Benjamin Chevillon: le 1er handibasketteur français en NWBA nous parle de son parcours

Benjamin Chevillon

Avant toute chose, pourquoi cet article? En faite, j’ai eu cette idée suite à un exposé qu’on devait faire par deux en psychologie de la relation. Notre sujet étant « la relation entraineur-entrainé dans le domaine des activités physiques adaptées », les choix étaient assez libres. Ayant entendu parler de Benjamin, l’idée nous est venue de présenter le sujet à travers l’expérience de Benjamin Chevillon, le premier handibasketteur français en NWBA, l’équivalent NBA mais version handibasket. Pour cela, nous avons longuement discuter avec lui, mais aussi avec Bernard Ganser, actuel responsable du Pôle formation des Espoirs de l’Équipe de France handibasket. Nous allons aborder entre autre ce qu’est le handibasket, ainsi que le parcours de Benjamin, que ce soit en France, en sélection national, ou en NWBA à Chicago.

 

Qui est Benjamin Chevillon?

Benjamin ChevillonBenjamin Chevillon est né le 17 Août 1988 dans le Nord Pas de Calais. Il est chef d’entreprise à Arras où il gère un complexe de sport indoor, et évolue actuellement en tant que handibasketteur à Cambrai, en Nationale 2 (équivalent de la 4ème division).

Il est paraplégique incomplet depuis l’âge de 5 ans, après avoir été atteint d’une leucémie. Pour vaincre la maladie, les médecins ont eu recours à la chimiothérapie, mais après de long mois de traitement et malgré la guérison de la leucémie, une mauvaise réaction au traitement à rendu Benjamin paraplégique. Cette paraplégie le prive de l’usage de ses jambes, mais grâce à l’électrostimulation et une volonté de fer, il recouvre une partie des fonctions de ses membres inférieurs. Benjamin arrive à se déplacer d’une pièce à l’autre, mais doit utiliser son fauteuil sur de plus longues distances.

Il a fait des études à l’UFR STAPS de l’université de Lille II où il a obtenu une licence en Management du Sport, qui lui a permit de lancer son projet professionnel à Arras.

 

 

Qu’est ce que le handibasket?

Le Handibasket se développe depuis les années 1950 grâce au docteur Guttman, médecin chef au centre de rééducation dans un hôpital Anglais.C’est un sport collectif calqué sur le Basket ball, à la différence que les joueurs sont en fauteuil roulant. Il apparait en France en 1955 grâce à deux kinés du centre de rééducation motrice de Fontainebleau. A partir de là, des adaptations diverses ont eu lieu pour qu’enfin cette discipline soit définie comme quasi identique au basket valide. Les règles sont les mêmes, seules les fautes sur les contacts sont différentes. On retient une attention particulière sur le fauteuil car il est considéré comme partie intégrante du joueur. Le fauteuil est contrôlé 20 minutes avant chaque rencontres. Si l’arbitre le juge non conforme ou dangereux, il sera exclu du jeu. Il y a des dimensions réglementaires, un nombre de roue à respecter, un coussin qui doit être d’une certaine taille, et une obligation d’avoir une roue anti bascule. De plus les joueurs doivent êtres sanglés. Le basket fauteuil est plus stratégique que le basket valide car il est plus difficile de passer en 1vs1.

De 2005 à 2010, la découverte du handibasket et du championnat de France

En 2005, Benjamin cherchait un sport à pratiquer. Il pensait d’abord au tennis fauteuil, mais aucune section n’était ouverte à Dijon, la ville dans laquelle il vivait à cette époque. Le hasard faisant qu’il habitait à 300 mètres de l’équipe handibasket de la JDA Dijon le poussa à s’y inscrire. Et bien lui en a pris! Il est donc allé y faire  un test, et n’a plus quitté le monde du handibasket depuis. Au départ, il ne cherchait pas un sport collectif mais il a tout de même été très bien accueillit dans l’équipe et cela l’a conforté dans son choix. L’équipe et le handibasket l’a aidé à dépasser son handicap, et surtout à voir qu’il était loin d’être le seul et dans cette situation (et ni le pire). Ce qui lui plaît dans le handibasket, c’est que tout les joueurs se valent et font tout pour défendre les couleurs de leur équipe.

Il a passé 4 saisons à Dijon, toutes en 4ème division. Ensuite, il a été approché par le Lille Université Club qu’il a rejoint pour la saison 2009/2010, pour évoluer en première division française. Cela lui a permit de participer à la coupe d’Europe comme Lille avait été finaliste d’une coupe nationale l’année précédente. L’année suivante, il évolue à Villeneuve d’Asq, et celle d’après, à Cambrai.

A Dijon, l’équipe avait deux entrainements hebdomadaires de deux heures chacun. Ils alternaient les entrainements physiques et tactiques. A Lille, il y avait trois sessions de deux heures par semaines, en plus d’une séance de musculation.

