Barrages NBA: les conserver oui, mais en modifier les conditions d’accès

barrages NBA

Et voilà, c’est (enfin) terminé ! Presque un an après son commencement, la saison NBA s’est donc achevée par le sacre des Los Angeles Lakers. Un exercice 2019-2020 historique, qui a vu la NBA implanter une nouveauté: un match de barrage (play-in). Une opposition possible entre le huitième et le neuvième de chaque conférence, si l’équipe la moins bien classée à quatre matchs de retard ou moins sur la mieux classée. L’initiative a rencontré un certain engouement chez les fans de la grande ligue américaine, comme chez ses dirigeants. Byron Spruell, président des opérations de la NBA et surtout architecte du dispositif à Orlando, en a même fait le «plus grand triomphe de la bulle» dans les colonnes de The Undefeated. Plus intéressant encore, il a indiqué son souhait de renouveler l’expérience à l’avenir. Une prise de position qui soulève plusieurs interrogations. 

Encore et toujours convaincre le microcosme de l’intérêt de barrages NBA 

Sans surprise, la mise en place d’un potentiel barrage pour accéder aux playoffs n’avait pas ravi les principaux intéressés: les joueurs et coachs. En effet, dans une ligue du temps long comme la NBA, le concept du match couperet apparaît presque comme contre-nature. 

«Au cours d’une saison normale, si vous terminez avec le huitième bilan de votre conférence, vous avez rempli votre part du contrat et vous méritez d’accéder aux playoffs», résumait ainsi Luke Walton, le coach des Kings de Sacramento, à USA Today

L’idée – largement partagée à l’intérieur du microcosme NBA – demeure constante: 82 matchs c’est assez. Tout jouer sur une voire deux rencontres, c’est désavouer les efforts entrepris pendant le reste de la saison régulière. Un argument qui se heurte pourtant à une constatation: les qualifications en playoffs se jouent parfois déjà sur un match. 

Sur les 18 dernières saisons NBA, à 16 reprises, la huitième place d’une conférence s’est jouée à un match ou moins. Dans ces cas de figure, proposer un barrage revêt un intérêt particulier. Plutôt que de laisser des équipes tiers – qui ne jouent parfois plus rien à ce stade de la saison – fausser la course aux playoffs, il offre aux franchises impliquées de maîtriser leur destin, au moins pour le huitième et le neuvième de la conférence. Le meilleur des arguments en faveur de ce barrage reste le match d’avril 2018 entre les Nuggets et les Timberwolves. Deux équipes qui se sont affrontées, après 81 matchs de saison régulière, pour décrocher la huitième place de leur conférence. Néanmoins, sans système de barrage, ce scénario reste rarissime. C’est simple: ce Denver-Minnesota en est la seule occurrence au XXIème siècle !

Créer un nouveau «moment» dans la saison NBA

La baisse des audiences NBA est largement commentée outre-Atlantique. Le président des Etats-Unis Donald Trump s’est même fendu d’un tweet moqueur à ce sujet. Ce phénomène, accéléré par la bulle, s’inscrit en réalité dans un processus plus long. La NBA perd, d’année en année, des téléspectateurs. Or, il s’agit là d’une source de revenu majeure pour la ligue. La solution pour remédier à cette chute vertigineuse, selon les dirigeants NBA, est la création de «moments». A savoir, des événements qui auraient pour but de casser la monotonie qui peut parfois s’installer pendant la longue saison régulière.

La création d’un tournoi de mi-saison – véritable serpent de mer en NBA – est par exemple souvent invoquée pour pimenter les mois de janvier et février, parfois faibles en intérêt. Du fait du caractère exceptionnel de la bulle, nombre d’observateurs ont cru y voir pour la ligue une formidable fenêtre d’opportunité. Soucieux de ne pas ajouter plus de nouveauté à un contexte déjà extraordinaire, Adam Silver a donc opté pour une solution à moindre coût: le barrage. 

Plus qu’un barrage, «une réussite», selon les propos de Byron Spruell. Factuellement, cette rencontre a réuni 1.9 million de téléspectateurs devant leur écran, avec un pic 2.6 millions peu avant dix-sept heures. Un succès car il s’agissait là, pour rappel, d’un match disputé un samedi après-midi d’été opposant deux petits marchés télévisuels. Pourtant, cette opposition a su attirer plus d’américains devant leur télévision que la majorité des rencontres du premier tour des playoffs. Les matchs 1 et 2 du premier tour joués pendant l’après-midi ont réuni en moyenne 1.3 million de téléspectateurs. Même une affiche – en théorie – alléchante entre les Celtics et les Sixers n’a pas fait mieux que le match de barrage. 

Les chiffres semblent confirmer un présupposé: il s’agit d’un potentiel «moment». Pour une NBA en manque de téléspectateurs, c’est une aubaine. Cependant, avant d’inscrire ce barrage dans le marbre, la ligue doit répondre à une question : veut-elle en faire une norme ou une exception ? 

Un réajustement nécessaire du nombre de matchs d’écart requis ? 

