Deron Williams, la dernière chance

 

Il est loin le temps où Deron Williams était considéré comme l’un ( le ? ) des meilleurs meneurs de la ligue, voire un MVP potentiel. Au sortir de deux années new-yorkaises amorçant une déchéance progressive de ses performances, D-Will s’est vu offrir un contrat par les Dallas Mavericks. Serait-ce là la dernière opportunité de retrouver le niveau qui eut été le sien ?

Un joueur fantastique…

CP3 ou D-Will ? D-Will ou CP3 ? Il y a quelques années de cela, c’était bien ces deux joueurs qui se disputaient le titre honorifique et officieux de meilleur meneur de la grande ligue ( l’un peut encore se targuer d’y figurer, devinez lequel ). Et la présence de Deron Williams dans ce débat là n’avait rien d’illégitime. En effet, le meneur a marqué le Jazz lors de son passage de 2005 à 2011, tantôt positivement, tantôt négativement.

D-Will, c’est d’abord un meneur doté d’une panoplie offensive bien fournie. Sa vision du jeu lui permet de faire des cartons de passes décisives ( record : 21 ) tandis que son shoot extérieur fiable le rend menaçant derrière l’arc ou à mi-distance. Mais, ce qui le différencie, c’est sa capacité à porter son équipe et à assumer un rôle de franchise player. En effet, même si il n’est pas un leader né, le meneur peut se créer son propre tir grâce à des dribbles efficaces. C’est pourquoi l’ancien joueur d’Utah y était adulé même si il n’y a pas gagné de titre.

Par ailleurs, D-Will a tout de même de belles lignes sur son CV. En effet, on parle ici d’un joueur trois fois All-Star, deux fois membre de la All-NBA Second Team et double champion olympique avec Team USA. Des faits d’armes intéressant, des qualités reconnues, une marge de progression pour lui et l’équipe, l’âge d’or de Deron Williams est pourtant désormais révolu.

…qui n’est plus que l’ombre de lui même

18-14-13. Les moyennes de points de D-Will à Brooklyn illustrent bien la baisse chronique de ses performances. Mais là où le bât blesse véritablement, c’est en playoffs. En effet, le meneur y est de plus en plus transparent, comme réifié par rapport aux années précédentes. Cette saison, malgré un bon passage, il a ensuite erré sur la parquet en ayant une adresse catastrophique tant la confiance lui faisait défaut. Cela a suffit à le faire bencher  à plusieurs reprises, au profit d’un Jarett Jack bien plus efficace.

Celui-ci a en effet marqué les esprits cette saison à coups de buzzers beater et d’actions décisives. Le back-up de Deron Williams s’est donc révélé comme un nouveau leader dans les moments importants. Avec 12 points et 5 assists en moins de 30 minutes, son apport est tel que Lionel Hollins pouvait se permettre de se passer de son meneur titulaire.

Comme si cela ne suffisait pas, Deron Williams connaît depuis son arrivée à Brooklyn une succession de petites blessures, certes plutôt bénignes, mais qui coupent le rythme et permettent à Jarett Jack de monter en puissance. Cheville, côte, mollet, tout y est passé. Il est ainsi rare que que le meneur titulaire dispute des rencontres dans une forme optimale.

On ne peut pas parler de Deron Williams sans évoquer ses relations pour le moins tumultueuses avec les différents coachs pour qui il a joué. En premier lieu, son conflit avec Jerry Sloan a ruiné sa popularité, notamment dans l’Utah. En effet, dégouté par son meneur, le coach pourtant respecté pour sa fidélité exemplaire et son travail de qualité décide de démissionner, ce qui marque la fin de sa carrière. D-Will est donc au moins en partie responsable du départ du 3ème coach le plus victorieux en NBA.

Autre exemple plus récent, Lionel Hollins. Les deux hommes en seraient même venu aux mains cette année. Conséquence presque immédiate, les Nets préfèrent couper Deron Williams dès la fin de saison pour la modique somme de 25 millions de dollars. Cela est pourtant rarissime pour un joueur de ce calibre, ce qui confirme le statut d’indésirable de D-Will à Brooklyn.

