Allen Iverson, bien plus qu’une superstar

 

Ca y’est, c’est définitivement fini. Allen Iverson vient d’annoncer cette semaine que sa carrière NBA était terminée. Drafté en 1996, « The Answer » a passé 14 saisons en NBA, dont une décennie dans « sa » franchise de Philly. A lui seul, il avait remis les 76ers sur la carte NBA, et Philadelphia avait trouvé son héros. Puis il est passé par Denver, Detroit, Memphis, sans jamais réellement s’imposer.

On connait tous sa carrière, ses nombreux hauts mais aussi ses bas, ses exploits et ses ratés, sa sensibilité, ses matchs légendaires…Mais laissons de coté un peu tout ça. Nous savons tous qu’Allen Iverson fut un joueur grandiose, une superstar du jeu. Cependant, on se souviendra de lui surement bien plus que d’autres grands joueurs qui ont aujourd’hui raccrochés. Et il y a plusieurs raisons à cela.

Iverson, symbole de la ligue

Nous sommes à la fin du XXè siècle, et par la même occasion à la fin du règne de Michael Jordan et des Bulls sur la NBA. A cette période, la ligue affronte une certaine crise d’identité, ou se trouve du moins à la recherche d’une identité. MJ parti, la NBA était orpheline de sa « poule aux oeufs d’or ». Michael n’était plus là, et quelqu’un se devait de prendre le relais. Du coté de Philadelphia, un lutin nommé Allen Iverson, tout droit sorti de Georgetown commence à affoler les compteurs. Déjà Rookie of  the Year en 1996,  Iverson continue son ascension fulgurante au début des années 2000. Mais ce ne sont pas seulement ses exploits sur le parquet qui sont mis en avant, mais aussi et surtout un personnage très spécial qui va à jamais marquer la NBA de son empreinte.

Bling bling, casquettes, tatoos, hip hop, tresses plaquées, Iverson était tout ça. Il était devenu tout d’un coup le symbole du bad boy, le symbole du jeune noir sortant du ghetto et qui connait l’ascension fulgurante. Il était devenu le symbole de Philadelphia, de la NBA, et par la même occasion du rêve américain.

Theo Ratliff, coéquipier d’Iverson aux Sixers entre 1997 et 2001 résume très bien la situation :

Iverson était au top de la ligue à cette époque là. Il était la star numéro 1, le visage de la ligue.

Le phénomène Iverson connaitra son apogée en 2001. Auteur d’une saison de rêve couronnée par son seul et unique MVP, Iverson (également MVP du All star Game et meilleur scoreur) emmènera ses Sixers en Finale NBA, une première depuis 1983. Malgré la défaite contre les Lakers de Shaq et Kobe, Iverson fut la superstar de la NBA.

Un petit dans un monde de géants

Mais ce qui faisait également la particularité d’Iverson et qui le rendait si spécial, c’était son coté « afraid of nothing ». Iverson, c’est tout juste 1m83, mais 183 centimètres de coeur, de passion, d’insouciance. Rien ne pouvait l’arrêter. Dans un monde de grands, dominé par les pivots et autres ailiers forts, Iverson aurait pu ne jamais exister. Mais sa détermination fut sa plus grande qualité. N’hésitant pas à attaquer les raquettes adverses, AI savait où il mettait les pieds. Il savait qu’il n’allait pas ressortir indemne. Mais tanpis, on savait toute façon qu’il allait se relever. C’était surtout ça Iverson, un modèle de battant. Dans une interview accordée à Stephen A. Smith il y a quelques années, The Answer avait expliqué ce que signifiait « jouer dur » :

Jouer dur, ce n’est pas jouer méchant. Jouer dur, ce n’est pas donner des coups. Jouer dur, c’est quand il faut récupérer la balle, et que l’adversaire est plus proche que moi de celle ci, mais que c’est moi qui la récupère parce que je me suis jeté dessus. Ca c’est jouer dur !

So real Iverson !

