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Pour les Minnesota Timberwolves, s’adapter c’est vaincre

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Les Timberwolves n’ont plus participé aux playoffs depuis la saison 2003-2004. Kevin Garnett, au sommet de son art, est alors élu MVP après une saison qui reste et restera comme l’une des meilleures sur le point statistique : 24.2 points, 13.9 rebonds, 5 passes, 2.2 contres, 1.5 interceptions le tout à 50 % aux shoots.

Depuis Minneapolis attend son heure.

12 saisons donc, sans phases finales, sans espoir de retrouver les premiers rôles. Vainqueur de 29 matchs la saison passée on pourrait croire que la situation reste inchangée ; pourtant un vent nouveau souffle dans le Minnesota. Une sensation inhabituelle s’est emparée de la franchise : l’espoir.

L’annonce du départ en retraite de Kevin Garnett le mois dernier n’a finalement que confirmer cette tendance : le temps est venu de trouver un nouveau chef de meute. Si toute la ligue envie Minnesota pour avoir choisi Karl-Anthony Towns lors de la draft 2015 c’est sur le banc de touche que la franchise a trouvé son catalyseur. En offrant à Tom Thibodeau la double casquette : coach principal et président des activités basket, Minnesota s’est assuré les services du meilleur coach disponible sur le marché et accessoirement l’homme qui demeure la référence défensive de sa génération. Un choix idéal pour rebâtir une défense en grande difficulté (pire défense en 2014-2015, troisième pire défense l’an passé).

Viré par Chicago en mai 2015 le technicien a eu de longs mois pour digérer un licenciement d’une inélégance totale et prendre un peu de recul pour analyser l’évolution prise par la NBA. C’est en tout cas ce que doivent espérer tous les fans de la franchise. Si l’effectif est talentueux sa plus grande force réside dans une polyvalence encore inexploitée.

Mais pour briser la glace qui libérera l’espoir de tout un état Tom Thibodeau devra se faire violence et s’adapter.

S’adapter à cette nouvelle NBA.

S’adapter à son nouvel effectif.

Enfin et surtout, adapter son équipe à cette ligue où le jeu tire vers l’extérieur, où les postes se confondent et où la polyvalence est reine.

Small ball : entre mirage et réalités

Le small ball existe depuis longtemps, la grande mutation de ces dernières années est de voir les résultats qu’il peut produire. Le concept de small ball a été remplacé par un « versatility ball » (jeu de la polyvalence) ou le « position less » (jeu sans position) dont parlait Erik Spoelstra pour qualifier le Heat de 2010 à 2013.

La clé n’est plus de jouer petit mais de maximiser la polyvalence de ses joueurs.

Jouer petit pour jouer petit n’a aucun sens, le but est de créer un déséquilibre qui affecte davantage son adversaire tout en bonifiant les qualités de votre effectif.

C’est ce qui rend un joueur comme Draymond Green si précieux : un ailier d’un peu plus de 2 mètres capable de protéger le cercle comme un intérieur tout en étant un véritable playmaker lorsqu’il évolue au large. La lenteur et la maladresse près du cercle d’Andrew Bogut sont remplacées par un joueur plus rapide, capable d’étirer les défenses tout en étant à l’aise balle en main. Cet apport offensif en lui même serait suffisant pour tenter une telle stratégie mais, et c’est ce qui différencie les Warriors des autres équipes, la question ne se pose plus lorsqu’on voit son impact de l’autre côté de terrain.

Trop d’équipes évitent ce « versatility ball » par peur de souffrir défensivement. Estimant la protection du cercle plus importante que la capacité à changer sur chaque écran certaines équipes NBA restent enclavées dans le passé et subissent cette évolution plutôt que de tenter de l’appliquer à leur effectif.

Draymond Green est le parangon de cette évolution. Très peu de joueurs sont capables d’amplifier leur champ d’action de cette manière, c’est ce qui le rend si rare et si précieux mais cela n’empêche pas les effectifs NBA de compter dans leurs rangs des joueurs dont le repositionnement créerait ce déséquilibre primordial pour toucher le succès.

