Miami, ou le dilemme des équipes moyennes en fin de cycle

Dwyane Wade

Des exemples de reconstructions, ce n’est pas ce qui manque dans la grande ligue: Orlando depuis le départ de Dwight Howard, les Lakers depuis les blessures (et avec l’âge) de Kobe Bryant, Minnesota ou Sacramento qui n’ont plus vu les Playoffs depuis des siècles… Et puis il y a Miami. Une équipe qui a perdu en 2014 le meilleur joueur du monde, et qui pourtant va disputer les Playoffs moins de deux ans après. La reconstruction express de Miami, bonne ou mauvaise idée?

Après le show « The Decision » en 2010, qui voit atterrir LeBron James à South Beach,  Miami entre dans une période faste: quatre finales de suite pour deux titres de champion sous l’impulsion du Big Three composé de LeBron James, Dwyane Wade et Chris Bosh. Une période de quatre ans qui se termine par une cinglante défaite face aux Spurs aux NBA Finals 2014 en cinq matchs. De plus, les interrogations sur la décision de James, désormais libre de son contrat, hantent les couloirs de l’American Airlines Arena depuis un moment…

 

Free Agency 2014: Comment réagir au départ de James?

LeBron JamesLes rumeurs disaient vraies: le 10 Juillet 2014, LeBron annonce son retour à Cleveland dans une lettre sobrement intitulée « I Coming Home« . Coup de tonnerre sur Miami. On pourrait penser que le cerveau de Pat Riley entre en surchauffe, car tout le monde envisage le scénario catastrophe pour Miami avec une cascade de départ, celui de James risquant notamment d’entrainer celui de Bosh. Le dirigeant du Heat ne se laisse pas prendre par le désespoir et réagit dans la foulée, moins de 24 heures après le départ du King, pour refaire signer Chris Bosh pour 5 ans. Le contrat est énorme (118M$) et beaucoup critiqué par la communauté de fan NBA. Pat Riley a fait un choix. Soit il laissait partir Chris Bosh et entamais une reconstruction qui risquais d’être longue, soit il offrait le max à son intérieur star pour permettre à son équipe de rester compétitive. Gagnant dans l’âme, Riley s’est rapidement décidé: ce sera la compétitivité. Ce choix, réalisé dans l’urgence, était il le bon choix? Nous tenteront d’y répondre dans la suite de l’article.

En tout cas, Riley ne s’arrête pas là. Deux jours plus tard, il attire dans ses filets Luol Deng, encore à ce moment là un des dix meilleurs à son poste, pour 20M$ sur deux ans, avec la deuxième année en player option. Ce contrat n’est pas anecdotique mais encore une fois, nous expliquerons pourquoi plus tard. La troisième bonne nouvelle vient de la re-signature de D-Wade, la figure du Heat, lui aussi pour deux ans avec la seconde année en player option, mais pour environ 35M$ sur la durée. Suivent ensuite Mario Chalmers pour 4M$ et deux ans et Udo Haslem (5M$ sur deux ans) et nous en sommes à quatre contrats se terminant en 2016. Avec la re-signature de Josh McRoberts qui avait eu lieu avant le départ de LeBron, le Heat est prêt à entamer l’après James en faisant un joli pied de nez au phénomène du tanking.

Et pourtant, alors que le club floridien venais de perdre LeBron James, il n’est pas passé loin de la catastrophe. Chris Bosh himself assure qu’il a failli partir: « Je ne vais pas mentir, j’étais tout proche d’un départ. C’était bizarre comme situation car l’attente a été très longue, et on ne savait pas ce que nous allions faire. ». Et comme il le dit si bien lui même, Miami est loin d’être mort: « On a une bonne équipe, avec les gars qu’on a faits venir. Bien sûr, nous n’avons plus le meilleur joueur du monde mais si l’équipe est soudée, on peut réussir de grandes choses.« .

 

2014-2016: La gestion de l’après LeBron James

L’ombre du King va planer sur la saison 2014/2015 du Heat. Pourtant, le niveau de Miami est des années lumière au dessus de celui de Cleveland après le départ de James en 2010. En effet, lors de la saison 2010/2011, les Cavs offrent un bilan minable de 19 victoires pour 63 défaites, soit 42 victoires de moins que la saison précédente! Pour Miami, la saison 2014/2015 se termine avec 37 victoires et 45 défaites, « seulement » 17 victoires de moins que l’année précédente. Et pourtant, cela aurait pu être tout autre… En effet, Pat Riley avait tout donné pour rendre à son Heat la puissance des années précédentes.