Mais Iverson, c’est aussi et avant tout un style de jeu. Le parquet NBA était son playground. Il était le street baller dans le monde du basket organisé.  Ses crossovers, sa rapidité, sa vivacité en ont fait le joueur le plus excitant à regarder à cette époque là. Il a apporté quelque chose de nouveau, quelque chose que la NBA n’avait pas forcément vu auparavant. Alors oui, c’était individualiste, et ce n’était pas forcément le basket qui gagne. Mais Iverson devenait très vite le joueur que tout le monde voulait imité en sortant sur le playground du coin. L’influence d’Iverson à l’époque était énorme. Dwyane Wade, en donnant son avis sur la contribution d’Iverson sur le basket, a parfaitement trouvé les mots :

Il a rendu le numéro 3 cool. Il a rendu les crossovers cool. Il a fait tellement pour le jeu. C’est un pionnier.

I am what I am

« I am what I am », Reebok ne s’était pas trompé dans le choix de son slogan concernant Iverson. « Je suis ce que je suis, et si ça vous convient pas, tanpis ». Allen n’aura jamais changé. Gangsta du début à la fin, il ne s’est pas embourgeoisé. Il est resté celui qu’il a toujours été. Et cette mentalité l’a rendu encore plus populaire, que ce soit auprès des fans que des joueurs NBA. Corey Maggette a d’ailleurs une belle anecdote à partager :

Tout le monde respecte AI. Certains joueurs ont commencé à avoir des tresses pour lui ressembler.

Outre les tresses, Iverson a également été à l’origine du développement des tatouages en NBA (avec Rodman aussi avant lui). Le personnage Iverson devient mythique, et ce n’était pas forcément pour plaire à la NBA. Pionnier de la culture hip hop, Iverson fut carrément un modèle pour certains joueurs NBA, comme Stephen Jackson :

Il m’a montré que je pouvais être moi même, et ce peu importe ce que les autres disaient. Tant que je respectais le jeu, je pouvais être qui je voulais. Il a posé les fondations pour un tas de joueurs.

Iverson a tout simplement ouvert des portes, portes que la NBA a tenté de refermer par peur. Le dress code adopté en 2005 fut le premier fait d’armes contre la culture Iverson. Plus de baggys, plus de casquettes, plus d’accessoires…c’est une partie d’Allen que la NBA a voulu détruire :

Le dress code m’empêche d’être qui je suis. Je ne peux plus m’exprimer. Un gars bien habillé n’est pas forcément un bon gars, et inversement.

Forcément, en créant un dress code, c’est tout le personnage Iverson qui fut attaqué. Peu importe, Allen est Allen, et ce n’est pas en le mettant dans un costume qu’il changera.

Auto-destruction

Ce dress code peut être considéré comme le symbole du début de la fin d’Iverson. La fin tragique de la carrière NBA d’Iverson puise ses ressources justement dans son personnage. Tout au long de sa carrière, Iverson fut critiqué (à juste titre ?) pour son manque d’entrainement  (Practice ??), ses accrochages avec ses coachs, son egoisme, son manque de remise en question. Tout ces défauts passèrent presque inaperçus  lorsque il était au top de la ligue. Mais à partir du moment où Iverson était sur la pente descendante, ces défauts furent mis en avant. C’est pour cela qu’Iverson est aujourd’hui à la retraite, alors que Kobe Bryant, Kevin Garnett ou Tim Duncan restent encore sur le devant de la scène. Ces trois là possèdent des qualités qu’Iverson n’avait pas forcément.

Depuis Memphis à aujourd’hui, Iverson ne trouva pas de franchise NBA. Et ce n’est pas par manque de talent, mais tout simplement parce que personne ne voulait prendre le risque d’embaucher Allen. Sur le terrain, tout le monde savait qu’il pouvait encore jouer, mais en dehors, que va t-il se passer ? Va t-il accepter un rôle réduit ? Va t-il bouder s’il n’est pas titulaire ? C’est ce genre de questions et de doutes qui ont poussé Iverson vers la sortie.

Une icône

La fin de carrière d’Allen Iverson ne fut clairement pas à la hauteur du joueur qu’il était. Il y a une décennie, il était le roi de la planète basket. Idolatré, MVP, Iverson fut plus qu’une simple superstar. Il fut le genre de joueur dont on se rappellera dans 30 ans encore. Il ne sera jamais titré, mais peu importe. Il n’y aura jamais 2 Allen Iverson. Il sera unique pour l’eternité. Ses exploits basketballistiques associés à une personnalité peu commune et innimitable font d’Iverson un mec à part, et ce à jamais. Critiquable sur certains points, son impact sur le basket et la NBA est bien supérieur à ses défauts.

