Cavaliers: de la défense, et vite!

La défense des Cavaliers est moyenne, pour ne pas dire plus. On le savait. Arrivés au stade des finales NBA à quelques matches du Graal, on pouvait espérer un sursaut des champions de la conférence est, déjà dominants de l’autre côté du terrain. Le match 1 des finales passés – et accessoirement 104 points concédés – les inquiétudes sont plus présentes que jamais. Pathétique en défense, Cleveland s’est lourdement incliné malgré des performances sans reliefs de Stephen Curry et Klay Thompson. Il va falloir se mettre à défendre, et vite !

La menace fantôme

La stratégie défensive des Cavaliers pendant ce match était claire: limiter l’impact de Stephen Curry et Klay Thompson. Tactique logique, les Splash Brothers ayant brillé sur la fin de série du tour précédent. Pour cela, les Cavs ont constamment doublé les deux artificiers en sortie d’écran ou de pick and roll. D’un point de vue comptable, l’opération a été couronné de succès puisque qu’ils ont compilé un laid 8/27 aux tirs. Dans le jeu en revanche, l’influence des deux joueurs a était primordiale, principalement au niveau du scoring où ils ont su manipuler la défense adverse. A trop vouloir contenir les éventuels assauts du duo d’arrière, la défense des Cavaliers a complètement occulté le danger potentiel de leurs coéquipiers. Si cette défense ciblée avait déjà montré des limites contre les Raptors, face aux Warriors – une bien meilleure attaque surtout au niveau du mouvement du ballon – elle a implosée. Pour battre les traps de Cleveland, les Warriors n’ont eu qu’à faire circuler le ballon.

Illustration sur cette action où Klay Thompson, balle en main, voit Ezeli poser un écran. Fidèle à leur tactique, les deux défenseurs (Kevin Love et JR Smith) sortent pour empêcher le shoot extérieur. Thompson a l’intelligence de passer la balle à Green, seul face au panier. A ce moment précis, l’attaque des Warriors est pratiquement sûre d’inscrire des points, le décalage étant fait. Pour éviter que Draymond Green shoote, LeBron monte vers lui mais laisse Kyrie Ivring seul face à deux adversaires. Kevin Love, qui court désespérément vers le ballon, est en retard et il suffit à Iguodala de poser un écran pour ouvrir le chemin du trois points Curry, malgré une bonne défense d’Irving.


Curry 3pts par dunkhebdo

Le choix tactique de Cleveland crée de facto des décalages. Kevin Durant et le Thunder avaient réussi à limiter l’attaque des champions en titre avec cette même tactique avant tout grâce à leur dimension athlétique et aux qualités de leurs défenseurs. Cleveland n’a pas cette dimension physique ni autant de défenseurs de qualité. Les Cavaliers sont obligés de souffrir.

Cependant, contrairement au premier exemple, durant le premier quart-temps, ce sont bien les coéquipiers des Splash Brothers qui se sont illustrés. Le principe est en revanche toujours le même. Les coéquipiers profitent l’angoisse des Cavaliers envers Curry et Thompson pour inscrire des points. Ces deux derniers prenant un malin plaisir à feinter la défense qui se perd dans d’innombrables changements sur les écrans.

Sur cette contre-attaque, J.R Smith (le fautif) et Kevin Love cherchent tous les deux à gêner la transmission entre Andre Iguodala et Klay Thompson, pour interdire un possible shoot à ce dernier. Ezeli n’a plus qu’à plonger dans la raquette pour dunker, parfaitement servi par son coéquipier.

