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Russell Westbrook et Kevin Durant sont tombés dans le piège tendu par Golden State

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Le rôle de «superstar» est ingrat. Une superstar doit faire gagner son équipe quelque soit la situation ou l’adversaire et n’en tire que très peu de considération, parce que c’est la définition du job. En revanche, quand une superstar perd les conséquences sont terribles parce qu’elle a failli dans sa mission. Kevin Durant et Russell Westbrook en sont là. Défaillants dans la fin du match 6 face à Golden State, alors qu’ils étaient impériaux depuis le début de la série, les deux superstars sont dos au mur après deux défaites consécutives. Les Warriors eux peuvent se féliciter leur stratégie a marché: forcer Durant et Westbrook à oublier leur coéquipiers.

L’importance d’être constant

L’attaque du Thunder est toujours critiquée pour sa prévisibilité. Pourtant, au cours des deux dernières séries de playoffs, Billy Donovan avait réussi à installer un équilibre parfait, même si précaire. Les deux superstars de l’équipe demeurent les options prioritaires et prennent la majorité des shoots. Brider deux des meilleurs attaquants de la ligue n’aurait aucun sens, surtout contre les Warriors. Durant et Westbrook devaient savoir solliciter leurs coéquipiers au bon moment, obligeant les équipes adverses à garder un œil sur les rôles players d’Oklahoma City et laissant ainsi la possibilité aux deux superstars de martyriser leur vis-à-vis en attaque. Stratégie efficace seulement si Durant et Westbrook partagent un minimum le ballon en attaque. Ce qu’ils ont fait pendant les premiers matches de la série. Profitant du pari de Steve Kerr de faire jouer Draymond en Free safety, Andre Roberson, volontairement snobé par la défense des Warriors fixée sur les deux superstars adverses, a multiplié les coupes dans la raquette pour obtenir des paniers faciles. Quant à Steve Adams et Serbe Ibaka, ils ont tous les deux tiré profit de l’utilisation outrancière de la death lineup. Menés 3-1, les champions en titre ont su s’adapter.

Pour limiter la domination aux rebonds du Thunder, Steve Kerr a augmenté le nombre de minutes d’Andrew Bogut, passant de 11 minutes de moyenne sur les matches 3 et 4 à 28 sur les deux derniers matches. Les résultats ont été immédiats. Le pourcentage de rebonds offensifs capté par les Warriors est passé de 16 à 26 entre le match 4 et 5, offrant des munitions supplémentaires à l’attaque californienne. Le coach a surtout arrêté de faire jouer Draymond Green en électron libre de sa défense. Golden State est revenu à sa défense classique, avec des changements sur tous les écrans. Enfin, profitant des qualités de rebonds d’intérieurs plus impliqués, les Warriors ont pu remettre en place un repli défensif décent. Des changements qui ont privé le Thunder de trois sources de points vitales pour son scoring: les contre-attaques, les points sur rebonds offensifs et les paniers faciles par le stratégie discutable de Steve Kerr.

Et c’est là que le piège s’est refermé.

Rappelez-vous, une des bases de l’efficacité de l’attaque du Thunder c’est le potentiel danger des roles players quand ils sont sollicités par Durant et Westbrook. Or, depuis le match 5, ils ne le sont plus. Sur les 4 derniers matches disputés dans la série, le total de tirs tentés par le Thunder est sensiblement le même (92, 90, 91, 90) alors que le volume de tirs des deux stars de l’équipe est beaucoup plus fluctuant, jusqu’à atteindre le caricatural dans les deux derniers matches. Durant les matches 3 et 4, ils ont cumulé 42.5 shoots de moyenne par match. Cette moyenne est grimpée à 58.5 pour les matches 5 et 6. En position de conclure cette série, Durant et Westbrook semblent avoir perdu toute confiance en leurs coéquipiers, conviction qui a permis aux deux stars d’arriver jusqu’à cette finale de conférence. Si cette stratégie peut rencontrer du succès en saison régulière, c’est peine perdue contre Golden State. L’attaque du Thunder est retombé dans sa montreuse prévisibilité, ce qui rend le travail défensif des Warriors bien plus simple. Les Spurs, au tour précédent, avaient voulu adopter la même stratégie mais la dimension physique du Thunder les avaient écrasés. Ce ne sera pas le cas des Warriors.

L’éloge de la folie

Le match 6 à Oklahoma City avait des fausses allures de match 7 pour les hôtes. Risquer d’aller jouer un match 7 décisif dans la forteresse de l’Oracle Arena est un danger auquel le Thunder aurait aimé se prémunir avec une victoire à la Chesapeake Arena. Malheureusement pour ses supporters, Oklahoma City a échoué. Russell Westbrook et Kevin Durant tombant dans la piège des Warriors.

Conscients de l’urgence de la situation, ils ont shooté. Trop shooté. Tous les deux, ils ont compilés un affreux 20/58. 38 tirs ratés par deux coéquipiers, une performance réalisée seulement trois fois au cours des 20 dernières années en playoffs: Michael Jordan et Scottie Pippen (1997), Paul Pierce et Antoine Walker (2002) et…Kevin Durant et Russell Westbrook (2016). Les deux superstars de l’Oklahoma avait déjà connu pareille mésaventure au cours du match 2 contre Dallas. Ils avaient répondu par une victoire écrasante dans le Texas. Mais les Warriors et les Mavericks sont deux équipes bien différentes. Et, comme si le réveil de leur défense n’était pas assez douloureux pour leurs adversaires, l’attaque des Warriors a émergée petit-à-petit au fil du match (franchement, qui pensez que ces Warriors allaient passer une série entière sans réussite extérieure ?). Porté par un Klay Thompson étincelant, ils sont restés au contact jusqu’à l’entame du dernier quart-temps.

Un quatrième quart-temps sous pression. Seulement 8 poins d’avance. En saison régulière, le scénario aurait pu faire trembler, mais pas en playoffs où le Thunder semble avoir perdu sa peur des fins des matches. Mais la pression les a rattrapée. Pire, l’équipe a vu les Warriors renaître. Cette équipe fantastique à la sélection de shoot folle mais pourtant tellement cohérente avec une telle réussite. Alors le Thunder s’est muré dans son basket unidimensionnel qui consiste en un enchaînement de possession, où l’une des deux superstars garde la balle pendant la majorité du temps pour faire la différence toute seule. Raté. L’écart fond. Steve Kerr a le culot de laisser son petit cinq sur le terrain, contre lequel le Thunder est inexplicablement perdu. L’explication est simple: la domination du Thunder sur la death lineup s’expliquait par le travail de Serge Ibaka ainsi que par la non-réussite extérieure des arrières des Warriors. Dès lors que Curry et Thompson ont su trouver la mire, les solutions manquaient. Obligé de marquer le Thunder est tombé dans un cercle vicieux, Durant et Westbrook tentant des shoots impossibles et perdant des ballons.

Kevin Durant a été largement critiqué pour sa fin de match où il a manqué trop de tirs, la défense parfaite d’Andre Iguodala étant lié à cette panne de réussite. La critique est dure car la défaite du Thunder n’est pas seulement du à la mauvaise performance de son meilleur scoreur. Mais c’est le rôle de la superstar d’assumer l’entière responsabilité des défaites. Durant, pour ses shoots ratés, et Westbrook, pour ses quatre pertes de balles dans les 80 dernières secondes, l’ont fait. A eux maintenant de réagir en tant que telle.

A propos de Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

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