Au revoir, Kobe

Kobe Bryant

« Les Bryant vivaient à l’hôtel. Il y avait eu des plaintes, car les clients entendaient un ballon taper contre le mur ou au sol, en pleine nuit : c’était Kobe qui s’entraînait dans les couloirs. » Oui, c’est bien de Kobe Bryant dont parle Chris Singleton, à 12 ans, lorsque son père évoluait à Strasbourg.

25 ans plus tard, nous sommes le 14 Avril 2016 et Kobe Bryant vient de jouer son dernier match NBA, et quel match! 60 points et la victoire pour écrire la dernière page de son histoire de la plus belle des manières. Il laisse derrière lui une carrière de 20 ans remplie de moments de gloire: cinq titres NBA, un trophée de MVP, des matchs légendaires… Outre un talent immense et une solide confiance en soi, Kobe Bryant c’est aussi un travailleur acharné et obsédé, ainsi qu’un compétiteur extrême. On ne se rend pas assez compte que ces aspects là de sa personnalité, c’est ce qui lui a permis d’avoir la carrière qu’il a eu.

 

La compétition poussée à son paroxysme

La majorité des sportifs professionnels sont des compétiteurs. Mais pour Kobe, la compétition est un mode de vie. Il est compétitif partout, pour tout. Ce qui le rend si particulier, c’est que ce coté là est doublé d’une énorme confiance en soi. Gamin déjà, il voulait jouer en NBA. Une fois dans la grande ligue, il a mentionné à plusieurs reprise le joueur qu’il allait être, notamment lors de ses débuts aux Lakers, dans un bus avec Shaq, comme le raconte le pivot dans son auto biographie: « Nous étions assis dans le bus une fois et il m’a dit:« Je vais être le meilleur marqueur de l’histoire pour les Lakers, je vais gagner cinq ou six championnats, et je vais être le meilleur joueur de basket. « Je me disais:« d’accord, peu importe. «  A ce moment là, Shaquille O’Neal n’y accorde pas vraiment d’importance. L’inverse de Kobe.

Kobe BryantAu lycée, le black mamba martyrisait déjà ses coéquipiers dans d’interminables séances de 1 contre 1. Rob Schwartz par exemple, devait rester au gymnase pour des duels allant jusqu’à 80 voir 100 points. Au mieux, il marquait 10 points quand Kobe en mettait 100. L’intérêt de ces 1 contre 1 niveau basket? Aucun. Kobe ne progressait pas dans le jeu avec ces séances, même une simple session de shooting aurait été plus efficace. Mais le coté psychologique de ces affrontements, ce moment où il battait l’autre, Bryant adorait ça. Et il va continuer aux Lakers: Brian Shaw, actuel coach au chômage, était souvent obligé d’affronter Kobe en 1 contre 1. Oui obligé. Kobe ne lâchait pas ses coéquipiers tant qu’ils n’avaient pas joué contre lui. Souvent d’ailleurs, il n’a pas hésité à critiquer ceux qui ne se donnaient pas assez sur le terrain, ou qui étaient tout simplement mauvais. Smush Parker, ex meneur des Lakers, a salement dégusté: « C’était le pire ! Il n’avait pas sa place en NBA mais on n’avait pas assez d’argent pour se payer un meneur. Donc, on a fait avec… » disait Kobe en parlant de la période 2005/2007, assez faible pour les Lakers. Même maintenant, il trash-talk encore certains de ses coéquipiers à l’entrainement.

Mais là où on se rend vraiment compte de l’importance de la compétition dans la vie de Kobe Bryant, c’est lorsqu’on écoute certaines anecdotes de journalistes ayant fréquenté la star des Lakers. Bill McDonald, alors annonceur pour Time Warner Cable SportsNet, est pendant 5 ans présent en permanence au Staples Center lors des matchs des Lakers. Il témoigne: « Depuis que Kobe et moi sommes voisins, il me répète, après les matchs: « On fait la course jusqu’à la maison? » Mais on n’a jamais quitté la salle en même temps, jusqu’à ce que un jour… Je conduis sur la 405 et je vois la voiture de Kobe en face de moi. Il est arrêté et j’arrive à passer juste devant lui avec un beau doigt d’honneur par la fenêtre et je hurle «Va te faire foutre!». Que ce passe t-il ensuite? Nous jouons au chat et à la souris pendant 25 minutes sur les autoroutes de San Diego, brisant toutes sortes de règles de conduite … ». Kobe était prêt à faire la course avec un voisin en voiture, tout en brisant toutes sortes de règles de sécurité, rien que pour satisfaire sa soif de compétition. Le niveau de dépendance de Bryant à la compétition est insensé. Il ne peut s’en passer. Comme il l’a récemment expliqué, pour lui, une défaite est une défaite et une victoire est une victoire: « Pour moi, il n’y a pas de degrés de différence dans la défaite. Soit tu gagnes le titre, soit t’es de la merde. Pour moi, c’est noir ou blanc. ». Certains peuvent trouver ces mots incompréhensibles, en se disant qu’une défaite en finale NBA ou une saison à 15 victoires, c’est différent. Pourtant, ces mots sont parfaitement logiques lorsqu’ils sortent de la bouche de Kobe. Dans son esprit de compétiteur, c’est gagner ou rien. Et cela va le pousser à se construire un sens du travail exceptionnel…

