Allen Iverson, le prodige venu d'Hampton

Une enfance difficile

1975, la NBA se porte bien. Les Warriors remportent leur troisième titre de leur histoire et leur premier depuis leur déménagement en Californie. Quelques jours plus tard, le 7 juin, de l’autre côté des Etats-Unis à Hampton en Virginie, une future Superstar NBA vient de voir le jour, Allen Ezail Iverson.

Sa mère Ann, n’a alors que 15 ans. Quant à son père Allen Broughton, il ne le connaitra pas. Sa grand-mère qui aide énormément la famille, décède peu de temps après sa naissance…Dans cette ville d’Hampton, la vie est dure pour les Iverson. Ils vivent dans une petite maison où il est difficile d’habiter en raison des factures impayées. Elever Allen et ses deux sœurs Brandy (née en 1979) et Liesha (née en 1991) dans de telles conditions tient autrement dit, de la survie.

« Rentrer à la maison, ne pas avoir de lumière, de nourriture, parfois pas d’eau. Quand il y en avait, elle n’était pas toujours chaude. Une bouche d’égout démantelée passait sous la maison et je voyais ma sœur se balader en chaussettes toute la journée parce que le sol était humide. L’odeur la rendait malade. »

Le petit ami d’Ann, Michael Freeman aura un grand rôle dans la jeunesse d’Allen Iverson. Il lui sert de père de substitution mais n’est pourtant pas très clean avec la justice. Toute sa vie il fera des allers et retours en prison. C’est à la suite de la perte de son travail à cause d’un accident de voiture que Michael rencontre la famille Iverson. Mais à cause du besoin d’argent pour subvenir aux besoins de la famille, il sera condamné pour trafic de drogue.

« Je n’ai pas acheté de Cadillacs ou de bagues en diamant, je payais juste les factures. » expliquera Freeman.

L’homme qui lui apprend le basket et qui lui sert de modèle, il ne le blâmera jamais. Allen racontera même aux journalistes qu’une fois il est allé rendre visite en prison à Freeman. Ses chaussures était tellement endommagées qu’Allen a pris les sienne et lui les a donné. Il est ensuite rentré pied nu chez lui ce jour-là.

Dans une jeunesse entourée par la violence, les meutres, la drogue et la pauvreté, une sortie s’offre à lui et c’est sa mère qui s’en rend rapidement compte, le sport.

Foot US ou basketball ? 

Malgré des résultats scolaires mauvais et beaucoup d’altercations avec ses profs. Rien n’empêche à « A.I » de pratiquer plusieurs sports. Le Foot US est son sport préféré et il le caractérise de « premier amour ». Il joue aussi au Basket-ball mais trouve que ce n’est pas assez physique, et quelques fois au Baseball. Dès sa saison junior à la Bethel High School, il montre déjà qu’il est au-dessus du lot en Foot US en tant que quaterback mais aussi en basket en tant que meneur de jeu. Il remporte le championnat de l’état de Virgine en 1992. Mais « Bubbachuck » c’est ainsi que ses amis le surnomment, ne s’arrête pas là, il remporte aussi le titre en basket cette même année ! Si bien que l’Associated Press le nomme lycéen de l’année de l’Etat de Virginie dans les deux sports.

« J’ai  toujours pensé que j’irai dans l’une des plus grandes écoles de football. Florida State, Notre Dame. Le football US fut mon premier amour. Ça l’est toujours. J’allais rejoindre l’une de ces écoles pour jouer au foot et au basket. Au début, je ne voulais même pas jouer au basket. Je pensais que ce n’était pas assez physique. C’est ma mère qui m’a poussé à y jouer et aller faire les tryouts. Je la remercierai toujours. »

Au final, « A.I » choisira le basket car il le sait, ce sport peut le faire sortir de la misère lui et sa famille. Pour cela, il a « un plan ». Ce plan n’est autre que de passer par le lycée, puis par la NCAA et ensuite gagner sa place en NBA.  Cependant, tout ne se passe pas comme prévu. Le 13 février 1993, jour de la St Valentin, Iverson et quelques amis vont au bowling et c’est à la sortie qu’une bagarre éclate entre noirs et blancs. La raison serait due à des insultes racistes à l’encontre d’Iverson. Sur la cinquantaine de personnes impliquées dans cette bagarre, seulement quatre adolescents noirs sont accusés. L’un d’entre eux, Allen Iverson. Et bien que la vidéo de l’incident ne montre pas d’image de lui et qu’il déclare avoir quitté la piste avant que la bagarre n’éclate, deux témoins l’accusent d’avoir jeté une chaise sur une femme. A 17 ans, le natif d’Hampton est jugé comme un adulte et condamné à cinq ans de prison. Sur les cinq ans de réclusion, Iverson ne restera en prison que quatre mois suite à une libération conditionnelle du gouverneur de la Virginie qui lui imposera d’avoir son diplôme avant de pouvoir reprendre le basket-ball en compétition. Deux ans plus tard, sa condamnation est annulée par la Cour d’Appel de l’Etat. Suite à cela, cet incident est effacé de son casier judiciaire et Allen devient beaucoup plus déterminé à réussir pour sa famille.