Et c’est ce qui rend le roster de Minnesota si intriguant.

Thibodeau a le roster pour faire parler sa créativité

L’une des déceptions de l’été a été de voir les Wolves signer deux pivots : Jordan Hill (8M de dollars sur 2 ans) et Cole Aldrich (21,9M de dollars sur 3 ans). Si les contrats n’ont rien d’infamants, celui de l’ex Clippers peut même être vu comme un des meilleurs de l’été, le problème était de les voir mettre 11 millions par an sur des remplaçants évoluant au même poste que leur meilleur joueur. Selon Nylon Calculus* lors de sa saison rookie Karl-Anthony Towns a joué plus de 55 % de son temps au poste 5, un chiffre qui pourrait baisser avec l’arrivée de ses deux recrues. Une fausse bonne idée selon moi.

Lors du training camp Tom Thibodeau a déclaré vouloir donner quelques minutes au poste 4 à Andrew Wiggins et Shabazz Muhammad. Une ambition que partageait Flip Saunders mais qui n’a pas été reprise par Sam Mitchell. Jugez plutôt :

Shabazz Muhammad

Minutes jouées

% de minutes jouées

poste 2

824

49,7 %

poste 3

826

49,8 %

poste 4

9

0,5 %

Andrew Wiggins

Minutes jouées

% de minutes jouées

poste 2

846

30,1 %

poste 3

1794

63,8 %

poste 4

170

6,1 %

Dans une NBA où les postes 4 délaissent le poste bas pour s’écarter de plus en plus du cercle Shabazz Muhammad a le physique pour défendre à cette position. Bien sûr Thibodeau serait peu inspiré de le faire face aux Anthony Davis, Lamarcus Aldridge, Blake Griffin de ce monde mais l’idée est de générer un avantage lorsque ces géants seront sur le banc ou lorsqu’ils évolueront sur le poste 5 (permettant à Towns ou Dieng de défendre sur eux).

Plus grand mais plus filiforme Andrew Wiggins aura sans doute plus de mal. Moins bon défensivement que lors de sa saison rookie Thibodeau l’utilisera sûrement dans un rôle de stoppeur défensif, similaire à Jimmy Butler lors de son passage à Chicago.

Entre effets directs et indirects

L’an passé Zach Lavine a passé 802 minutes au poste 1 soit un total de 35,5 % de ses minutes. L’expérimentation tentée par Sam Mitchell a fait son temps et on devrait enfin voir le double vainqueur du concours de dunk évoluer au poste 2 à plein temps. Plus à l’aise lorsqu’il joue aux côtés d’un meneur, l’arrière a montré toute l’étendue de son talent en shootant à 39 % à 3 points (dont 42,5 % en catch&shoot) avec une pointe à 45 % après le All Star Game. L’autre grand gagnant de cette évolution est le duo composé d’Andrew Wiggins et de Shabazz Muhammad qui devraient voir leur temps de jeu à cette position diminuer considérablement.

Conséquence directe : le spacing sera bien meilleur. Le manque d’adresse extérieure de Wiggins était rédhibitoire au poste 2, les repositionnements de Lavine et de Towns devraient permettre aux Wolves de compter en même temps 4 joueurs capables de shooter à 3 points. Une évolution importante qui devrait faire le plus grand bien à une attaque archaïque : seulement 16 tirs longue distance tentés par match (29 ème sur 30) pour une adresse qui flirtait les 34 % (25 ème sur 30).