Le passage en sélection nationale

En 2006 lors d’un match de Dijon à Mulhouse, Bernard Ganser (alors sélectionneur de l’équipe de France Espoirs handibasket) repère Benjamin Chevillon et lui propose de venir faire un stage de détection pour intégrer les Espoirs. Benjamin y participe début 2007 et ne quitte plus la sélection nationale jusqu’en 2011. Sur cette période, il a participé à tout les rassemblements du groupe Espoirs, mais aussi des A, ainsi qu’aux stages d’avants compétitions. Il a disputé les championnats d’Europe Espoirs en 2008 et les championnats du Monde Espoirs en 2009.

Benjamin Chevillon

Les rassemblements se faisaient aux CREPS de Bourges, et souvent les A, les Espoirs, et les féminines se réunissaient en même temps (à cause du manque de moyens de la fédération handibasket). Ces rassemblements duraient 5 jours, avec 6 heures de basket par jour et trois coachs à disposition des joueurs. Selon Benjamin, pour progresser, c’était l’idéal. Grâce à ces rassemblements, Benjamin a pris une nouvelle dimension en club en se mettant à marquer environ 15 points par rencontre dès 2007. Au niveau des attentes des coachs, les Espoirs étaient plutôt axés sur la progression du joueur en elle même. Ils travaillaient beaucoup les fondamentaux, et il y avait des séances qui avaient pour but d’emmagasiner un maximum de connaissances tactiques. Avec les A, le plus important était de faire honneur au maillot, il y avait beaucoup de travail physique et tactique pour ne laisser place à aucune imperfection en match officiel.

L’avis de Bernard Ganser, ancien sélectionneur de Benjamin

Bernard Ganser est actuellement responsable de la formation des Espoirs à la fédération française de basket handisport. Il a aussi été coach des équipes filles handibasket au début des années 1990 (4éme lors de l’euro 1989, 3ème lors de l’euro 1991, 5ème lors des mondiaux 1990 et aussi 7ème lors des Jeux Paralympiques de Barcelone en 1992), mais aussi des Espoirs dans les années 2000, et c’est durant cette période qu’il a connu et coaché Benjamin, durant notamment un championnat d’Europe Espoirs et un championnat du Monde Espoirs. Il nous a parlé de ses relations avec ses joueurs, de sa façon de les motiver, et de ses discours en compétition.

Bernard GanserBernard Ganser motivait ses joueurs en leur demandant de représenter fièrement la France, en leur disant qu’ils avaient de la chance d’être en sélection nationale. Il leur disait aussi que cela pouvait leur servir de tremplin pour leur carrière personnelle, en leur permettant de se mettre sous les projecteurs des éventuels recruteurs de clubs évoluant au plus haut niveau.

Avant les compétitions, il demandait à ses joueurs de respecter le programme d’entrainement et de garder une bonne hygiène de vie. Ils devaient savoir se remettre en question, mais aussi être conscient que la fédération mettaient tout en œuvre pour aborder les compétitions dans les meilleures conditions possibles. Ainsi, si échec il y avait ou si le joueur n’avais pas le rendement souhaité, le joueur était aussi responsable en parti et devait en être conscient. Pendant la compétition, il exigeait que les joueurs aient un esprit d’équipe, qu’ils respectent les consignes données par le coach, qu’ils respectent leur coéquipiers mais aussi leurs adversaires. Lors des matchs, ils devaient évidemment donner le meilleur d’eux mêmes.

On lui a aussi demandé quelles étaient les différences au niveau des exigences envers une sélection nationale valide et une sélection nationale handibasket. Pour lui, qui a aussi une expérience de coaching chez les valides, il n’y a pas de différences. Un compétiteur de haut niveau, qu’il soit en valide ou en handisport, doit adhérer au projet collectif. Il doit être discipliné, handisport ou pas. Bernard Ganser n’acceptais aucun écart, et il nous a bien précisé que c’était aussi le cas lorsqu’il dirigeait la sélection handibasket France Espoirs.

 

2012/2013: Une année en NWBA chez les Bulls.

Benjamin Chevillon

Benjamin avait eu des contacts avec Daniel Feirrera, le coach des Wellchairs Chicago Bulls, la section Handisport du club NBA de Chicago, lors de compétitions internationales. Dan, à la recherche de nouveaux joueurs, à contacté Benjamin par la messagerie Facebook début 2012 en lui proposant de venir faire une semaine de test à Chicago en Février . Après en avoir parlé avec sa famille et son associé, il décide de partir tenter le coup. Bingo, quelques semaines après, il reçoit un mail lui annonçant que les Wellchairs Bulls lui offraient un contrat de un an pour évoluer en NWBA, l’équivalent de la NBA en version handibasket! Grand moment de joie pour Benjamin, suivi des longs moments d’organisation pour trouver un appartement, avoir un visa… Après quelques mois, notre frenchie s’envole pour les USA en Septembre 2013.