La confirmation à Georgetown

Allen Iverson termine le lycée comme étant le meilleur joueur de foot US et de basket. A 18 ans, il rejoint l’université de Georgetown connue pour avoir eu dans ses rangs des joueurs comme Zo’ Mourning, Dikembe Mutombo ou même Patrick Ewing. De nouveau, Iverson fait un carton dès sa première année. Pour Nolan Richardson, l’entraineur d’Arkansas c’est du jamais vu.

« Allen Iverson ? Je n’ai jamais vu ça de ma vie ! Je n’ai jamais vu quelqu’un faire ce que fait Iverson. Je n’ai jamais vu quelqu’un de plus rapide balle en main et pourtant il n’a même pas joué l’année dernière. Ce joueur va rendre cette équipe si forte que ça va être irréel. »

Avec John Thompson comme entraîneur, Il termine la saison avec 20 points et 4.5 passes décisives par match, ce qui lui vaut d’être élu Rookie of the Year de la Big East. Lors de sa saison sophomore, Iverson est encore plus fort ! 25 points, 4.7 passes et 3.5 interceptions par match. De plus, « A.I » commence 66 des 67 matchs joués en tant qu’Hoya. Il est également nommé Meilleur Défenseur de la Big East par deux fois et il est nommé dans la première équipe universitaire.

Malgré son succès et tout l’engouement autour de lui, après deux ans à Georgetown il se rend compte qu’il est temps de partir. Sa famille vie toujours dans la pauvreté à Hampton, sa plus jeune sœur est gravement malade et a besoin d’un traitement médical. Ainsi pour sauver la vie de sa sœur, Allen quitte Georgetown pour la NBA.

Cette même année dans la grande Ligue, le jour de la lottery, le premier choix de la draft revient à Philadelphia. Pat Croce président des Sixers, saute de son siège, son choix est déjà fait et nul doute Allen Iverson sera le futur numéro 1 de la draft.

“With the first pick in the 1996 NBA draft, the Philadelphia 76ers select…Allen Iverson from Georgetown University!”

Le 26 Juin 1996, Iverson est choisi en première position de la draft. Il signe un contrat de 9.4 millions de dollars, suffisant pour subvenir aux besoins de sa famille. « The Answer » le rend d’ailleurs bien à Philadelphia. Dès sa saison rookie il s’impose rapidement comme l’un des joueurs les plus excitants à voir jouer. Son crossover reste son plus beau move. Avec, il fera la misère aux défenseurs adverses pendant toute sa carrière. Dès son arrivée il est remarqué par sa facilité balle en main. Quant à ses stats, il termine la saison avec 23.5 points, 7.5 passes et 2.07 interceptions en près de 41 minutes par match. Sa fin de saison est tout simplement une référence. Sur les huit derniers matchs il termine avec une moyenne de 39 points. Le 12 avril dans une défaite 125-118 à Cleveland, Allen Iverson devient à 21 ans et 310 jours, le deuxième joueur le plus jeune après Rick Barry (21 ans et 261 jours) à atteindre la barre des 50 points. Iverson est logiquement nommé Rookie de l’année et se place dans le premier cinq des rookies.

« Je ne veux pas être Jordan, je ne veux pas être Magic, je ne veux pas être Bird ou Isiah. Je ne veux pas être l’un de ses gars. Quand ma carrière sera finie, je veux me regarder dans le miroir et me dire, je les faite à ma façon ».

Lors de sa seconde saison, Allen Iverson continue sur sa bonne lancée. c’est sûr, il faudra compter sur lui pour le reste de sa carrière. Ses stats sont légèrement en baisse mais chaque match, le show Iverson est au rendez-vous ! Crossovers, interceptions, dunks… « A.I » se fait bousculer à cause de sa petite taille mais qu’importe, il est toujours présent et se relève toujours. C’est surtout sur le plan collectif que Philadelphia ne décolle pas. Larry Brown est embauché comme nouveau coach après une saison rookie à 22 victoires. Malgré cela, la saison 1997-1998 n’est guère meilleure, 31 victoires au total. A la fin de la saison 1998-1999, « The Answer » devient pour la première fois le meilleur marqueur de la ligue avec 26.8 points par match.