A propos d’un éventuel retour du barrage entre le huitième et le neuvième d’une conférence, Byron Spurrell a insisté sur la nécessité pour la NBA «d’étudier les données». En effet, l’étude des données récentes provoque une question: la jauge des 4 matchs d’écart a-t-elle sens ? A première vue, pas vraiment. Sans doute que la ligue a souhaité mettre en place un écart maximum assez élevé pour s’assurer d’au moins un barrage cette saison. Or, compte tenu de la situation des deux conférences au moment de la reprise, cette jauge se devait d’être assez haute. D’où le choix des quatre rencontres d’écart entre le huitième et le neuvième. Puisque historiquement, elle parait bien trop élevée. 

Sur les 18 dernières saisons, l’écart moyen – dans les deux conférences – entre le huitième et le neuvième est de 2.2 matchs. En cela, les 7.5 matchs entre Orlando et Washington – huitième et neuvième de la conférence Est en 2019-2020 – sont un miroir déformant. Dans la mesure où il s’agit du troisième écart le plus important de cette période. En l’état, conserver une jauge de quatre matchs assure quasiment deux barrages annuels. Toujours sur les 18 dernières saisons, avec les règles actuelles, un play-in aurait eu lieu dans 86% des cas (soit 31 fois sur les 18 dernières saisons). Un problème. Cela ôte la notion de mérite. En d’autres termes, les avocats des 82 matchs pourraient juger la jauge comme trop laxiste. Un match d’écart, c’est défendable. Quatre, beaucoup moins. Conséquence, la NBA pourrait être séduite de la réduire. 

L’idée de réduire le nombre de match d’écart requis pour accéder au barrage – par exemple à deux – n’offre a priori que des avantages. L’événement gagnerait en rareté puisqu’il n’aurait lieu que dans environ 50% des cas. Il légitimise ce play-in car il faut «aller le chercher». Enfin, la fin de la saison régulière gagnerait en intérêt. Difficile de reposer ses titulaires pour l’équipe huitième. Quant aux équipes en chasse, elles voient leur marge de manœuvre largement réduite, elles n’auraient pas le droit à l’erreur. La solution parfaite ? Pas forcément. 

La suppression de la jauge:  créer un nouveau rendez-vous pour les fans NBA

La volonté de création de «moment» de la NBA amène deux familles de penseurs de la balle orange à s’opposer. Les tenants de la rareté et ceux de la continuité. Les premiers veulent créer des moments rares, dans l’optique de susciter un vrai intérêt pour les téléspectateurs. Les seconds visent plus à créer une habitude, un nouvel événement régulier. Réduire la jauge, c’est donner l’avantage aux premiers cités. Or, la rareté d’un play-in n’assure en rien son intérêt. Par exemple, la saison 2018-2019 aurait vu la conférence Est offrir un barrage entre les Pistons de Détroit et les Charlotte Hornets. Là où l’écart dans la conférence Ouest était supérieur aux quatre matchs requis. Un seul barrage, donc, et une affiche loin d’être attractive.

Si le téléspectateur NBA se voit offrir un seul barrage par an – voir tous les deux ans – et que cette affiche déçoit aucun «moment» ne sera créé. A titre de comparaison, toutes les séries de playoffs ne se valent pas. Mais, leur nombre permet aux téléspectateurs d’écarter les moins intéressantes pour privilégier les plus palpitantes. Le nature du barrage – un match entre deux équipes du ventre mou – ne le permet pas. Il y a donc un risque: celui «d’écœurer» le téléspectateur. Le faible écart entre les deux équipes concernées ne garantissant en rien la qualité de l’opposition.

Bizarrement, n’imposer aucun écart requis apparaît être la solution la plus viable. D’abord pour la NBA et ses annonceurs qui s’assureraient deux barrages – un par conférence – chaque année. Un formidable appel d’offre là où un écart réduit rend la projection plus aléatoire. Surtout, cela créerait un véritable «moment», moins dépendant de la qualité des rencontres proposées car régulier.

Les critiques de la première heure du barrage pourrait y voir totale dévalorisation des 82 matchs. L’absence de jauge pourrait amener des neuvièmes avec cinq ou six matchs de retard propulsés de facto à deux matchs des playoffs. Toutefois, pour rappel, un tel écart reste rare. De surcroît, il suggère que les deux équipes n’évoluent pas au même niveau. Le huitième devrait donc disposer facilement du neuvième en une ou deux manches. Quand bien même le huitième devrait s’incliner – par exemple à cause d’une blessure d’un joueur star -, la qualification du neuvième profiterait à la NBA qui, toujours dans le cas d’une blessure, pourrait se priver d’un premier tour sans intérêt. 

Dans une période où la NBA peine à attirer des téléspectateurs et semble (enfin) enclin à ajouter de la nouveauté à son calendrier, l’ancrage du barrage paraît être comme une évidence. C’est un de ces potentiels «moment» que la ligue rêve de multiplier. Encore faut-il réussir à trouver la bonne recette pour captiver les fans NBA.