Personne ne remplacera Iverson. Impossible de remplacer une icône…

23 réflexions sur « Allen Iverson, bien plus qu’une superstar »

  1. Article plus qu'intéressant !! Chapeau bas l'artiste… J'ai appris plein de chose !!
    Cette citation : " Jouer dur, ce n’est pas jouer méchant. Jouer dur, ce n’est pas donner des coups. Jouer dur, c’est quand il faut récupérer la balle, et que l’adversaire est plus proche que moi de celle ci, mais que c’est moi qui la récupère parce que je me suis jeté dessus. Ca c’est jouer dur ! " montre la détermination qu'avait Iverson sur un terrain…
    Malheureusement, j'ai commencé à suivre la NBA, il y a 4-5 ans ^_^ Dommage que je n'ai pas connu cette époque !!

  2. J'ai découvert la NBA avec lui et le Shaq.

    Un slasher incroyable, un dribbleur incroyable, il a montré au monde ce que voulait dire le mot "Valuable" en 2001. Larry Brown avait construit un super effectif autour de lui pour que Iverson s'exprime pleinement en attaque.

    Mais il a décidé de se reposer sur son talent alors que le travail et son hygiène de vie était mis de côté.
    "The Answer" me manquera, même s'il est porté disparu depuis 2010 !

    Super article Nico !

  3. Super article Nico ! Tu résumes bien pourquoi Iverson, au delà de son niveau de jeu, était l’emblème de la NBA. Celui qui apportait de la fraicheur à ligue après la retraite du GOAT. La génération d’avant « wanted to be like Mike », eh bien celle là voulait être comme Iverson. Tout le monde arrivait au parc du coin (dont moi) avec les baggy clothes et les chaines autour du coup. Honnêtement ça allait pas vraiment bien pour jouer, mais on s’en foutait tant qu’on pouvait mettre nos cross et nous la raconter après… Les gens oublient que si tous les joueurs de la NBA étaient comme Kevin Durant ou D Rose, on se ferait chier. C’est des personnages qui ont du charisme de qui on se rappelle le plus. Jordan, Kobe, Magic, LeBron qui devient une machine commerciale et la figure de Nike, Kevin Garnett etc. Y’a quelques exceptions comme Duncan mais…

  4. Honte à moi j’ai oublier Shaq… Penny est un excellent exemple aussi. Pourtant il est pas HOF.

  5. Très bon article !

    Je n'ai malheureusement pas pu connaître Allen Iverson à cause de mon jeune âge mais depuis que je m'intéresse au sport, j'entends parler de lui.. Un joueur que je connaissais déja avant de suivre ou même de connaître la NBA.. Et ça c'est la marque d'une icône : un joueur qui a marqué un sport, une ligue, etc.. et que tout le monde connaît (même ceux qui ne s'intéressent pas au sport). Tout comme Michael Jordan avant lui, Allen Iverson a marqué tout une génération.

    Je regrette de ne pas l'avoir vu à l'oeuvre en direct en NBA mais je peux toujours me servir d'Internet pour voir beaucoup de ses matchs. Un très grand joueur. Rien que son surnom avait la classe.

  6. Tu commences à bien maitriser les pavés de joueurs Nico, ils deviennent de plus en plus complets, ça fait vraiment plaisir …

    Il y a tellement à dire sur Iverson, on pourrait en écrire pendant 3 jours ….
    Dans le rayon " gâchis" on aurait aussi pu rajouter cette perpétuelle manie d'en faire qu'à sa tête jusqu'à négliger les entrainements …
    Parce que s'il s'est retrouvé si seul à un certain moment de sa carrière, c'est aussi parce qu'il avait épuisé son quota confiance avec les autres et en particulier, ses coéquipiers …
    Quand il demande à partir vers 2004 ( bien avant Denver) c'est aussi parce qu'il fatigue tout le monde aux Sixers et qu'il sent que personne ne lui fait plus confiance…Ses caprices épuisent les joueurs comme les dirigeants..
    Plus tard, se sont quelques dirigeants et Cheeks qui n'ont plus voulu de lui, exaspérés eux-aussi ….
    Soliste jusqu'au bout …