Ezeli dunk par dunkhebdo

L’inquiétude pour la défense des hommes de Tyronn Lue c’est que les lacunes sont multiples et ne se limitent pas à la simple defense de Curry et Thompson. La plus marquante se situe au niveau de la communication en défense. Les Cavaliers ont laissé trop souvent des adversaires ouverts – notez le rapprochement des séquences vidéos qui ne couvrent que deux minutes de temps de jeu effectif – et ont été sanctionné. D’après la base de donnée statistique de NBA.com, 44.8% des tirs des Warriors cette nuit ont été pris avec aucun défenseur à moins de 1m20. Pire, presque 20% des shoots de Golden State durant le match 1 l’étaient avec aucun défenseur à moins de 1m80 ! Une telle quantité de shoots ouverts ou même grands ouverts – selon les définitions des statistiques NBA – explique les presque 50% de réussite des champions en titre sur ce premier match. Si LeBron James et ses hommes n’haussent pas le niveau en défense, aucune raison que la réussite des Warriors plonge.

Un nouvel espoir ?

Tyronn Lue a 72 heures pour trouver des solutions. Trois jours d’intenses réflexions mais quelle solution ?

Sa stratégie de base est sans doute la moins pire pour contenir la puissance offensive des Warriors. Ce qui manque au coach c’est bien le personnel pour la mettre en place efficacement. Il ne dispose pas d’un intérieur capable d’interdire l’accès au cercle. Les Warriors ont shooté à 57.5% de réussite à moins de 3 mètres au cours du match 1, contre moins de 44% pour les Cavaliers. Peut-être serait-il temps de refaire jouer Timofey Mozgov. Le géant russe a connu une rude campagne 2015/2016 mais pourrait être utile ici, de par sa taille et sa longueur, là où Tristan Thompson pêche clairement. La performance de Shaun Livingston, qui a intelligemment pilonné la défense des Cavaliers dans la raquette, et d’une grande partie du banc s’explique largement par cette absence de protection de raquette.

Rapidement, le problème Splash Brothers se reposera aussi, le meilleur duo de shooteurs de l’Histoire ne restera pas muer très longtemps. Ici, Lue pourrait tenter un pari et missionner LeBron James sur Stephen Curry. On a déjà vu les deux multiples MVP s’affronter directement sur le match 1 et LeBron James a clairement gêné le Warrior. Cette observation s’inscrit forcément dans le contexte d’une nuit difficile pour le meneur et mérite donc d’être tempérée mais doit être abordée. La dimension physique et la longueur de James généraient son vis-à-vis en attaque, plus qu’un Kyrie Irving c’est certain. Le souvenir des finales de conférence 2011 où LeBron James avait éteint un Derrick Rose MVP en titre devrait convaincre les quelques sceptiques. Ce choix tactique emmènerait forcément de lourdes modifications dans le schéma défensif de Tyronn Lue.

Enfin, inévitablement, se pose la question Kevin Love. L’intérieur a une nouvelle fois peiné défensivement et aucun remède semble possible pour enrayer cela. Comme annoncé, son duel face à Draymond Green tourne largement en sa défaveur et même les mismatches, en attaque comme en défense, semblent lui échapper. Contrairement aux demandes de quelques enragés de l’analyse, il ne faut pas encore bencher le pataud intérieur. Love n’a pas était le seul maillon faible offensivement, toute la défense des Cavs a était dysfonctionnelle. De Iman Shumpert – dont l’étiquette de bon défenseur n’a jamais eu si peu de sens – à JR Smith en passant Matthew Dellavedova, tous ont failli. Sortir Love pour ses simples errances défensives n’aurait pas de sens, lui qui a un certain impact offensivement. Lue devra surement adapter les minutes de Love pour le faire jouer principalement contre les remplaçants mais, avant tout, ne pas l’aligner dans les situations de small ball.

Bien avant de penser aux solutions offensives – qui obnubilent la majorité des observateurs – c’est bien défensivement que les Cavaliers devront répondre dans le match 2. Impossible pour eux de faire de cette série un concours offensif, cela ferait le jeu des Warriors. Les Cavaliers doivent battre le fer même si peu de solutions s’érigent face à leurs nombreuses questions défensives. Défendre pour éviter qu’une victoire dans cette série – déjà improbable – devienne impossible.