Un battant doublé d’un travailleur exceptionnel

Dans l’histoire de la NBA, on a pu voir certains joueurs dotés d’un immense talent mais pour qui le fait de s’entrainer durement étant révulsant. On pense notamment à Iverson et son fameux « We’re talking about practice ». Et à coté, on a les joueurs dotés d’un immense talent mais qui continuent de travailler. Kobe Bryant est dans cette catégorie là. Il suffit d’un bref coup d’œil à sa carrière et sur celle d’Iverson pour se rendre compte de l’apport de ce travail continu. Depuis son plus jeune âge, Kobe bosse. Depuis qu’il sait qu’il veut aller en NBA, il fait tout pour y arriver. Et depuis qu’il y est, il fait tout pour progresser encore et encore.

Kobe BryantDurant la première partie de sa carrière NBA, il s’impose 4h d’entrainement par jour et encore plus pendant l’intersaison. En 2012 encore, il ne quitte pas la salle tant qu’il n’a pas marqué 400 shoots. Il a toujours travaillé et il l’exigeait aussi de ses coéquipiers, comme le montre cette déclaration sur Shaquille O’Neal: « Cela me rendait fou de voir qu’il était si fainéant. Il faut prendre ses responsabilités en travaillant dur chaque jour. Tu ne peux pas simplement improviser. ». Comme pour sa notion de compétition, les exemples de sa folie de l’entrainement sont légions. Robert Horry a déclaré que lors de sa première année aux Lakers, Kobe l’affrontait tout les jours à trois points avec Brian Shaw, Kurt Rambis et Mitch Richmond. Il perdait tout le temps, mais chaque matin il arrivait en premier à la salle pour s’entrainer aux trois points jusqu’à ce qu’enfin il les bat. Un préparateur physique de Team USA raconte aussi que Kobe l’a réveillé en pleine nuit pour s’entrainer, qu’au bout d’un moment il est retourné se coucher en laissant Kobe seul, et qu’en se rendant à la salle à 11 heures du matin, Kobe terminait juste sa session d’entrainement. Dingue. Comment le Black Mamba peut-il faire tout ça? La réponse est simple: un mental en béton armé.

Ce même mental qui lui donne un caractère de battant et qui fait qu’il n’abandonne jamais. Même quand son corps lâche, son esprit tien bon. En 2013, lorsqu’il se rompt le tendon d’Achille en plein match, il tente de tirer lui même sur le tendon pour essayer de finir la rencontre. Après le temps mort, il revient en boitant sur le parquet pour tirer (et marquer) ses deux lancers franc, avant de ressortir. On a rarement vu ça dans le monde du sport après une blessure aussi grave. Mark Medina, journaliste au LA Times, était présent en salle de presse après ce match. Il témoigne: « Il ne se camouflait pas. Il pleurait. On pouvait voir sur son visage qu’il était touché, mais il a montré beaucoup de force ». La frustration. C’est ce qui a rendu Kobe si émotif ce jour là. La frustration d’un homme qui n’avait qu’une envie, retourner sur le terrain pour jouer au basket.

« Si vous me voyez me battre avec un ours, priez pour l’ours. » Sa citation favorite.

 

La carrière de Kobe est donc aujourd’hui terminée. Posez vous maintenant la question suivante: « comment a t-il pu réaliser une carrière comme celle ci, longue de 20 ans? ». Il y a bien sûr différents éléments permettant d’y répondre, comme son talent, ou une certaine « chance » d’avoir été récupéré par les Lakers… Mais la part qui a le plus d’importance dans son succès, c’est celle que nous avons mis en avant ici. Sans son mental à toute épreuve, sans son sens de la compétition, il n’aurait pas eu ce sens du travail. Et sans tout ça, Kobe Bryant n’aurait certainement pas été le joueur qu’on connaît aujourd’hui. Bien sûr, certains de ses aspects là peuvent le rendre exécrable pour certains de ses coéquipiers ou certains fans. Sa soif de compétition par exemple, a fait qu’il a souvent été détesté par des coéquipiers, joueurs, fans. On peux critiquer Kobe Bryant pour ça. Mais il ne faut pas oublier que ce pour quoi il est critiqué fait part intégrante de ce qui a construit un des meilleurs joueurs de l’histoire.

 

 

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