Chris BoshTout commence avec la signature, d’abord anecdotique, d’Hassan Whiteside, lui qui n’avais fait que 19 petites apparitions en NBA avec Sacramento entre 2011 et 2012. Petit à petit, il gagne la confiance du staff ainsi que le statut d’une des plus grosse révélation de la saison. La NBA découvre un monstre athlétique, qui finira la saison avec 11,8 points, 10 rebonds, et 2,6 contres par match. Une sacrée trouvaille! La date limite de trade s’approche et Riley va de nouveau offrir un cadeau à ses fans, avec l’arrivée de Goran Dragic, en fin de contrat l’été même mais qui s’est engagé à resigner à Miami, dans un échange à trois équipes (Miami reçoit aussi Zoran Dragic et John Salmons, Phoenix reçoit Danny Granger, Justin Hamilton et deux choix de Draft au premier tour et New Orleans récupère Norris Cole et Shawne Williams). Alors pourquoi le Heat s’est écroulé en fin de saison, au point de rater les Playoffs? Malheureusement parce qu’il a été détecté chez Chris Bosh une embolie pulmonaire, et ce simultanément avec l’arrivé de Goran Dragic. Chris Bosh ne rejouera pas de la saison à cause de cette maladie qui met dangereusement sa santé en danger. Chris Bosh et Goran Dragic ne joueront pas ensemble de la saison. Sans leur meilleur joueur, le Heat termine l’exercice 2014/2015 avec 6 défaites sur les 9 derniers matchs.

Un mal pour un bien, Miami obtient le 10ème choix pour la prochaine draft et a la chance de pouvoir sélectionner Justise Winslow, un ailier excellent défenseur. Comme prévu, lors de la Free Agency, Wade reste au Heat en déclinant sa player option et en signant un contrat d’un an (encore un qui se termine en 2016..) et 20M$. Deng valide sa player option et sera bien présent en Floride pour la saison 2015/2016. Agressif sur le marché des transferts, Miami enregistre plusieurs arrivées, dont celle d’Amare Stoudemire et de Gerald Green, tout deux pour un an et 1,5M$. La saison débute et le Heat se trouve une nouvelle identité: la défense. Après 65 matchs, Miami est la deuxième meilleure défense de la NBA en terme de points encaissés par match (97,2) et 5ème au défensive rating, le nombre de points que marque l’adversaire sur 100 possessions (100,5). Tout se passe bien pour le Heat, mais une fois n’est pas coutume, une mauvaise nouvelle tombe: Chris Bosh a de nouveau des problèmes de santé, avec la détection d’un caillot sanguin dans le mollet. A l’heure actuelle, il n’est toujours pas revenu mais laisse la porte ouverte à un come back cette saison. Ce sera déterminant pour le Heat, qui a enregistré avant la deadline l’arrivé de l’expérimenté Joe Johnson, coupé par Brooklyn, qui a signé pour 500 000$ jusqu’à la fin de la saison.

Avec un éventuel retour de Chris Bosh, le Heat fais peur à toutes les équipes de l’Est. Leur défense est redoutable, notamment avec des joueurs qui peuvent se sacrifier en se cantonnant à ce rôle (comme Justise Winslow), l’effectif est plein d’expérience avec Wade, Bosh, Deng ou encore le récent arrivé Joe Johnson, et il est aussi complet avec des forces sur tout les postes: Dragic à la mène, Deng/Wade/Winslow/Johnson/Green sur les postes extérieurs, Bosh/Stoudemire/Whiteside dans la raquettes. Le Heat est 4ème à l’Est actuellement avec 38 victoires et 28 défaites, en embuscade derrière Boston. Tout ça, moins de deux ans après le départ de LeBron James.

 

Le Heat a t-il fait le bon choix?

Justise Winslow

Pour tenter de répondre à cette question, nous allons analyser la situation à court terme (deux ans, sur la période 2014 à la fin de la saison en cours), à moyen terme (ce qu’il peut se passer l’été 2016 et la ou les deux saisons qui suivent), puis à long terme.