    Et c'est là qu'on voit les trajectoires ambigues de quelques stars, Iverson n'a pas raté sa carrière à Philadelphie, mais après, parce que le meilleur roster de sa vie, c'est à Denver qu'il le trouve ..
    Et c'est vraiment là qu'il foire tout …Il est dans des conditions optimales, rêvées même, tu peux difficilement trouver mieux …
    Denver en 2006 c'est: un des ailiers les plus prometteurs de sa génération ( Melo) un des coachs les plus compétents qu'on puisse trouver en NBA ( George Karl) des jeunes qui peuvent tout péter tellement ils respirent le talent ( J.R Smith, Néné Hilario) de bons compléments ( Kenyon Martin, Marcus Camby, Najera)
    Jamais il n'avait été aidé à ce point, et pourtant jamais il se sentit à l'aise ..
    Il aurait pu et dû être le facteur X de Melo, son mentor, le gars qui l'aide à passer un cap, jamais ça n'a pris…
    C'est vraiment à ce moment qu'il passe près d'un titre et pas en 2001 ou c'était plutôt une surprise qui n'a pas confirmé …
    L'effectif de Denver était taillé pour ça, sauf que dès le début, il a été clair qu'on laisserait Melo & Iverson faire leur concours de la plus grosse sans jamais se préoccuper de ce qu'il y avait autour ..
    Et autour, il y avait de quoi faire …

  7. Merci Carloss, je suis vraiment content que tu ais apprécié !

    Concernant le reste de ton commentaire, c'est ce que j'ai essayé de montré dans mon avant dernier paragraphe. Je parle pas de Denver mais plutôt de la raison pour laquelle personne ne voulait de lui à un moment donné…C'est vrai qu'à Denver, il avait un gros effectif, mais y'avait rien en défense, et c'était pas forcément très équilibré comme équipe. Billups a apporté énormément à son arrivée, et il était la raison numéro de leur qualif en finale de conf en 2009, alors qu'avec Iverson, ça n'a jamais rien donné. C'est d'ailleurs ce qu'il s'est encore passé avec Detroit, même si les Pistons étaient sur la fin

  8. De toutes les façons, ce roster de Denver n'a jamais marché, dans cette configuration il était plombé et ça n'était pas que du ressort d'Iverson, mais aussi de Melo et surtout Karl …
    J'aurais vraiment aimé voir ce que Billups & Iverson auraient donné ensemble …
    Karl faisait souvent jouer Allen meneur alors qu'il est terriblement plus efficace en second arrière et monopolisait moins la gonfle ..
    Avec Billups en 1 & Iverson en 2, ils auraient pu trouver une alchimie, peut-être …
    Mais vraiment ce roster, Iverson n'a pas su en profiter, mais il n'est pas intégralement coupable, Melo aussi ..
    Lui n'a pas su profiter de l'apport de Billups ensuite, Iverson n'a pas eu cette chance, c'est que Melo a déconné sec à cette époque …
    Et comme je l'ai écrit ce matin, l'effectif a été étoffé et n'a que peu bougé durant 4-5 ans, c'est bien qu'il y a eu un problème Melo et pas seulement Iverson ..
    Mais lui, avec son expérience, aurait pu faire changer les choses aux Nuggets, il avait de quoi faire …

  9. Avec ces nuggets là, les matchs finissaient à 115-110. Iverson et Melo scoraient beaucoup mais on voyait bien que ça marchait pas vraiment. Enfait, Iverson ne sait pas forcément jouer avec une autre superstar. Comme dit, avec Billups, ça aurait été énorme je pense

  10. "Enfait, Iverson ne sait pas forcément jouer avec une autre superstar". Exactement !
    C'est pour ça qu'en 2001 Brown avait construit un effectif de col bleu autour de lui pour que Iverson utilise pleinement son talent car ce joueur est un soliste.

  11. AI aura finalement toujours échoué devant les Lakers en PO. Malgré le sweep, on a eu une belle série en 2008 : 1er match avec 4 joueurs à +30 pts ! Gros duel au 2nd entre AI et Kobe… Mais comme tu dis, son égo a eu raison de lui

  12. Un super article bien rédigé, sur un super joueur ! Bravo ! Dommage qu'il n'est pas réussi à passer la toute dernière marche, peut être la plus dur.. Il restera malgré tout dans l'histoire de cette ligue, et dans nos tête, pour un bout de temps !

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