James Harden, les malheurs d’un soliste

Parler d’une saison compliquée pour James Harden serait un doux euphémisme. À l’image de son équipe, le barbu est proche du naufrage. Annoncé comme de sérieux prétendants après leur campagne 2014-2015, les Rockets déçoivent. Si la saison s’arrêtait aujourd’hui, ils ne seraient pas en playoffs. Souvent égratigné mais jamais autant attaqué que certains autres Rockets, James Harden est néanmoins un des premiers responsables de cette débâcle.

De l’espoir…

Pourtant, l’optimisme était de la partie après la saison dernière, où les Rockets avaient atteints une improbable finale de conférence. Certes, la série s’est résumée à une démonstration de force de Warriors intouchables, balayant les Rockets en cinq matches. La défaite devait forcément laisser un goût amer à Harden, défait par se qu’il considérait comme un MVP illégitime, qui sortait sur une performance catastrophe (12 balles perdues). Mais le constat global restait positif. Les Rockets s’étaient hissés en finale de conférence avec un effectif miné par les blessures. Sans Patrick Beverley ni Donatas Motiejūnas, les Texans avait passé deux tours de playoffs. Dans la terrible conférence ouest, l’exploit était réel. L’avenir s’annonçait radieux.

Mais, préférant les lumières à la discrétion du guerrier en quête de revanche, James Harden a décidé de faire beaucoup parler de lui pendant l’intersaison. D’abord, avec ses innombrables sorties médiatiques où il a affirmé avoir été volé du trophée de MVP. Harden pouvait exprimer des regrets, comme tout deuxième, mais la redondance du sujet avait de quoi énerver. De surcroît de la part d’un joueur qui répétait ne pas s’intéresser aux distinctions individuelles avant la remise du trophée. Par la suite, l’arrière s’est fait remarquer pour ses frasques extra-sportives avec une star de télé-réalité. On a souvent tendance à trop donner d’importance à la vie privée des sportifs. Les précédents ont cependant prouvé que la folie médiatique gravitant autour des stars de reality show est souvent néfaste pour les sportifs. Harden l’a confirmé, plus souvent cité sur les sites de gossip que sur ceux de basket. Enfin, pour compléter ce triptyque malheureux, Harden a renouvelé le péché de vanité. Déclarant à multiples reprises toute l’étendu de son talent, quitte à dénigrer ses coéquipiers. Se placer au dessus de la plèbe n’est pas sans risque. James Harden va le comprendre à ses frais.

Balayé par un début de saison catastrophe

Le couperet est tombé dès le début de saison. Après onze matches, les Rockets n’avaient enregistré que quatre victoires. Les défaites s’accumulant, certaines très gênantes comme contre les Nets, le coach Kevin McHale a été limogé. A sa place, J.B Bickerstaff, l’ancien assistant de McHale, plus proche du copain que de la figure du général. Ce début de saison catastrophique, James Harden n’y est pas étranger. Globalement, au cours de ces onze premiers matches, ses statistiques restaient parmi les meilleurs de ligue: 27.3 points, 6 rebonds et 5.8 passes décisives. Des chiffres ronflants mais trompeurs. L’arrière était particulièrement maladroit (37% de réussite aux shoots et 21% à trois points) et négligeant avec le ballon (4.8 balles perdues par matches). Et parmi toutes les statistiques de ces onze premiers matches, une était particulièrement symptomatique: l’équipe était meilleure avec Harden sur le banc. Les équipes adverses marquaient en moyenne 6.3 points de plus que les Rockets sur 100 possessions avec Harden sur le banc. Quand la star était sur le terrain, cet écart montait à 8.2 points.

Depuis ces onze premières rencontres, la constante est un peu près la même. Les Rockets sont moyens. Condamnés à espérer des exploits de James Harden ou de rares réveils défensifs.

A la recherche d’un leader

Evidemment, James Harden n’est pas l’unique responsable de l’effondrement des Rockets. Le pari Ty Lawson est un échec, l’ancien joueur des Nuggets ayant perdu tout son basket depuis ses affaires extra-sportives. Dwight Howard continue à enchaîner les blessures et son avenir à Houston s’écrit en pointillé. Marcus Thornton, lui, monopolise le ballon à chacune de ses entrées. Au milieu de ce désordre, J.B Bickerstaff est incapable de fixer un cap. Peut-être que cette situation rappellera aux franchises que le limogeage d’un coach n’est pas la solution à tous les maux. Mais James Harden reste le grand responsable de cette débâcle.

En se proclamant leader de cette équipe des Rockets, James Harden s’est astreint à un code de conduite. Et pour l’instant, il ne le respecte pas. A leur époque, Michael Jordan ou Kobe Bryant ont étaient très critiques avec leurs coéquipiers, comme l’a était James Harden cet été. Mais ils répondaient avec une attitude irréprochable sur le terrain. L’arrière des Rockets lui traîne des pieds en défense, accapare le ballon en attaque et n’inspire pas l’âme d’un leader. Même au cours de ses grands matches offensifs, Harden n’entraîne pas ses coéquipiers dans son sillage. Pire, il les délaisse. Difficile de suivre un joueur qui ne montre pas l’exemple. Un joueur qui voit la victoire comme le résultat d’un exploit individuel plutôt que d’un assemblage collectif.

Et maintenant que les victoires sont plus rares, les défaillances sont révélées au grand jour. Le collectif des Rockets est brisé, et ce n’est pas un transfert de Dwight Howard qui va le rétablir. James Harden est esseulé, ses coéquipiers ne viennent même plus le relever quand il est à terre. Le symbole de l’image est fort.

James Harden est sans aucun doute un des meilleurs joueurs de la terre, un soliste génial.

Son statut de superstar est incontestable. Celui de leader ? Beaucoup moins.

Auteur : Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

2 réflexions sur « James Harden, les malheurs d’un soliste »

  1. Véritable constat amer (pour reprendre Kery James) sur Harden!

    Je le partage en partie car il est responsable de la situation dans laquelle est son équipe.

    Après pour la stat que tu as choisi ce serait bien de faire le même comparatif avec le différentiel sur 100 possessions en attaque. S'il apporte beaucoup plus en attaque qu'il ne coûte en défense ça limite un peu son aversion pour les tâches défensives!

  2. C'est la triste vérité, et les Rockets sont réellement horribles à voir jouer cette saison.
    C'est lui qui a mis son équipe dans cet état, en n'apportant pas un leadership des 2 côtés du terrain, en mobilisant le cuir en attaque et ne voulant réellement créer une complicité avec Howard (même si Kobe aussi n'avait pas réussi).

    Je vais pas dire que le Thunder avait bien fait de s'en séparé car la monnaie d'échange n'était pas ouf ouf, mais quant même, un trio Westbrook/Harden/Durant avec l'émergence d'Harden qui n'aurait pas accepté longtemps d'être la 3ème option et le 6ème homme, ça aurait posé des soucis je suppose…

    Mais la NBA moderne lui permet de faire ses stats et de montrer qu'il est fort offensivement, malheureusement rien de plus

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