dans tes arguments!

    Condamné à être dans le haut ventre mou ou dans le bas des contenders c'est peut-être le cas mais avons nous réellement le choix?

    D'abord, Memphis est un petit marché avec de petits moyens. La nba est avant tout un business et pour qu'un petit marché soit rentable au maximum, il faut qu'il soit compétitif. C'est dans ce sens que le FO tente d'améliorer l'effectif par petites doses plutôt que tout cassé comme Philly (qui est un gros marché). Tous les petits marchés n'ont pas la chance de tomber sur un LBJ, Anthony Davis, KD ou Duncan qui sont de vrais franchise changers. Le FO a eu des hauts choix de drafts par le passé les a très mal géré d'ailleurs Conley est le seul joueur des années 2000 drafté par la franchise à toujours être dans le roster.

    Depuis l'éviction d'Hollins remplacé par Joerger et la prise en fonction d'Hollinger dans les opérations baskets, Memphis s'est mis sérieusement à l'analytics et a changé sa politique à la draft. C'est la première fois depuis bien longtemps qu'il y a 4 joueurs Rookies ou Sophomores dans l'effectifs (Smith, Adams, Stokes, Martin). Ca prend du temps mais on ne peut pas dire que depuis 3 ans maintenant la franchise ne prend aucun risque pour s'améliorer. Je me rappelle qu'il y a 2 ans 3/4 des gens voulaient voir Jeff Green à Memphis en 3.

    La nba reste une ligue à 2 vitesses comme tu le dis et certaines franchises bénéficieront toujours du système alors que d'autres devront faire preuve d'ingéniosité et n'auront pas le droit à l'erreur pour espérer remporter le titre! En tout cas même s'il n'y a pour l'instant pas de titres en vue, Memphis aura marqué les années 2010 par son style rugueux et elle est respectée par la plupart des observateurs. N'oublions pas qu'il n'y a qu'un titre par ans et que la question finira par s'étendre à OKC, Houston et LAC si ceux-ci ne gagnent pas!

  • Je savais que cette article allait hérisser les poils des fans des Grizzlies.

    Je vais rebondir sur la fin de ton commentaire pour expliquer ma position.

    Ce que je reproche (si j'ai le droit de reprocher quelque chose à une équipe NBA, c'est un autre débat) aux Grizz c'est une sorte d'acceptation de leur sort.

    – OKC, petit marché, s'est appuyé merveilleusement sur la draft pour devenir la machine de guerre qu'elle est actuellement.
    – Houson, avec à sa tête Daryl Morey, a mis en place une stratégie de trade hyper aggresive pour revenir au sommet.
    – Les Clippers, losers par excellence, eux ont tout misés sur la Free agency pour devenir un des favoris pour le titre.

    Dans ces trois cas, on s'est appuyé sur une politique claire pour passer le cap et devenir un véritable contender (attention, je ne dis pas qu'on ne peut pas mixer les trois politiques).

    J'en viens à Memphis. Où est ce que la franchise va ? Nul part. On ne peut pas forcément miser sur la Free Agency (même si un petit marché peut s'illustrer dans ce domaine). Mais aucune politique de trade ni de draft n'est mise en place. On accepte en quelque sorte d'être moyen. On fait quelques retouches mais, toi, moi, tout le monde, on le sait: ça ne sera jamais suffisant.

    C'est pour ça que je me suis permis de leur faire un procès que je ne ferais pas aux Clippers, Thunder ou Rockets. Eux, c'est plus la stratégie qui peut être remise en question. A Memphis, c'est l'absence de cap qui est regrettable.

  • AlanG

    Memphis a du mal a sortir le chèque, et cela car le peu de fois où ils l'ont fait, les Grizzlies se sont plantés (Gay, P.Gasol a terme…). La Draft ils se sont plantés (Thabeet alors qu'il aurait pu prendre Harden ou Curry en 2009 ; Mayo alors qu'il avait encore Westbrook et Love).
    Bref comme tu le dis Benjamin, ils sont moyens, et en plus ils sont pas très sympas à voir jouer

  • Retired_B_Roy7_971

    Je comprends mieux!

    En tout cas saches que les choses sont en train de changer en interne et avec l'augmentation du cap, la franchise pourra prendre plus de risque. Elle vient de resigner le meilleur pivot de la ligue d'après les GM c'est déjà un bon début. C'est la 1ère fois qu'un FA de ce calibre reste à Memphis. La gestion du précédent FO était calamiteuse et on se retrouve à devoir bricoler pour rester compétitif jusqu'à ce que la flexibilité revienne et que les hommes qui nous ont remis sur la carte (Z-bo et Allen) lèguent leurs héritages.

    Il y a beaucoup de joueurs en fin de contrats et d'ici 2-3 ans je peux t'assurer qu'on y verra plus clair dans un sens ou dans l'autre. Depuis qu'Hollinger est venue aux opérations baskets on s'améliore de saison en saison alors qu'on a très peu de marge. Un peu comme les fans de philly je "Trust le process"!

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