Celtic Pride

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Dans une saison régulière longue de 82 matchs et pas toujours passionnante (surtout à l’Est), il y a parfois des moments que les fans n’oublieront jamais. En cette fin janvier 2013, les retours de Paul Pierce et de Kevin Garnett à Boston font partie de ceux là. De l’émotion, des souvenirs, et surtout un formidable hommage de la part du public bostonien qui n’a pas oublié les merveilleux moments auquel il a été témoin ces dernières années. Retour sur les Celtics version 2007-2013 qui ont redonné à l’une des franchises les plus mythiques du sport américain ses lettres de noblesse.

La construction d’une équipe mythique

Nous sommes à l’été 2007, et Boston vient de sortir de l’une des pires saisons de son histoire. 24 victoires pour 58 défaites, c’est indigne d’une franchise comme les Celtics qui a tutoyé l’excellence pendant tant d’années. Paul Pierce, le héros local, est perdu. The Truth voit la vérité en face, il n’a aucune chance de gagner quelque chose avec l’effectif en place, surtout quand la loterie NBA enfonce encore un peu plus les Celtics, qui ne reçoivent que le 5è choix de la draft alors qu’ils ont terminé la saison avec le second plus mauvais bilan de la NBA. Impossible désormais d’attraper un des deux grands espoirs universitaires, Greg Oden ou Kevin Durant. En clair, Boston semble définitivement dans une impasse.

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Et puis tout changea. En l’espace de deux mois, les Celtics vont se transformer. On ne le sait pas encore, mais Beantown est en passe de se remettre sur la carte NBA. Le soir de la draft, le General Manager Danny Ainge transfère son 5è choix Jeff Green, ainsi que Wally Szczerbiak et Delonte West à Seattle, contre Ray Allen et un second choix de draft qui sera utilisé pour drafter Glen Davis. L’arrivée d’une nouvelle star aux cotés de Paul Pierce redonne le sourire aux fans des Celtics, heureux de retrouver une équipe compétitive. Mais ils n’ont pas idée que le meilleur reste encore à venir.  A la fin du mois de juillet 2007, un tremblement de terre va secouer le monde de la NBA. Les Celtics et les Timberwolves viennent de trouver un accord sur un trade envoyant Ryan Gomes, Gerald Green, Al Jefferson, Theo Ratliff, Sebastian Telfair et des choix de premier tour de draft à Minnesota, contre le All Star et MVP 2004 Kevin Garnett.

Le Big Three venait d’être crée. Boston était de retour. Après des années de galère, de déceptions, le titre était de nouveau d’actualité pour la franchise possédant le plus de bannières de champion de tout le basket professionnnel nord-américain. Les Bostoniens pouvaient désormais arrêter de s’accrocher désespérément aux souvenirs de Bill Russell, Larry Bird, Kevin McHale et autres Robert Parish, pour se focaliser sur un présent qui s’annonce radieux.

Le bilan

En l’espace de 5 ans, cette équipe de Boston aura tutoyé les sommets de la NBA. Coaché par un vrai meneur d’hommes en la personne de Doc Rivers, les Celtics étaient devenus l’équipe référence de la ligue : un modèle de collectif, une défense énorme, une solidarité à toutes épreuves, une belle intégration des jeunes (Glen Davis, Rajon Rondo, Kendrick Perkins, Leon Powe), des roles players de qualité et d’expérience (PJ Brown, Eddie House, James Posey, Tony Allen), et surtout un cœur de champion.

Le bilan sportif des Celtics version Big Three parle de lui-même : de 2007 à 2012, Boston ira en Playoffs chaque année, tout en dominant souvent la saison régulière (66 victoires en 2007-2008, suivies respectivement de 62, 50, 56 et 39 victoires dans une saison raccourcie par un lock out). Durant ces cinq campagnes de Playoffs, la franchise atteindra les finales 2 fois (2008 et 2010), pour un titre de champion (2008). Boston aurait même pu aller en finale trois fois de suite si Kevin Garnett ne s’était pas blessé au genou pour toute la durée des Playoffs 2009. En 2010-2011, les Celtics atteindront les demi finales de conférence, puis les finales de conférence l’année d’après, sortis à chaque fois contre le Miami Heat. La série perdue 4-3 contre le futur champion NBA 2012 sera la dernière des 16 séries jouées par Boston sous l’ère du Big Three.

