Dossier Dunkhebdo

La paradoxe Jahlil Okafor: le prospect anachronique

Rédigé par

le

Cette nuit se tiendront les demi-finales du Final Four NCAA à Indianapolis. Un Final Four de rêve pour les fans NBA puisque les deux favoris pour le premier choix de la draft sont encore présents: Jahlil Okafor (Duke) et Karl Anthony-Towns (Kentucky). Deux freshmans, deux intérieurs mais surtout deux profils complètement différents. Le pivot de Duke est plus poli, plus prêt pour la NBA, plus efficace en attaque. La plupart des scouts disent qu’ils n’ont plus vu un intérieur aussi « NBA-Ready » depuis très longtemps. Étrangement, ce n’est pas forcément une bonne nouvelle.

Une carrière universitaire étincelante

Jahlil Okafor on vous l’a déjà présenté il y a quelques semaines, avant le début de la March Madnesss. Depuis, pas de grands changements. Il continue à écraser les raquettes universitaires, même si ces deux derniers matches contre Utah et Gonzaga ont étaient plus difficiles avec respectivement 6 et 9 points. Il y a quelques jours, il a été nommé dans la première équipe All-American avec presque toutes les voix (un seul journaliste n’a pas voté pour lui). Il est ainsi devenu le seizième joueur des Blue Devils à être élu parmi cette équipe type universitaire, un an après un autre freshman (Jabari Parker). En plus de cela, il a été élu freshman de l’année et joueur de la conférence ACC (la meilleure de la NCAA). La carrière universitaire de Jahlil Okafor a donc été couronné de succès et ce même s’il ne repart pas d’Indianapolis avec le titre. Une légende s’est construite en une seule saison :

« Jahlil est un intérieur dominant qui peut scorer dans la peinture », déclarait le coach des Spartans Tom Izzo, son futur adversaire en demi-finale. « Vous savez, en 20 ans de carrière, des joueurs comme lui je n’en ai pas vu beaucoup. »

Des éloges comme celles-ci, Okafor en a reçu toute la saison. De la part des coaches, de la presse, des observateurs, de tout le monde. Difficile il est vrai de ne pas tomber sous le charme d’un joueur « à l’ancienne », qui rappelle aux plus anciens l’âge d’or des pivots. Un âge d’or révolu.

Un joueur trop « old school » pour la NBA actuelle ?

Au début de la saison, Jahlil Okafor était déjà annoncé comme le premier choix de la draft. Après deux mois de compétition, aucun prospect ne semblait en mesure de l’inquiéter. Aujourd’hui, il n’y a plus aucun consensus. Pourtant, le pivot a réussi une saison universitaire exceptionnelle. Mais pendant cette saison, il n’y a pas montré ce que les équipes NBA veulent voir : de la défense, des rebonds et de la dureté. Le poste de pivot a évolué, c’est un fait. Le temps où l’on construisait sa franchise autour d’un grand est révolu. Comme celui où l’on gagnait avec un pivot dominant. On peut voir que seulement deux équipes (les Grizzlies et les Hawks) ont un pivot vraiment dominants offensivement dos au panier comme Okafor. Et encore, coller l’étiquette de « pivot » à Al Horford peut faire débat. Les huit autres équipes ont toutes un pivot défensif. Un pivot défensif niveau All-Star (Dwight Howard, Joakim Noah) ou juste assez bon pour être titulaire. L’idée principale reste qu’on ne gagne plus un titre NBA avec un pivot dominant.

« L’idée qu’il faut un pivot dominant pour gagner un titre NBA est dépassée », observait Reggie Miller.

Mais l’idée peut être encore poussée plus loin. Un pivot offensif ne fait plus gagner, même en saison regulière. Depuis l’âge d’or des pivots, la NBA a lentement évolué. Mais ces deux dernières années, cette évolution s’est accélérée. Avec des équipes comme les Hawks, Warriors, ou Rockets, qui alignent des cinq très petits, le rôle du pivot s’est limité. Un pivot doit savoir contrôler sa raquette, prendre des rebonds et si possible inscrire quelques points. Les statistiques le prouvent, quatre pivots se hissent parmi le top 20 dans le classement des wins shares (une estimation du nombre de victoires apportées par un joueur) : DeAndre Jordan, Tyson Chandler, Marc Gasol et Rudy Gobert. Pas de DeMarcus Cousins ni de Al Horford mais bien trois pivots défensifs et Marc Gasol.

C’est pour tout cela que Karl-Anthony Towns s’envole dans les mocks drafts pendant que Jahlil Okafor plonge. Towns peut dominer un match défensivement s’il est bougé en attaque. Okafor ne le peut pas. Deux matches très intéressants à aller voir pour juger de cela : celui contre Syracuse à Syracuse et celui contre Louisville à Louisville. Deux matches et surtout deux premières mi-temps où Okafor n’a pas dominé en attaque et où ses travers n’ont étaient que plus visibles. Dominé sous le panneaux par Rakeem Christmas, dans l’effort par Montrezl Harrell il n’a pas pesé sur les rencontres. Alors qu’il domine presque toutes catégories statistiques de sa conférence, Okafor n’est « que » quatrième dans la catégorie des wins shares. Un statistique trompeuse qui plus est, Okafor est troisième parmi les « wins shares » en attaque mais dans les abîmes en défense. La NBA elle demande en priorité de la défense.

Quelles incidences sur la draft ?

Cette évolution, les dirigeants NBA l’ont cernée depuis bien longtemps et en appliquent les conséquences à la draft. Les pivots sont snobés (car oui, il ne fait pas croire à cette propagande autour de la pénurie de pivot) et l’on privilégie les profils défensifs comme Nerlens Noel ou Alex Len. Cette vision des choses (et un problème de comportement aussi) a fait que DeMarcus Cousins a glissé au cinquième choix de la draft en 2010. C’est là toute la complexité quand il s’agit de drafter un pivot. On ne gagne pas un titre avec un pivot dominant offensivement mais on ne peut pas les oublier à la draft. Pour gagner en NBA, on a besoin d’un maximum de talents, peu importe la position même si c’est celle de pivot. Et du talent Okafor en a, c’est justement pour cela que son cas est un casse tête. Offensivement personne ne peut affirmer, comme le font certains, s’il va écraser ou non la NBA. Mais tout laisse à penser qu’il va tourner aux alentours des 20 points de moyenne tout au long de sa carrière. Avoir la quasi assurance qu’un joueur va scorer vingt points de moyenne c’est rarissime à la draft. Aucun autre prospect cette année n’est dans le même situation.

C’est le paradoxe Okafor. C’est sans aucune doute le meilleur joueur de la draft mais ce n’est pas le joueur qui amènera votre équipe vers les sommets dans la NBA actuelle. Et quand on sélectionne très haut à la draft, c’est bien dans l’idée d’avoir une voire LA pièce maîtresse d’une équipe qui va vous offrir le titre.

A propos de Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l’âge d’or de la ligue. Pape du small ball.

«Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

Recommandé pour vous

  • Warrior Blackkid

    Très intéressant, bravo !

  • Warrior Blackkid

    Très intéressant, bravo !