Dossier Dunkhebdo

Paul George et Carmelo Anthony, à la recherche d’une alchimie offensive

Rédigé par

le


George

 

Après un été plus que réussi et marqué par des arrivées majeures, Le Thunder devait confirmer toutes les promesses de l’effectif sur le terrain.Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les débuts ont été… difficiles. Un bilan de 8 -12 pour démarrer, des problèmes d’alchimie flagrants, un Big3 qui ne met rien dedans, des matchs gâchés dans le money time… rien d’un outsider au titre.  Et si la défense s’est avérée et s’avère encore très solide, le mouvement offensif et le fit des 3 stars d’OKC a été particulièrement remis en cause, tout comme la capacité de Billy Donovan de les gérer.

Mais le mois de décembre a été salvateur pour l’équipe. Fort d’un bilan de 12-5 et de très bons matchs, notamment à Noël, OKC a montré son potentiel. Et, étonnamment, le Big3 s’est mis à bien jouer et à devenir plus adroit. Alors, au-delà du changement d’attitude de Westbrook, comment Carmelo Anthony et Paul George sont-ils désormais utilisés et impliqués offensivement ?

 

George, le nouveau lieutenant

Remplaçant désigné d’un certain MVP ayant quitté sa zone de confort il y a plus d’un an, Paul George a largement peiné à trouver la sienne en début de saison. En grande difficulté au niveau du tir et en perte de confiance, PG n’était que l’ombre du joueur offensif qu’il était à Indiana. Un pourcentage à peine au-dessus des 40% (43.2% en octobre et 41.7% en novembre) malgré une très bonne réussite à 3pts (40% environ avec plus de 7 tentatives), une difficulté à obtenir les fautes (2.1 lancer francs tentés par match en octobre), il ne se fondait juste pas dans le collectif. Et surtout, son rôle n’était pas encore complètement défini, Melo évoluant d’abord comme la 2ème option. George n’était pas à son aise dans cette attaque.

Dans ce contexte, il s’est mis en tête de compenser ses manquements de l’autre côté du terrain, en défense. Agressif, toujours bien placé et très long, PG est devenu un poison pour l’attaque adverse. Déjà réputé excellent défenseur, il a encore passé un cap cette année, se classant premier aux interceptions et aux déflections, et faisant du Thunder une top défense:

«Nous avons juste trouvé, comment conclure une rencontre, comment bien jouer, comment être solidaire. Nous sommes juste à l’aise, je pense. Le niveau de confort, c’est ce qui a pris un peu de temps.» Paul George

Et puis, petit à petit, il a retrouvé son rythme, et est désormais inarrêtable sur ses dernières sorties. En effet, depuis 10 rencontres, il tourne à 24.1pts avec 54.3% au tir dont 52.3% à 3pts. Par ailleurs, il tente désormais presque 6 lancer francs par match. Ce changement est dû à de petits détails, mais des petits détails qui peuvent avoir un grand impact sur sa confiance et son jeu. D’abord, mécontent de sa forme en début de saison, PG s’est mis en tête de perdre du poids et gagner en vitesse, notamment pour gagner en explosivité sur les drives et en transition pour suivre le monstre qu’est Russell Westbrook. Puis, afin de le relancer et d’utiliser son aspect de créateur, Donovan le fait désormais jouer avec le banc. Et si le résultat n’est pour l’instant pas toujours convaincant, PG a pu reprendre confiance, ayant un rôle de go-to-guy sur ces passages.

De même, Melo étant désormais plus effacé, George s’affirme comme le vrai lieutenant de Westbrook, et semble beaucoup plus concerné offensivement. Enfin, même si les systèmes utilisés pour lui sont quasiment les mêmes depuis le début de saison, il trouve beaucoup mieux ses coéquipiers et semble beaucoup plus en rythme. Un confort plus que retrouvé donc.

Des trois points et de la création

Dans l’attaque du Thunder, George est énormément sollicité et recherché à la suite d’écran non porteur. A la sortie de ses écrans et donc légèrement en avance sur son défenseur, George se montre particulièrement efficace. Très bon dans la lecture de la défense, il peut sanctionner l’adversaire en catch en shoot ou sur un drive où son handle lui permet de créer un tir. De plus, grâce à une vision de jeu assez élevée, il trouve de plus en plus facilement ses coéquipiers seuls, notamment sur de longues passes transversales vers l’opposé, quand l’aide défensive a trop anticipé. Et si il perd parfois des ballons en s’enfonçant trop dans les défenses ou en tentant des passes compliquées, PG est juste redoutable dans cette position.