Deron Williams présente donc tout les symptômes d’un joueur en perdition à savoir manque de confiance, performances en berne et pépins physiques.

Un nouveau départ

Malgré ces incertitudes, le natif de Parkersburg n’a pas attendu longtemps avant de trouver un nouveau défi. Un défi de taille puisque le meneur va intégrer la franchise de Mark Cuban, les Dallas Mavericks dont l’ambition, bien que difficilement atteignable, ne sera rien de moins que le titre.

Chamboulée durant l’intersaison, l’équipe a fait peau neuve, si bien que le 5 majeur devrait être constitué de 3 nouvelles têtes que sont Javale Mcgee ou Zaza Pachulia, Wesley Matthews et donc Deron Williams. Ces arrivées compensent les départs de l’indésirable Rajon Rondo, Monta Ellis et Tyson Chandler. Si l’on ajoute Chandler Parsons, Dirk Nowitzki, JJ Barea, Devin Harris, Raymond Felton, le roster a fière allure. Mais on ne peut s’empêcher de penser que DeAndre Jordan, qui a failli rallier le Texas, était peut être le chaînon manquant pour triompher de le terrible conférence Ouest. Cet imbroglio laisse un arrière-goût d’inachevé à l’intersaison des Mavs.

Cependant, les mouvements dans l’effectif semblent positif pour Deron Williams. En clair, il aurait été difficile d’associer le meneur à Monta Ellis du fait que les deux joueurs ont besoin d’avoir la balle et aiment percer la défense.  Au contraire, Wesley Matthews est plus axé sur le tir extérieur, même si il devient de plus en plus polyvalent. Ainsi, l’arrière n’a pas la propension de son prédécesseur à garder la gonfle et, élément important, sa grande qualité de shoot permet d’étirer les défenses et de libérer des espaces. Espaces que pourra exploiter Deron Williams, excellent lorsqu’il s’agit de prendre des intervalles.

De plus, il a souvent été reproché à D-Will de ne pas être décisif et de ne pas prendre ses responsabilités. Wesley Matthews mais surtout Dirk Nowitzki sont capables de rentrer des gros tirs. Le meneur ne sera donc pas obligé de faire la différence tout seul mais pourra au contraire se reposer sur des coéquipiers. Dallas possède donc un roster équilibré, relativement adapté au transfuge de Brooklyn, mais sûrement un peu juste pour jouer les tout premiers rôles à l’Ouest. En somme, un beau défi sans trop de pression. Ce ne sont pourtant pas les seules aménités qu’a Dallas pour sa nouvelle recrue…

Une atmosphère apaisée

La franchise texane a en effet un autre atout essentiel : la pression médiatique y est beaucoup moins forte qu’à NY. Etant donné que Deron Williams est décrit comme très sensible aux critiques par son ex-coéquipier Paul Pierce, cela ne peut être que positif. Plus libéré, D-Will pourra sans doute se rapprocher plus facilement de son meilleur niveau.

Un problème inhérent au meneur reste sa relation avec ses coachs. Mais à Dallas, il arrive en terrain conquis comme l’atteste les déclarations de Rick Carlisle à son sujet lors de son arrivée :

 « Je suis un fan depuis très longtemps. Quand j’ai appris que ça se ferait, c’était comme si c’était trop beau pour être vrai ». 

Des déclarations encourageantes pour la recrue, qui sait qu’il pourra compter sur la confiance de son coach ( du moins pour l’instant… ). Malgré le fantasque propriétaire Mark Cuban,  D-Will débarque donc au sein d’une franchise qui est loin des tumultes de Brooklyn.

C’est donc une chance en or qu’à Deron Williams pour se relancer. Nouvelle saison, nouvelle équipe, nouveau coach, si D-Will ne retrouve pas son niveau All-Star à Dallas, une fin de carrière décevante au vu de son talent sera amorcée et il n’y aura guère qu’une poignée de nostalgiques pour avoir quelques réminiscences de ce qu’aura été Deron Williams. A lui de saisir cette chance…