Comme nous l’avons dit précédemment, on peut déjà constater que la saison 2014/2015 à été un semi échec puisque le Heat n’a pas atteint les Playoffs. Semi, car il faut néanmoins nuancer: avec la blessure de Chris Bosh, les résultats sportifs peuvent passer au second plan au moment de faire le bilan, au profit du travail de fond du remaniement de l’effectif. Et sur ce point là, le maitre s’appelle Pat Riley. Après coup, nous pouvons remarquer qu’il y a peu de mauvais choix dans ses décisions et qu’il est fidèle à sa stratégie. Bien sûr il aurait pu choisir de tout casser et cela aurait peut être pu être un bon choix. Mais le dirigeant au look de mafieux a décidé que son équipe resterait compétitive malgré le départ de James et tout ses choix sont parfaitement logiques vis à vis de cette décision: d’abord avec la re-signature de Chris Bosh pour un contrat de longue durée et en conservant l’âme de la franchise, D-Wade, pour au moins deux ans supplémentaires. Ensuite, en consolidant son effectif avec un recrutement très intelligent en deux vagues selon les besoins de son équipe: D’abord avec Deng pour « combler » autant que possible le trou béant laissé par James, Whiteside pour amener de la puissance qui manque tant au Heat dans la raquette, et Dragic pour prendre la mène. Ensuite avec Stoudemire pour renforcer la raquette ainsi que Green et Joe Johnson pour amener du shoot, sans compter Winslow qui colle parfaitement à la nouvelle identité du Heat. Suffisant pour espérer faire un beau parcours en Playoffs cette saison? Oui, si Chris Bosh revient. Dans le cas d’un retour du poste 4, qui est confiant à ce sujet, le Heat n’a rien à envier aux autres équipes de l’Est mise à part Cleveland, et peut prétendre à une finale de conférence s’ils ne rencontrent pas les Cavs plus tôt. Difficile de dire que Pat Riley a fait le mauvais choix dans ce cas là. Du moins, pour le court terme.

L’été 2016 sera ultra décisif dans la stratégie de Riley. En effet, comme on l’a vu plus tôt, beaucoup de joueurs seront libres cet été. Sous contrat, il ne restera plus que Chris Bosh, Goran Dragic, Josh McRoberts, Josh Richardson et Justise Winslow. C’est très peu. Cela est en grande parti du à l’augmentation des droits TV pour la prochaine saison, ce qui va faire exploser les montants des contrats vers des sommets encore jamais atteints. Les joueurs, astucieux, ont fait en sorte que leurs contrats se terminent cet été pour toucher le pactole. Si on peut d’ors et déjà penser que D-Wade re-signera, qu’en est il du reste de l’effectif? Si Joe Johnson a déjà affirmer son envie de rester sous le soleil de Floride, que Tyler Johnson et Amare Stoudemire devraient resigner pour le Heat qui leur fait confiance et leur offre du temps de jeu, comment vont se comporter des joueurs comme Luol Deng et Hassan Whiteside? Le premier commence à vieillir et peut avoir des envies de titre qui le pousserait à se brader dans une équipe favori au Larry O’Brien Trophy, donc son choix dépendra de son niveau de confiance envers le projet de Miami. Pour Whiteside, le problème est autre: il ne touche que 980 000$ cette saison, mais il peut espérer se voir offrir un contrat longue durée à 20M$ la saison par des équipes en recherche de pivot, comme les Lakers par exemple ou les Hawks en cas de départ d’Horford. Laisser partir Whiteside, c’est prendre le risque de perdre une pièce maitresse. Le garder en le surpayant, c’est perdre du cap qui aurait pu servir pour signer d’autres agents libres. Surtout que Pat Riley a certainement dans un coin de sa tête l’idée de faire venir un certain Kevin Durant, libre cet été… Les dirigeants du Heat auront donc encore de gros choix à faire cet été. Néanmoins, nul doute que Riley restera encore une fois fidèle à sa recherche de compétitivité.

Que penser de cette gestion du Heat à long terme? Cela permettra-il à Miami d’être compétitif dans 4 ou 5 ans, avec un Bosh vieillissant et un Wade à qui il ne restera qu’un demi genoux? Ce serait surprenant. N’aurait-il pas mieux valu casser l’effectif et compter sur le combo draft et Free Agency pour reconstruire? Chacun peux avoir son avis. Mais honnêtement, on prend dix fois plus de plaisir à regarder une équipe qui fait tout pour rester compétitive et qui gagne des matchs plutôt qu’à regarder une équipe minable et pathétique dont le seul objectif est la place numéro 1 à la prochaine draft. De plus, le but du sport de compétition, n’est ce pas la victoire? Tenter de construire une équipe pour gagner des matchs, dans l’objectif d’aller le plus loin possible en post-season, c’est tout de même bien plus excitant que de regarder un assemblage de role player parodier notre sport. Oui Pat Riley a raison. Prenons du plaisir, soyons compétitif, la tête de l’équipe dans 5 ans, ce n’est pas encore le moment de s’en occuper.