Regardons maintenant plus précisément comment Donovan et le Thunder ont décidé d’utiliser leur nouvel ailier en situation de jeu placé.

D’abord, pour mettre en valeur George, OKC utilise une adaptation du système Loop. PG part d’une position d’ailier à 45°, puis utilise deux écrans en tête de raquette pour traverser le terrain et recevoir la balle de l’autre côté. Il doit alors créer sur du un contre un, le défenseur ayant du retard, ou pourra se servir du poste 5, qui vient re-picker :

 

Ici, une nouvelle fois, PG utilise deux écrans successifs, cette fois remontant (stagger screen). La plupart du temps, cela débouche sur un tir ouvert à trois points pour l’ailier. Hors, comme le prouve ses 118 tirs à trois points marqués depuis le début de saison (troisième plus gros total de la ligue) : lui donner la balle en rythme pour un tir extérieur punit presque systématiquement l’adversaire.

 

Sur cette situation, George débute poste bas et prend l’écran de Carmelo Anthony ou du poste 4. En avance, il reçoit alors la balle dans l’axe à trois points. Il joue ensuite le pick and roll avec Steven Adams, pour pouvoir fixer les joueurs et créer pour ses coéquipiers, ou jouer pour lui :

 

Enfin, PG a aussi pu être utilisé en screener, notamment pour Westbrook. Il peut alors se montrer très dangereux en pick and pop, et la combinaison Westbrook – George est alors vraiment redoutable :

 

Le renouveau d’Anthony

Arrivée surprise cet été, quid de Melo dans cette équipe ? Le All-Star n’avait jamais joué avec deux joueurs plus forts que lui et dans un rôle autre que première option offensive. Le pari est donc risqué pour OKC, et quand certains n’imaginaient même pas comment le désormais « OK3″ pourrait jouer ensemble, d’autres criaient déjà au retour de « FIBA Melo ». Et à la mi-saison, la vérité semble être entre les deux.

Attaque du Thunder. Paul George drive depuis l’aile, et ressort à l’opposé. S’en suit une succession de passes autour des trois points, où quatre joueurs touchent la balle. Westbrook pour George, swish.

Une action assez banale même si bien construite, mais un parfait exemple du renouveau qui s’opère chez Carmelo Anthony. En effet, au bord du terrain, prêt à rentrer à ce moment-là, Melo encourage ses coéquipiers et n’hésite pas à inciter Westbrook à faire la passe de plus. One more ! Réputé ball-stoppeur et éternel croqueur, Melo encourage ses coéquipiers à faire la passe supplémentaire. Et ce changement de mentalité s’est avéré plus que primordial pour les progrès offensifs d’OKC au cours des dernières semaines.

Moins égoïste, Melo s’est surtout illustré par son attitude, attitude d’ailleurs plus que félicitée par Billy Donovan :

«Je lui accorde beaucoup de crédits parce que c’est différent pour lui, et il a vraiment été ouvert pour essayer de faire tout ce qu’il peut pour aider l’équipe.»

Son jeu et son rôle ont effectivement évolué pour le bien de l’équipe. Désormais vraie 3ème option, plus utilisé seul avec le banc, il s’est surtout illustré avec un altruisme nouveau, et un changement radical dans sa sélection de tirs et ses situations d’attaques. Moins utilisé en isolation, (21,5% de ses actions cette année, chiffre le plus faible de sa carrière) et beaucoup plus utilisé en catch and shoot (42.4% de ses tirs en décembre contre 32.8% en octobre), c’est surtout son rôle au sein de l’attaque qui a changé. Plus exploité en option prioritaire mais en shooteur restant au large, Melo s’est mis au service de l’équipe, et ses stats s’en ressentent : 15.1 pts en 14 tirs en décembre contre 22pts en 18tirs en octobre et 21.7 d’Usage contre 28.3 auparavant.

 

La recherche de l’équilibre entre isolation et spot-up

L’importance de Melo évoluant en shooteur loin du cercle est primordiale pour l’attaque d’OKC, augmentant le spacing pour les deux créateurs, Westbrook et George. De même il est déjà difficile d’évoluer avec deux joueurs incapables de shooter (Roberson et Adams), il doit donc apporter une menace extérieure.

Prenons maintenant plusieurs situations qui permettent à OKC d’utiliser Melo dans ce rôle-là et dans des positions favorables à son scoring.

Anthony a, d’abord, énormément profité des fixations et des aides défensives créées par Westbrook et George, et il semble de plus en plus se fondre dans son rôle de spot-up shooteur, sur des situations de catch and shoot notamment.