Mais malgré son succès sur le plan individuel, Iverson fait aussi l’objet de nombreuses critiques, son côté croqueur lui est reproché et parmi ses premiers détracteurs, Charles Barkley qui l’appelle « Me, Myself and Iverson ».

« Je ne sais pas pourquoi les gens ne m’aiment pas. Je joue au basket, je fais des choses en dehors du terrain. Pourquoi me critiquer lorsque je fais de mon mieux ? »

Son insolence lui est aussi reprochée de par son trash talking. Aussi, son aptitude envers son équipe, Iverson a souvent tendance à sécher les entrainements et ses relations avec son coach Larry Brown ne sont pas toujours bonnes. En 1998, tout cela aboutit presque à un trade pour le numéro 3 des Sixers. Avant qu’il ne soit prolongé en janvier 1999 pour six ans et 70 millions de dollars. Et puis il y a aussi ses fréquentations et son style « street ». En effet, le style d’Allen Iverson marquera toute une génération : Rap, baggys, fringues XXL, bling bling, tatouages… Par la suite, David Stern imposera un Dress Code.

player meltdowns

2001 : La saison presque parfaite

Alors qu’il est proche de rejoindre Detroit à la suite d’un trade, Matt Geiger qui est inclu dans le deal, refuse de passer une visite médicale et le transfert n’a pas lieu. Allen Iverson poursuit l’aventure avec Philadelphia et c’est tant mieux. Et oui, cette saison 2000-2001 est tout simplement magnifique. Alors que le roster ne fait pas franchement rêver, la franchise crée la surprise avec dix victoires consécutives dès le début de saison. « The Answer » prend son rôle de Franchise Player très au sérieux. A la mi-saison les Sixers ont le meilleur bilan de la conférence Est (41-14) et c’est Larry Brown qui coachera l’équipe Est du All-Star Game de Washington où « A.I » terminera pour la première fois MVP.  Le lendemain, Dikembe Mutombo arrive dans les rangs. La fin de saison termine telle qu’elle a commencé, très bien. Philadelphia possède le même bilan que les Lakers (52-26) et San Antonio est premier de la ligue (58-24). Après une saison à 31.1 points (meilleurs marqueur de la ligue pour la seconde fois), Iverson est élu « Most Valuable Player » l’unique de sa carrière.


Les playoffs ne seront pas une partie de plaisir, Bien que les Sixers avancent jusqu’aux finales (les premières depuis 1983), ils ont dû se défaire des Pacers emmenés par Reggie Miller qui leur fera une frayeur au premier match en marquant le shoot de la gagne. Puis des Raptors de Vince Carter en sept matchs où « A.I » marquera 52 points pendant le match 5 et enfin des Bucks du Big Three Ray Allen-Sam Cassell et Glenn Robinson, là encore en sept matchs. La Finale commence en trombe avec une victoire au Staples Center après prolongation et 48 points pour Iverson ! Mais les Lakers de Shaq et Kobe ne feront plus de cadeau à la superstar des Sixers qui n’aura pourtant rien lâché (23-35-35 et 37 points). Victoire 4-1 des Lakers et la fin d’une saison presque parfaite pour Allen Iverson et Philadelphia.

Suivi d’une carrière sans retour aux Finales

La suite est bien moins glorieuse pour la superstar malgré des statistiques digne d’un MVP. Les Sixers seront éliminés au premier tour face au Celtics en 2002 après une saison moyenne (43-39). C’est d’ailleurs après cette élimination qu’Allen                                            nous fera son interview devenue culte « practice » où les médias lui repprochent son absence aux entrainements.

« Je suis assis ici, en tant que franchise player, et on ne me parle que de l’entraînement. On parle de l’entraînement, pas d’un match, pas d’un match, pas d’un match… d’un entraînement. Je sais que je dois donner l’exemple, mais comment puis-je aider mes coéquipiers en m’entraînant ? »

En 2003, les Sixers vont jusqu’en demi-finales de conférence. Peu à peu le passé d’Allen Iverson refait surface, les relations avec les Sixers et Maurice Cheeks son coach, sont mauvaises et ces derniers lui font des reprochent sur son comportement. Cette fois-ci le trade à un bien lieu, en 2006, il est envoyé à Denver contre Andre Miller, Joe Smith et deux tours de draft. Allen Iverson rejoint Carmelo Anthony dans le Colorado pour ainsi former un duo de scoreurs. Mais là encore, ils n’iront pas plus loin que le premier tour s’inclinant 4-1 contre San Antonio en 2007 et 4-0 contre les Lakers en 2008. L’incompatibilité des deux joueurs se fait ressentir et au mois de novembre 2008, Allen Iverson est transféré à Detroit tandis que Chauncey Billups, Cheikh Samb et Antonio McDyess font le chemin inverse. Après une saison à 17.4 points, « A.I » ne dispute même pas les playoffs, Mike Curry préfére se passer de lui et les Pistons le laissent agent libre.