Le départ de Ray Allen à Miami durant l’été 2012 sonne comme un début de fin de cette formidable période pour Boston. Sans le meilleur shooteur à 3pts de l’histoire, les Celtics réaliseront une saison plutôt moyenne (41 victoires pour 40 défaites), et se feront éliminer par les New York Knicks (4-2) au premier tour des Playoffs. Ce seront les derniers moments sous la légendaire tunique verte pour Paul Pierce et Kevin Garnett. Ovationnés par le public lors du match 6, ils savent que s’en est probablement fini. Tout le monde s’en doute, que ce soit les fans, Doc Rivers, la mascotte des Celtics…Une page va se tourner, et un chapitre se terminer. Tout cela est confirmé lorsque Doc Rivers quitte Boston pour les Los Angeles Clippers le 3 juin 2013, suivi trois semaines plus tard par le transfert de Paul Pierce et de Kevin Garnett à Brooklyn.

Une fierté retrouvée

Outre un bilan sportif de très haute facture, ces Celtics là ont offert bien plus qu’un 17è titre à Boston. En l’espace de cinq ans, Beantown avait retrouvé une équipe de basket, son équipe de basket. Dans une ville où le sport tient une place hyper importante dans la culture locale, le basket était tombé un peu dans l’oubli. Alors que les Celtics étaient symboles de médiocrité au milieu des années 2000, les Red Sox (baseball MLB) et les Patriots (football américain NFL) étaient quand à eux symboles d’excellence.

Dans ce contexte là, difficile pour le basket bostonien de se faire une place. Mais dès 2007, on a vite compris que les Celtics n’ont jamais vraiment été oubliés. Une si longue histoire, une si grande tradition de victoires, 16 bannières de champion et 22 maillots retirés, tout cela ne s’efface pas, surtout pas à Boston. Le Celtic Pride (la fierté celtique) était de retour. Si il y’avait bien un public qui méritait une équipe de basket de qualité, c’était bien celui de Boston. De 2007 à 2013, les Bostoniens avaient retrouvé ce à quoi ils étaient habitués depuis tellement longtemps : des battants, des guerriers, des frères sur le parquet. L’identification à cette équipe s’était faite immédiatement et le public se reconnaissait dans son équipe.

Zimbio

Le match 6 des finales 2008 contre les Lakers sonnera comme la consécration ultime et le moment fort de cette génération. En ce soir du 17 juin, Boston avait à nouveau rendez vous avec l’histoire. Menant 3-2 dans la série, grâce notamment à un improbable comeback dans le match 4, les Celtics atomiseront littéralement leurs meilleurs ennemis et éternels rivaux dans l’ultime rencontre. Dans un match à sens unique, les verts l’emporteront 131-92, soit la plus grande marge de victoire dans un match des finales. Le rêve et les espoirs de l’été précédant étaient devenus réalité. Boston était à nouveau au sommet, sur le toit de la NBA, comme si souvent dans son histoire. Comme un symbole, c’est Paul Pierce, The Truth, qui est élu MVP des finales. Lui qui a tant galéré, lui qui a tout connu sous le maillot de la franchise qui l’a drafté, était devenu un champion, et par la même occasion une légende de plus dans la longue tradition bostonienne. Il avait lui-même déclaré que « si vous ne gagnez rien à Boston, c’est qu’il y a un problème ». Problème résolu. Kevin Garnett (élu par ailleurs joueur défensif de l’année) et Ray Allen remportent eux aussi leur premier titre, tout comme le coach Doc Rivers. Les fans peuvent être fiers de leurs protégés. A Boston, gagner est une nécessité, et les Celtics version Big Three ont accompli cela, 22 ans après Larry Bird et Cie.

Aujourd’hui, Boston est retombé dans les bas fonds de la conférence Est. Le Big Three est définitivement de l’histoire ancienne, mais cette équipe restera à jamais dans le cœur des Bostoniens, aux cotés des Celtics version Bill Russell et Larry Bird. Que l’on soit fan de Boston ou non, on ne peut s’empêcher de verser une petite larme quand on repense à cette équipe qui a redonné la fierté à toute une communauté au sang vert. Le basket à Boston, c’est définitivement autre chose. Ce n’est pas juste un sport, ce n’est pas juste un spectacle, NON, c’est une passion sans fin, une religion.

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