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C’est de notre faute à tous si Kevin Durant a choisi Golden State

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La tendance était claire. La perspective d’un départ, en revanche, beaucoup plus dure à accepter. Puis, la nouvelle est tombée un peu avant 18h, heure française, via une lettre imprégnée de remords publiée sur The Players’ Tribune:

Kevin Durant met un point final au chapitre Oklahoma City pour en ouvrir un nouveau à San Francisco.

Les réactions remplies de haine ont suivies. La douleur du départ a été amplifiée par sa surprise. Impossible il y a encore quelques semaines d’envisager telle issue, et ce malgré les rumeurs insistantes qui parlaient d’un attrait du principal intéressé pour la destination. Kevin Durant quittait sa franchise de toujours pour gagner facilement plusieurs titres ont immédiatement conclu la plupart des observateurs de la ligue. C’est en partie exact. Mais qui est donc à l’origine de ce genre d’attitude ?

Les fans NBA.

En faisant du titre la seule finalité, en privant les perdants de tout mérite, les fans ont subordonné l’histoire du joueur à son succès. La bague, le titre supplante tout. Logique donc de voir des superstars sacrifier leur légende sur l’autel des possibilités de titres. Le paradoxe ultime de la plupart des fans, c’est qu’ils adoptent cette posture tout en critiquant le choix de Durant. Position impossible à tenir sans se contredire. Si l’on admet que le titre est l’objectif ultime, il est parfaitement acceptable pour Kevin Durant de choisir la meilleure équipe pour y arriver. LeBron James avait fait le même choix avant lui. Peu importe le moyen, il faut réussir à décrocher une bague au minimum.

Cette chasse à la bague, comme les associations de superstars, a toujours existé, contrairement à ce qu’affirment beaucoup. La grande différence de cette époque c’est qu’elle met une pression toute nouvelle sur les superstars. C’est peut-être une des conséquences les plus regrettables de l’époque Michael Jordan. Jordan a tellement écrasé son époque et empilé les bagues qu’il a amplifié la lecture manichéenne de l’histoire de la NBA dans l’esprit du grand public. D’un côté les gagnants qui accumulent les bagues et de l’autre les perdants qui n’en ont pas. Pour rester dans la légende – la névrose commune à toutes les superstars NBA – il faut gagner.

Bien qu’accéléré par la domination de Jordan, ce phénomène a toujours existé et a amené Wilt Chamberlain a rejoindre les Lakers, pour ne citer qu’un exemple, dans l’idée de gagner une nouvelle bague. Dans une NBA à 14 équipes, comme celle de l’année où Chamberlain est arrivé à Los Angeles, la concentration de stars est moins marquante. Au contraire, dans une ligue à 30 équipes, où un nombre important d’équipes n’a pas de superstar, le phénomène choque plus. Le niveau entre la petite élite et les tréfonds de la ligue se creuse et se crée la sensation de facilité de certaines équipes.

La caractéristique nouvelle de cette génération c’est qu’elle est prête à prendre ce pari beaucoup plus tôt et pour plusieurs raisons. D’abord, parce que passé le deuxième contrat, qui s’achève aux alentours de la vingt-septième année, la bague devient une obsession dans l’esprit des superstars. Le temps est précieux, une blessure étant vite arrivée. Surtout, il ne faut pas être vu comme un perdant par des fans qui commenceraient à s’impatienter devant les échecs répétés. Même les médias tirent des conclusions hâtives sur les superstars. Kevin Durant avait été accablé par la une du journal local après une défaite. Des postulats difficiles à lever, la trajectoire de carrière de LeBron James pour preuve. La pression médiatique fait le jeu des franchises voulant mettre sur pied ces équipes de superstars. Par ailleurs, le niveau de la ligue étant plus relevé, il n’y a plus aucune certitude quant à l’acquisition d’un titre. Une superstar ne peut pas rejoindre une forte équipe en fin de carrière après plusieurs années perdues à chasser les fantômes. C’était possible avant, dans une NBA au paysage peu mouvant où les dynasties restaient au sommet de nombreuses années. Atterrir dans certaines franchises signifiait à coup sûr remporter un titre NBA. Plus maintenant. Ce même paysage étant en perpétuel révolution, une équipe passant d’un extrême à l’autre en très peu de temps et les dynasties se raréfiant.

En conséquence, la bague pollue les esprits des joueurs de plus en plus tôt et oblige à des choix cornéliens.

Tant pis si le titre n’a pas la même saveur. Les titres qui ont une vraie saveur sont en vérité rares. Le titre de LeBron James avec Cleveland fait plus figure d’exception que de règle. Les bagues sont souvent le résultat d’accumulation de superstars. Les belles histoires ne sont belles que grâce à leur raretés. Souvent ce sont des exploits, des missions qui semblaient à priori impossibles ; le risque étant au départ grand.

Devant l’obligation qu’il avait de remporter un titre, Kevin Durant n’avait pas le luxe de tenter pareille aventure.

A propos de Benjamin Ringuet

Créateur de Dunkhebdo en août 2012. Architecte de notre podcast éponyme, auteur de la plupart du contenu draft et bien plus encore. Ne supporte aucune équipe et déteste probablement la tienne. Allergique aux nostalgiques de l'âge d'or de la ligue. Pape du small ball. «Patron relou mais grave kiffant» selon un des rédacteurs.

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