De plus, Melo a pu profiter de la présence de vrais athlètes à ses côtes. Westbrook ayant toujours envie de courir et de relancer le rythme, il ne peut le suivre, mais arrive toujours en trailer, pour sanctionner les défenses en difficulté qui recule en transition. Une deuxième lame après l’arrivée des premiers joueurs.

Mais, au final, la plupart des systèmes appelés pour Melo débouchent de la même façon : une isolation, à mi-distance, dos au cercle. S’il était peu efficace et adroit en début de saison sur ces situations, il reste un énorme attaquant dans cette position. En plus de son adresse revenue ces derniers matchs, il s’est aussi montré plus agressif, n’hésitant pas à enfoncer les défenseurs plus petits suite à un switch ou à driver. De même, il a montré qu’il était capable de ressortir la balle et de diversifier son jeu, ce qui aide grandement au collectif offensif.

Enfin, selon Ryan Nguyen, sur les derniers matchs, afin de donner à Melo sa position favorite, le Thunder a utilisé une variante de leur système Loop, d’abord prévu pour Paul George. En effet, cette fois, après que Westbrook ait donné la balle à George dans l’aile, Adams coupe et Westbrook va poser un écran tête de raquette pour Anthony. Melo obtient la balle, George libère l’espace en posant un écran. L’isolation est lancée.

The Hawk set

C’est LE système probablement le plus utilisé par le Thunder cette année. En effet, on a pu voir à de nombreuses reprises l’équipe utiliser exclusivement ce mouvement en fin de match, dans le clutch. Il se révèle notamment très intéressant car il permet normalement d’offrir des possibilités de tirs aux trois membres de OK3 et ce dans des positions plutôt préférentielles. Il diverge donc du pick and roll simple ou de l’isolation.
Comme c’est visible plus bas, le système Hawk se finit avec deux actions en parallèle, sur les 2 quarts de terrain. D’abord, Westbrook descend dans l’aile balle en main. Melo se place au poste haut pour poser un écran à Paul George, qui coupe. Melo enchaine par un pick and pop avec Westbrook, tandis que de l’autre côté, PG remonte en dehors des 3pts en prenant 2 écrans (stagger screnn) d’Adams et Roberson.

Les options sont alors simples :

Westbrook peut jouer son un contre un ou le switch sur le pick and roll et driver ou tirer :

Melo reçoit la balle pour tirer ou jouer en isolation, en post up, pour sanctionner le changement défensif :

George reçoit la balle pour un tir, un drive ou reprendre un écran d’Adams ou Roberson :

De même contre Houston, une variante a été mise en place. Cette fois, Adams ne fait plus écran pour George mais pour Westbrook, qui prend deux écrans successifs. Cela pourrait permettre à Westbrook d’être plus agressif et à George d’avoir plus d’espace à l’opposé.

En plus d’être intéressant pour le Big3, ce système utilise Adams et Roberson en rollman et près du cercle, là où ils sont le plus efficace et où Adams pourra notamment se montrer décisif sur des rebonds offensifs.

Si, récemment, le système se montre plus efficace, il comporte néanmoins plusieurs défauts et est largement perfectible dans sa mise en place et son utilisation par les joueurs. D’abord, étonnamment, la première coupe de George sert souvent uniquement de leurre, alors qu’elle pourrait offrir une position préférentielle à PG, sous le cercle.

De plus, le système est maintenant connu et scouté par les autres équipes, et probablement sur utilisé dans le clutch (9 fois en 10 possessions contre Utah par exemple). Les défenses, les coachs et les joueurs s’adaptent, et le scoring ne dépend alors que d’exploits individuels. La recherche d’une continuité au système pourrait donc être intéressante.

Fort d’un mois de décembre plutôt bon, OKC s’est replacé dans le classement à l’Ouest. Parmi les meilleures défenses de la ligue, l’équipe doit maintenant confirmer les progrès entrevus en attaque, et ceux sur 48 minutes. Si des doutes persistent, le Thunder est lancé, et beaucoup d’équipes pourraient craindre le foudroiement en avril prochain.

A propos de Pierre

Membre de Dunkhebdo depuis août 2015. Auteur des French Time et intervenant dans les podcasts. Fan du Thunder et de la seule vraie star que notre franchise ait eu dans ses rangs, Russell Westbrook. Hater des Warriors et des joueurs qui s'échappent dans les moments chauds des matchs à enjeux.

Recommandé pour vous