Il rejoint donc une équipe qui a pour objectif d’atteindre les Playoffs NWBA (ne pas confondre avec WNBA, la NBA féminine). Sur le plan personnel, le début de saison fut très compliqué pour Benjamin. Que ce soit au niveau de l’acclimatation au nouveau Pays, ou sur le plan sportif. Il avait peu de temps de jeu, des difficultés d’adaptation et notamment des difficultés en Anglais, et donc s’en suivi une perte de confiance. C’est d’abord là que Dan, son coach, a été très important. C’est lui qui lui a permit de se remettre dans sa saison. Il l’a pris sous son aile et lui a fait des séances d’entrainements individuelles, il lui a proposé aussi des séances de sophrologie et de Yoga. Dan avait dit à Benjamin: « Quand tu auras compris que le basket se joue à 70% de mental et 30% de qualités pures, tu seras un autre joueur ». Au bout de quelques semaines, le soleil pointe enfin le bout de son nez après un match déclic où Benjamin plante 15 points. Après ça, son temps de jeu et sa confiance sur le terrain augmente en flèche, tout comme son apport, que ce soit sur le plan du jeu ou sur le plan statistique. Niveau collectif, les Bulls ont réussis à se qualifier en Playoffs, mais furent éliminer au premier tour par les Pacers d’Indiana futurs malheureux finalistes. Ils pouvaient être satisfaits, l’objectif était atteint!

Benjamin nous a aussi parlé des installations et de ses entrainements. Niveau infrastructures, l’écart entre la France et les USA était démentiel. A Chicago, l’équipe disposait d’un immeuble entier avec un terrain de basket, une piscine extérieure, une piscine intérieure, une salle de musculation… Le bonheur pour s’entrainer. Ben avait des entrainements tout les jours, avec le matin séance de musculation et/ou natation, l’après midi une séance de shoots, et le soir une séance d’entrainement collectif.

Dan Ferreira était un coach très exigeant. Malgré cela, il restait logique dans son discours. Il fallait que les joueurs donnent le meilleur d’eux mêmes, qu’ils jouent intelligemment en respectant les consignes,mais surtout qu’ils prennent leur responsabilités et qu’il n’aient pas peur de shooter. Comme disait Benjamin,  » On savais ce qu’il attendais de nous, alors ça nous permettais de toujours garder confiance ».

 

Un rêve se réalise: Benjamin sélectionné au All Star Game NBA 2013

Benjamin Chevillon

Comme nous a dit Benjamin, le All Star Game NBA 2013 de Houston fut la plus belle expérience de sa vie avec son premier match en Équipe de France. Le 23 Décembre 2012, il reçoit un mail de la fédération américaine lui annonçant que les coachs l’ont sélectionné au All Star Game NBA pour le match All Star handibasket. Pour Ben, c’est une très grosse récompense, qui vient suite à un gros travail personnel, de gros efforts fournis pour se mettre à niveau et apporter à son équipe. Après son début de saison, il n’osait même pas espérer à cette sélection. Tout d’un coup, il y a eu un intérêt des médias Français comme l’Équipe ou BeIn Sport, qui l’a notamment fait venir sur son plateau à Houston pendant NBA Extra, en compagnie de Xavier Vaution et Nicolas Batum.

Benjamin ChevillonDe ce qu’il nous a dit, le All Star Week End était magique. Il avait des accréditations VIP lui permettant d’avoir accès quasiment partout. Il a pu discuter avec des joueurs NBA comme Ricky Rubio, ou des ex joueurs comme Charles Barkley, ainsi que des coachs, consultants… Au niveau de son match du All Star Game a lui, il n’a pas marqué mais a réalisé beaucoup de passes décisives dont une figurant dans le top 3 du match. Le meilleur joueur handibasket du monde, Patrick Anderson, l’a même félicité pour son match, un signe de reconnaissance qu’il a apprécié.

Outre ce All Star Game, Benjamin avait réalisé un autre de ses rêves peu de temps avant: évoluer sur le parquet du United Center, la mythique salle des exploits de Michael Jordan avec les Bulls en NBA. Cela a pu se faire à la mi-temps d’un match NBA des Bulls, pour une démonstration, où Benjamin à même marqué. En peu de temps, entre le All Star Game et le passage au United Cente, c’était deux rêves qui se réalisaient.

 

Le mot de la fin

Pour finir, nous lui avons demandé ce que lui avait apporté le handibasket et ses différents coachs et équipes. Selon lui, le handibasket lui a permis de voir qu’il n’était pas le seul dans sa situation, et surtout qu’il y avait des gens en plus mauvaise situation que lui qui arrivaient malgré tout à se débrouiller et à pratiquer à haut niveau. Cela l’a fait relativiser. Les Coachs lui ont beaucoup apporté sur le plan personnel et sportif et il n’a jamais eu de problèmes avec aucun d’entre eux. Pour lui, c’est son passage en Équipe de France, avec notamment Bernard Ganser qui lui a le plus apporté, notamment dans la manière de voir les choses, dans la manière de réfléchir ou encore en maturité.

Si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser en commentaire, et j’y répondrais (où je les transmettrais à Benjamin si je ne peux y répondre).

Merci aussi à Mélanie avec qui j’ai réalisé l’exposé duquel est tiré cet article.

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