Un jeu plus au large étire les défenses ce qui facilite le travail de joueurs comme Wiggins, Muhammad, Lavine ou encore Towns qui aiment partir en dribble ou poster leur vis à vis. Cela offre également de multiples possibilités tactiques à Thibodeau telles que faire jouer un pick&roll 3/4 (entre les joueur évoluant au poste 3 et 4). Dieng ou Towns sont des intérieurs capables de shooter à mi distance or si l’intérieur adverse doit respecter une telle menace cela facilite considérablement l’accès au cercle. Peu d’équipes ont une paire d’ailiers suffisamment alertes pour défendre sur un pick&roll entre deux attaquants tels que Wiggins et Muhammad. Non contents d’être très agressifs balle en main ces deux joueurs adorent emmener leur adversaire au poste bas où l’un peut faire parler sa puissance pendant que l’autre utilise sa taille et son envergure pour trouver des angles de tirs avantageux.

Défensivement Minnesota a énormément de travail avant d’atteindre un niveau respectable. L’an passé leur meilleur cinq défensif comptait dans ses rangs deux vétérans : Tayshaun Prince et Kevin Garnett, âgés respectivement de 36 et 40 ans. Aujourd’hui le premier est sans club et le second vient d’annoncer sa retraite. La question est donc de savoir comment les Timberwolves peuvent se faciliter la vie en obtenant des « stops » régulièrement.

La polyvalence défensive est aussi importante et recherchée que la polyvalence offensive. Or cela tombe bien pour les Wolves qui peuvent faire d’une pierre deux coups en jouant le « diversity ball » précédemment évoqué.

Protéger le cercle est la priorité de toutes les équipes NBA, trouver des joueurs capables de changer sur chaque écran vient juste derrière. La raison est simple : l’avantage tactique qui en découle a très peu d’équivalent.

L’un des exemples les plus marquants nous vient des derniers playoffs : défendre sur le pick&roll entre Russell Westbrook et Kevin Durant relève de l’impossible pour la majorité des équipes NBA, pas pour les Spurs. La raison est simple : les éperons ont avec Danny Green et Kawhi Leonard deux superbes défenseurs capables de défendre aussi bien sur l’un que sur l’autre ; le fait de changer sur les écrans leur a permis de gommer tout avantage que l’écran est censé provoquer. Ceci est également vrai pour Golden State qui comptait et compte dans son effectif de nombreux joueurs capables de défendre sur plusieurs positions (Livingston, Thompson, Iguodala, Green, Barnes parti aux Mavericks ou encore Kevin Durant).

La bonne nouvelle pour Minnesota est qu’il n’y a pas besoin d’être un défenseur exceptionnel pour le faire. Le simple fait d’avoir des joueurs au physique assez proche permet d’adopter cette tactique et donc de supprimer tous les avantages qu’un tel jeu à deux est censé donner à l’attaque. La grande difficulté d’un tel choix défensif est d’avoir un intérieur suffisamment mobile pour défendre au large contre les meilleurs extérieurs NBA (car c’est ce que les adversaires rechercheront en priorité). Et c’est là où la mobilité de Karl Anthony-Towns le rend si spécial. Thibodeau dispose d’un joueur capable de rendre cette stratégie très difficile à prendre à revers. Par ailleurs positionner « KAT » au poste 5 de manière plus fréquente devrait lui permettre d’être plus proche du cercle et donc d’être capable de venir contester de nombreux drive et de nombreux shoots. Si le sophomore devient un vrai « rim protector » les Wolves pourront se mettre à rêver d’obtenir une des meilleures défenses du pays.

Certes le chemin est long mais en vrai perfectionniste Thibodeau vise toujours très haut.

***

Souvent critiquer lors de son passage à Chicago pour son coaching trop rigide Tom Thibodeau dispose d’un effectif encore en construction mais suffisamment polyvalent pour lui donner une grande liberté tactique. Ce sera à lui de montrer au monde de la NBA qu’il a su tirer profit du temps libre qui a suivi son licenciement pour remodeler son répertoire tactique.

À lui de s’adapter.

Aux Wolves de vaincre.

*http://nyloncalculus.com/stats/nba-playing-time-estimates-by-position/

A propos de Maxime Le Borgne

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