Retour à Philadelphia pour une dernière chance

Au mois de septembre 2009, Allen Iverson rejoint les Grizzlies. Franchise dans laquelle il ne jouera que trois petits matchs et qu’il décide de quitter « pour raisons personnelles ». Iverson reprochant notamment son statut dans l’équipe ainsi que son temps de jeu. Le mois suivant, c’est avec surprise que les Sixers lui font une offre pour combler l’absence de Lou Williams. Il accepte donc un contrat non-garanti pour le salaire minimum. Cependant le 2 mars 2010, le GM Ed Stefanski informe que la saison de l’ancien Hoya est terminée. Sa fille de 4 ans est malade et il doit veiller sur elle à Atlanta. En octobre 2013, il part au Besiktas en Turquie pour quelques mois seulement et disputera aussi quelques rencontre en Chine. Après cela et malgré une volonté de come back, on ne verra plus jamais « The Answer » sur un parquet NBA pour des raisons d’alcoolisme, de drogues et de divorces.

Ses adieux en Octobre 2013

Après une dernière tentative de retour en NBA en janvier 2013. Allen Iverson annonce officiellement sa retraite le 30 octobre dernier après quatorze saisons de NBA. Des paroles touchantes pour l’une de ses dernières apparitions publiques.

« J’ai toujours cru en moi-même, ma mère m’a toujours dit que je pouvais devenir ce que je voulais être. J’y ai cru, je me suis battu et j’ai fait un long chemin avant d’arriver ici. Mon entraîneur John Thompson m’a donné une opportunité au moment où personne ne croyait en moi. Il m’a sauvé la vie et m’a aidé à réaliser mon rêve (…) Je tiens à remercier Michael Jordan pour m’avoir inspiré et de m’avoir donné l’envie de jouer au basket. Il m’a montré le chemin à prendre. Je remercie aussi, le coach Mike Bailey, mon entraîneur de basket-ball au lycée qui m’a appris le jeu. Mon entraîneur John Thompson pour m’avoir appris le jeu à la fac. Et puis je remercie Larry Brown pour m’avoir aidé à mûrir en tant que joueur NBA.»

« Je n’ai aucun regret sur ​​quoi que ce soit. Les gens me demandent souvent si j’ai des regrets ? Non aucun. Si je pouvais revenir et le refaire, est-ce que je changerais quelque chose? Non évidemment. (…) Je serai un Sixer, un Hoya et un Bruin jusqu’à ma mort. »

« I love you Philadelphia »

Le 1er mars 2014, devant 20 856 personnes, le maillot d’Allen Iverson est retiré. L’occasion pour le MVP 2001 de remercier une dernière fois la ville de Philadelphia et les fans qu’il aime tant.

« Vous devez me montrer le fou qui dit que les rêves ne se réalisent pas, car c’est faux. Je t’aime Philadelphia. Je t’aime pour tout l’amour que tu as envers moi, pour m’avoir accepté et pour m’avoir laissé être moi, pour m’avoir laissé faire mes erreurs, pour m’avoir laissé être humain. »

Le numéro 3 d’Allen Iverson est désormais suspendu à jamais au plafond du Wells Fargo Center au côté des plus grands noms de la franchise. On t’aime aussi Allen.

Palmarès

Moyenne en NBA : 26.7 pts, 3.7 rebonds, 6.2 pds, 2.2 interceptions, 42.5% aux shoots, 31.3% à 3 pts, 78% aux lancers francs.

Points en carrière : 24368

1er choix de draft 1996

Rookie de l’année 1997

All-Rookie First Team

MVP de la NBA 2001

11 fois All-Star

2 fois MVP du All-Star Game

4 fois meilleur scoreur de la NBA

3 fois meilleur intercepteur de la NBA

3 fois All-NBA First Team

3 fois All-NBA Second Team

1 fois All-NBA Third Team

Médaille de bronze aux J.O. de  2004

 

4 réflexions sur « Allen Iverson, le prodige venu d'Hampton »

  1. Je ne saurai trop te remercier. L’article que tu viens de produire est vraiment excellent et traite d’un joueur qui a marqué mon enfance (même si il n’a été drafte l’année de ma naissance).

    Encore merci et continue comme ça dude !

  2. Je ne saurai trop te remercier. L’article que tu viens de produire est vraiment excellent et traite d’un joueur qui a marqué mon enfance (même si il n’a été drafte l’année de ma naissance).

    Encore merci et continue comme ça dude !

Les commentaires sont fermés.