 

 

8 Comments

  • Retired_B_Roy7_971

    "on prend dix fois plus de plaisir à regarder une équipe qui fait tout pour rester compétitive et qui gagne des matchs plutôt qu’à regarder une équipe minable et pathétique dont le seul objectif est la place numéro 1 à la prochaine draft" Memphis est d'accord avec cette partie!

    Le Heat est à la croisée des mondes comme tu l'as bien décrit, beaucoup de joueurs en fin de contrat à l'aube de l'augmentation du cap. Ca va donner du travail à Riley. Il y aura de la concurrence pour Whiteside notamment Dallas mais Miami a les moyens de le garder et ensuite assembler des pièces autours.

    Le Heat est une franchise attractive qui a un bon niveau mais s du potentiel avec Winslow qui est déjà très bon pour sa première saison.Il ne faut pas non plus oublier la capacité du Heat à recruter des jeunes talents sortis de nulle part, Whiteside et Ennis l'an dernier, Richardson et Johnson cette saison.

    Miami ne sera pas en reconstruction mais simplement en renouvellement selon moi!

  • BIG

    T'as oublié un aspect important c'est l'argent, il faut remplir la salle, il faut vendre des maillots et ça quoi qu'on en dise c'est difficile avec une équipe pourrie. Cette année les seules équipes en dessous de 90% de remplissage c'est wolves, sixers, wizards, nets et nuggets.

  • La peur du vide.

    Cette reconstruction express de Miami c'est la conséquence de la peur de Pat Riley, de devoir passer par une reconstruction longue et pénible mais surtout incertaine.

    C'est bien gentil de vouloir à tout prix rester compétitif mais pourquoi ?

    Le Heat n'a vraisemblablement aucune chance de gagner le titre cette année. Et ça sera encore moins le cas l'année prochaine et celle suivante, avec un effectif qui vieilli. C'est peut-être la conséquence de mon affection pour la méthode de reconstruction à la Hinkie mais la gestion de crise post-LeBron de Riley…trop peu pour moi. Cette espèce de sauvetage est un échec. Le Heat va se retrouver dans deux ou trois ans avec un Bosh surpayé et pas de perspectives sur l'avenir autre que Winslow (Whiteside ne sera surement plus avec l'équipe l'année prochaine selon moi).

    Dans son entêtement, Riley a eût l'idée de ne pas balancer ses drafts picks (I see you Billy King). Le Heat ne traversera pas le désert.

    Je sais Jeremy que tu as la même idée que moi vis-à-vis de la construction d'une équipe NBA: Title or Nothing. J'ai donc du mal à comprendre que tu puisses défendre la reconstruction du Heat…

  • jejevert01

    "Title or nothing": une expression que j'apprécie, mais il faut savoir nuancer. Oui Miami est léger. Mais je n'ai rien d'autre à ajouter que ma dernière partie pour me justifier. A savoir, comme le dit thomas, que mon point de vue est certainement celui d'un fan.

    "Prenons du plaisir, soyons compétitif, la tête de l’équipe dans 5 ans, ce n’est pas encore le moment de s’en occuper."

    Si on doit être nul autant l'etre le plus tard possible. Tu le dit: Dans son entêtement, Riley a eût l'idée de ne pas balancer ses drafts picks (I see you Billy King). Le Heat ne traversera pas le désert.

  • BIG

    Et si c'est le problème de toutes les équipes. En 2009/2010 Miami c'est 92% de remplissage pendant la période LBJ plus de 100% et 2014/2015 95% si tu te retrouves à ne pas être compétitif pendant 3 ou 4 ans tu perds de l'argent. tickets, sponsors, merchandising, investisseurs tout fout le camp.
    C'est sans compter sur le risque que représente la perte d'attractivité, combien de joueurs signent dans des équipes désertes ?

  • jejevert01

    De là à ce que le Heat, idéalement placée ne Floride, devienne une franchise déserte, il y a de longues années tout de même.

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